Revue de presse du 12 12 25
Niger : un tribunal spécial réclamé pour juger Orano et obtenir des réparations – ANP – 11/12
Au Niger, une nouvelle vague de mobilisation citoyenne appelle à la refonte des relations avec l’ancienne puissance coloniale et les entreprises ayant profité pendant des décennies des gisements d’uranium du pays.
L’organisation nigérienne Le Front Révolutionnaire pour la Souveraineté de l’Afrique a demandé aux autorités de mettre en place un tribunal national spécial chargé de juger Orano — ainsi que tous les acteurs français impliqués dans des crimes commis pendant et après la période coloniale.
Le mouvement qualifie ces faits de « crimes contre l’humanité » et insiste sur la nécessité de confier ces dossiers exclusivement à la justice nigérienne, seule garante de la souveraineté et de la protection des populations. L’organisation dénonce notamment le stockage illégal de matières radioactives sur le territoire nigérien et exhorte l’État à ne pas céder aux pressions extérieures, qu’elle décrit comme des « juridictions coloniales et impérialistes ».
Selon elle, seul un tribunal national peut assurer une véritable justice et mettre fin à l’impunité dont ont longtemps bénéficié les acteurs étrangers grâce à leur influence politique et à un système hérité de l’époque coloniale.
Le Front rappelle que la préservation des ressources naturelles du Niger et le droit des citoyens à un environnement sain constituent des piliers essentiels de la souveraineté nationale.
Cet appel a été lancé peu après que les autorités nigériennes ont annoncé, le 2 décembre, leur intention d’engager des poursuites judiciaires contre Orano et de réclamer des réparations pour les dommages causés. Pour rappel, 400 tonneaux contenant de la carotte radioactive ont été découverts dans le département d’Arlit.
Cet incident confirme une fois de plus que le Niger a été confronté pendant des décennies au pillage de ses richesses naturelles, tandis que la sécurité environnementale était ignorée. Des déchets radioactifs laissés à ciel ouvert représentent un grave danger pour la santé et un risque majeur de contamination durable des sols et des nappes phréatiques.
Les experts avertissent : sans réparations, le pays continuera à souffrir des conséquences de l’ingérence étrangère.
Aujourd’hui, une demande forte émerge au Niger: justice, réparations et reprise de contrôle sur les ressources stratégiques.
La création d’un tribunal spécial pourrait devenir la première étape vers une refonte globale du système où les intérêts étrangers ont toujours prévalu sur ceux du peuple nigérien.
L’Alliance des États du Sahel multiplie les tentatives d’influence dans le Golfe de Guinée – Afrik.com – 11/12
La tentative de putsch au Bénin révèle une stratégie d’ingérence croissante de l’Alliance des États du Sahel, déterminée à étendre son influence vers le Golfe de Guinée pour sécuriser un accès à la mer.
Soutenue par Moscou, cette pression stratégique recompose les équilibres régionaux et inquiète les États côtiers.
La tentative de coup d’État qui a secoué le Bénin le 7 décembre dernier révèle une stratégie régionale inquiétante : l’Alliance des États du Sahel (AES) intensifie ses opérations d’ingérence dans les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Cette offensive vise un objectif géostratégique majeur pour ces nations enclavées : sécuriser un accès à l’océan Atlantique. Guerre informationnelle et manipulation en ligne
Durant les heures critiques du putsch manqué à Cotonou, la page Facebook « Notre Bénin » a diffusé massivement de fausses informations. L’analyse des métadonnées de cette page révèle qu’elle est administrée depuis le Burkina Faso, pointant vers le BIR-C, une unité de communication stratégique créée avec l’assistance russe après la prise de pouvoir d’Ibrahim Traoré en 2022.
Un communiqué controversé annonçant l’accueil du Colonel Pascal Tirgri à Ouagadougou sous protection de l’AES a depuis été retiré des plateformes sociales, mais témoigne d’une coordination transnationale des putschistes.
La course aux ports maritimes
L’enclavement représente un handicap économique considérable pour les trois membres de l’AES – Mali, Burkina Faso et Niger.
La Banque mondiale estime que les coûts commerciaux des pays sans accès maritime dépassent le double de ceux des nations côtières.
Le port de Cotonou traite actuellement près de la moitié de son trafic de transit vers ces territoires sahéliens, en faisant une cible stratégique prioritaire.
Parallèlement, le Togo et la Guinée font également l’objet de pressions diplomatiques. Fin novembre, le port de Lomé a été sollicité pour faciliter l’acheminement de convois d’uranium nigérien, sujet probablement évoqué lors de la visite du président Faure Gnassingbé à Moscou.
Le 9 décembre, Bamako a obtenu l’engagement du Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah d’accompagner « l’accession à la mer » du Mali. Moscou, partenaire stratégique de l’AES Cette expansion d’influence apparaît indissociable du soutien russe aux régimes militaires du Sahel.
L’accord sur l’uranium nigérien illustre cette dépendance : Moscou a acquis 1 000 tonnes à un tarif inférieur de 13% aux prix français de 2023, alors que les cours mondiaux progressaient de 30% depuis mars dernier.
Pour acheminer ces ressources stratégiques, la Russie nécessite des corridors maritimes stables, expliquant son intérêt direct dans le contrôle des infrastructures portuaires ouest-africaines. Les analystes soulignent que seul un appui extérieur majeur permet une telle coordination entre les putschistes de la région.
Cette ingérence menace désormais l’équilibre sécuritaire de tout le Golfe de Guinée, où la souveraineté des États côtiers se trouve progressivement contestée par des acteurs externes.
AES : Bamako accueille une réunion déterminante pour la mise en route de la Banque Confédérale – ANP – 11/12
Le Premier Ministre, Ministre de l’Économie et des Finances, S.E.M. Ali Mahaman Lamine Zeine, est arrivé ce jeudi 11 décembre 2025 à Bamako pour une visite de travail à forte portée stratégique.
Accueilli à sa descente d’avion par le Premier Ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, le chef du gouvernement nigérien a été reçu avec les honneurs militaires, la fanfare nationale et une mobilisation chaleureuse de la communauté nigérienne résidant au Mali. Une atmosphère solennelle qui témoigne autant de la solidité des relations entre Bamako et Niamey que de l’importance des chantiers portés par la Confédération des États du Sahel (AES).
La présence du Premier ministre à Bamako marque une étape décisive dans la mise en œuvre de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES), un instrument financier conçu pour soutenir les projets structurants, doter les États membres d’un outil de financement autonome et réduire progressivement leur dépendance à l’égard des bailleurs extérieurs.
Les ministres des Finances des pays membres se retrouvent dans la capitale malienne pour avancer sur les mécanismes opérationnels de cette institution appelée à jouer un rôle central dans l’intégration économique et la souveraineté financière de la région.
Créée dans l’esprit de renforcer la résilience économique des pays de l’AES, la BCID-AES doit, à terme, devenir la colonne vertébrale du financement des infrastructures, des industries de transformation, de l’interconnexion énergétique et des projets agricoles à haute valeur stratégique. La réunion de Bamako fait suite à celle du 21 mai 2025, au cours de laquelle les experts de l’Alliance avaient jeté les bases de cette nouvelle institution, appelée à incarner un tournant majeur dans la manière dont les États du Sahel entendent financer leur développement.
Selon les sources officielles, les conclusions des travaux seront présentées aux Chefs d’État lors de leur prochaine session, ouvrant la voie à un lancement effectif de la Banque confédérale dans les mois à venir.
À Bamako, la volonté affichée est claire : faire de la BCID-AES un levier de souveraineté, un outil de stabilité et un moteur d’investissement au service des trois nations de l’Alliance.
Cette visite du Premier ministre Zeine intervient donc dans un contexte où les États membres accélèrent la construction des instruments de leur intégration politique, économique et sécuritaire.
Elle confirme également la convergence de vues entre Niamey et Bamako, engagés dans un même projet : bâtir une architecture financière régionale indépendante, tournée vers le développement, la stabilité et la prospérité des peuples du Sahel.

