Revue de presse Niger – 02/12/2025
Quand Olivier Faure « oublie » Mohamed Bazoum – Jeune Afrique – 01/12
En se réjouissant, en des termes quelque peu paternalistes, de retrouver Mahamadou Issoufou à une réunion de l’Internationale socialiste, le premier secrétaire du PS français a omis de s’émouvoir du sort réservé à l’ancien président du Niger.
L’un n’est plus au pouvoir depuis 2021. L’autre peine à exister dans les sondages qui jaugent son éventuelle candidature en 2027. L’un est Nigérien, l’autre Français, et ils se sont croisés à Madrid, le week-end du 29 et 30 novembre, à la réunion du présidium de l’Internationale socialiste, qu’a dirigée Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol. Le Français, qui n’est autre que le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), s’est dit « ravi », sur les réseaux sociaux, « de retrouver Mahamadou Issoufou, ancien président du Niger ». Peut-être pour se donner la carrure d’un présidentiable…
En quête d’un meilleur positionnement de son parti dans un paysage politique français fragmenté, Olivier Faure souhaite, sur la scène internationale, travailler avec l’ancien chef de l’État nigérien « sur les échanges équitables entre le Nord et le Sud », considérant que « seule l’émergence économique des pays pauvres est de nature à enrayer les déplacements de populations ». Une rencontre jugée incongrue par certains observateurs.
Actualité nigérienne
Des internautes africains ont de fait tiqué sur une formulation de son post Facebook. Moctar Ide Garba, par exemple, rend hommage à ce projet de collaboration tout en regrettant l’emploi de la formule « pays pauvres », et des termes « réductrice » et « stigmatisante ». « On pourrait parler de pays en développement ou de pays du Sud, expressions plus précises et plus respectueuses des réalités économiques et sociales. Les mots comptent, surtout dans le discours politique », a-t-il commenté.
Les mots comptent en effet, en particulier en cette période où le présumé paternalisme – voire le néocolonialisme – de la France est scruté, parfois jusqu’à la paranoïa, notamment au Niger. C’est justement le manque d’allusion à l’actualité nigérienne, dans la communication d’Olivier Faure, qui contrarie certains Africains. Non seulement ils s’étonnent que le Français ne fasse aucune allusion à la situation du président Mohamed Bazoum, toujours retenu contre son gré à Niamey, mais ils subodorent un lien entre cette omission et la présence d’Issoufou sur la photographie.
Issoufou et le coup d’État
Un internaute, par exemple, invite Olivier Faure à suggérer à l’ancien chef de l’État nigérien de « faire libérer le président Bazoum élu démocratiquement ». Le Français peut-il ignorer que Mahamadou Issoufou a été mis à l’index pour son peu de célérité à condamner le coup d’État du général Tiani et pour son peu d’entrain à militer en faveur de la libération de son successeur ? Les commentateurs du post du leader des socialistes français précisent que c’est l’ancien aide de camp d’Issoufou – devenu chef de la garde présidentielle – « qui a fait le coup d’État », non sans préciser que c’était « avec la complicité » de ce dernier.
Est-ce l’Internationale socialiste qui est elle-même hors sol s’agissant des juntes sahéliennes qui embouchent, plus ou moins sincèrement, des trompettes traditionnellement de gauche ? Les participants à la réunion de Madrid, placée sous le thème « Diriger ensemble pour la paix, l’égalité et les droits humains », ont pourtant, selon le communiqué officiel du site internationalesocialiste.org, « exprimé leur solidarité » avec leurs « membres emprisonnés ou persécutés en Biélorussie, au Kirghizstan et au Niger ». Olivier Faure devrait tourner sept fois son clavier sous ses doigts avant de commenter ses selfies…
Convoi secret à travers le Sahel : qui veut l’uranium d’Orano au Niger ? – La Tribune – 01/12
Un mystérieux convoi a transporté plus de 1 000 tonnes d’uranium produit par Orano vers le port de Lomé au Togo. Si aucun acheteur n’est formellement désigné, tous les regards se dirigent vers Moscou.
Ce dimanche, le régime militaire nigérien, en place depuis le coup d’État de 2023, a annoncé mettre sur le marché international l’uranium produit par le géant français du nucléaire Orano. Le Niger ayant nationalisé le site, elle considère les stocks et réserves comme lui appartenant.
Convoi exceptionnel d’uranium à travers le Sahel
Dès décembre 2024, Orano constatait la perte de contrôle opérationnel de la Somaïr, qui, malgré les tensions, continuait depuis l’arrivée de la junte au pouvoir à produire 1130 tonnes d’uranium par an. À Arlit, dans le nord-ouest du pays, en bordure de la mine et de ses cratères, le minerai est directement transformé en une poudre jaune que l’on appelle « Yellowcake ». Ces 1400 tonnes de stock du gâteau jaune représentent « un peu plus de 3 ans d’activité d’un seul réacteur », nuance Teva Meyer, maître de conférences en géographie à l’Université de Haute Alsace et spécialiste de la géopolitique de l’uranium. En dépit de ces faibles volumes, des acheteurs potentiels se sont manifestés, scrutés de près par la communauté internationale.
Malgré le souci américain lorsque l’Iran négociait avec Niamey une livraison de 300 tonnes, et malgré l’inquiétude des autorités françaises à voir des stocks d’Orano s’évaporer, la transaction semble avoir eu lieu. En fin de semaine dernière, une vingtaine de camions – dont la cargaison était floquée d’un pictogramme de danger radioactif – ont quitté Arlit pour Agadez, avant de transiter par le Burkina Faso et rejoindre le port de Lomé (Togo). L’importante logistique, doublée de récentes décisions politiques, laisse ainsi penser qu’une transaction a été effectuée. Une source sécuritaire a également confirmé à Reuters la livraison de 1030 tonnes. Mais à quel client ?
La piste russe s’étoffe
Début novembre, d’après des informations révélées par le journal Le Monde, les autorités françaises penchaient pour un achat de 1 000 tonnes par l’entreprise russe Rosatom. Paris avançait même un montant : 147 millions d’euros. Une version démentie par Niamey. Pourtant, un faisceau d’indices renforce la piste russe : proximité avec le régime nigérien, annonce de Rosatom sur de futures collaborations avec le Niger, atterrissage d’un avion de transport de l’armée russe à Agadez minovembre, ou encore l’utilisation du port de Lomé (Togo) où la marine russe peut stationner depuis l’accord russo-togolais signé le mois dernier.
Pour le chercheur Teva Meyer, interrogé par La Tribune, la piste russe est d’autant plus crédible au regard des enjeux techniques pour le traitement de la matière première. Pour être utilisé dans des installations nucléaires, le yellowcake doit être converti, une étape délicate pour laquelle « il n’existe que très très peu d’usines, réparties dans seulement 6 pays : France, Canada, États-Unis, Chine, Russie et Iran ».
La partie de Cluedo peut commencer. Les tensions franco nigériennes disculpent Paris; le Canada a une entreprise minière sur place rendant l’achat peu probable; et Washington est lié à des contrats long terme sur des approvisionnements kazakhs et canadiens. « La Chine a déjà l’équivalent de 10 années d’activités nucléaire en stocks d’uranium », ajoute Teva Meyer. Reste donc la Russie et l’Iran. Or, « ce serait très surprenant de la part des Iraniens dont le programme est censé être secret et clandestin. Actuellement, on sait qu’il y a une surveillance satellite sur le convoi parti d’Arlit. Ce serait peu discret ». Ainsi la piste russe se renforce. En fin d’année dernière, au Kazakhstan, premier producteur mondial d’uranium, le géant russe Rosatom perdait sa place de partenaire privilégié au profit de la Chine. « La Russie a un déficit d’uranium », confirme le chercheur.
Orano inquiet
Bien qu’extracteur de l’uranium qui constitue ce yellowcake, Orano n’est incontestablement plus son propriétaire. « L’entreprise ne peut pas être inquiétée au sujet de cette transaction », ajoute Teva Meyer. Dans un communiqué publié le 27 novembre dernier le groupe français indique ne pas être « à l’initiative de ce convoi et le condamne fermement (…) Ce transport contrevient à la décision prononcée en faveur d’Orano le 23 septembre 2025 par le tribunal arbitral du CIRDI dans le litige l’opposant à l’État du Niger au sujet de la mine d’uranium de la SOMAÏR. Le tribunal arbitral avait enjoint à l’État du Niger de « ne pas vendre, ni céder ni même faciliter le transfert à des tiers de l’uranium produit par la SOMAÏR » retenu en violation des droits d’Orano. »
Confédération des États du Sahel : Des avancées notables saluées lors de la réunion ministérielle à Ouagadougou – Bamada.net – 02/12
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Son Excellence Monsieur Abdoulaye Diop, accompagné de ses homologues du Burkina Faso et du Niger, a présidé le 26 novembre 2025 à Ouagadougou une réunion capitale des ministres de la Confédération des États du Sahel (AES).
Cette rencontre, préparatoire à la deuxième session du Collège des Chefs d’État prévue à Bamako les 22 et 23 décembre 2025, a constitué une étape charnière dans la consolidation de cette jeune organisation née en juillet 2024 à Niamey. Elle a permis de dresser un bilan des avancées, d’examiner les projets d’instruments juridiques et de rapport d’activités, et de tracer les perspectives pour renforcer la coopération entre les trois pays membres.
Dès l’ouverture des travaux, les allocutions des ministres Karamoko Jean Marie Traoré du Burkina Faso et Bakary Yaou Sangaré du Niger ont salué les « progrès considérables » réalisés par l’AES dans ses trois piliers fondamentaux : Défense et Sécurité, Diplomatie et Développement. Le discours d’ouverture du ministre malien Abdoulaye Diop a ensuite donné le ton, insistant sur la portée historique de cette réunion et rappelant que « moins d’un an et demi après la création de la Confédération AES, des progrès considérables ont été réalisés ». Il a mis en avant les succès des Forces armées et de sécurité, y compris de la Force unifiée AES, face aux groupes armés terroristes opérant dans la région. Malgré les ingérences extérieures et le soutien avéré de certaines puissances étrangères à ces groupes, les forces confédérales ont démontré leur capacité d’adaptation et leur efficacité sur le terrain.
Le ministre Diop a dénoncé avec vigueur l’extension des attaques terroristes à la sphère économique, visant les circuits d’approvisionnement et les moyens de production, ainsi que la campagne médiatique hostile qu’il a qualifiée de « terrorisme médiatique ». Selon lui, certains organes de presse occidentaux se sont transformés en relais de la propagande des groupes armés, minimisant les victoires des forces locales et passant sous silence les souffrances des populations. Face à cette situation, il a rendu hommage aux victimes civiles et militaires du terrorisme, saluant la bravoure et le patriotisme des Forces de défense et de sécurité ainsi que la résilience des populations du Sahel.
La solidarité entre les États membres a été particulièrement mise en avant. Le ministre malien a exprimé sa gratitude envers le Burkina Faso et le Niger pour leur soutien lors de la crise énergétique récente. « Les dizaines de citernes de carburant gracieusement offertes par la République du Niger illustrent l’esprit de solidarité agissante de la Confédération AES », a-t-il déclaré, soulignant que les difficultés d’un État deviennent des opportunités de coopération et de soutien collectif. Ce geste, accompagné par la sécurisation des convois de carburant par les forces des trois pays, illustre la complémentarité et la fraternité qui animent la Confédération.
Sur le plan diplomatique, les ministres ont réaffirmé leur volonté de parler d’une seule voix sur la scène internationale. Diop a salué le leadership visionnaire des trois Chefs d’État, Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani, dont le patriotisme panafricain constant a permis de renforcer l’intégration sous-régionale.
Il a rappelé la décision de faire de l’AES un espace sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO, une mesure symbolique de rapprochement entre les peuples du Sahel et ceux de l’Afrique de l’Ouest. Toutefois, il a regretté le manque de suivi de la part de la CEDEAO après les discussions entamées en mai 2025 à Bamako, insistant sur le fait que « le Burkina, le Mali et le Niger n’ont donné mandat à aucun pays pour demander de l’aide en leur nom ».
Dans le domaine du développement, les résultats concrets des rencontres sectorielles ont été mis en avant : la mise en place du prélèvement confédéral pour mobiliser des ressources internes, la création de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES), les projets de compagnie aérienne, ainsi que des initiatives structurantes dans les télécommunications et la culture. Le free roaming AES, la coordination des télévisions nationales, la création de médias confédéraux et l’adoption d’un logo, d’un drapeau et d’un hymne témoignent de la volonté de donner une identité forte et visible à l’organisation. « Ces avancées démontrent qu’avec une vision politique et un engagement subséquent, nous sommes en mesure de réaliser les nobles objectifs fixés par nos Chefs d’État », a affirmé Abdoulaye Diop, concluant sur une note d’optimisme.
À l’issue des travaux, les ministres ont adopté un relevé de conclusions et publié un communiqué de presse, confirmant la dynamique positive de la Confédération. En marge de la réunion, ils ont été reçus en audience par le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, renforçant ainsi la dimension politique et symbolique de cette rencontre. L’ensemble des interventions a traduit un optimisme réaliste, fondé sur les avancées déjà réalisées et sur la conviction que l’AES, malgré son jeune âge, est en mesure de répondre aux aspirations des populations du Sahel. Cette réunion de Ouagadougou apparaît ainsi comme une étape charnière dans la consolidation de la Confédération, qui se prépare à franchir un nouveau cap lors de la prochaine session du Collège des Chefs d’État à Bamako.

