Revue de presse Niger – 06/11/2025

Revue de presse Niger – 06/11/2025

À Niamey, l’ONG Ensemble Main dans la Main Niger–Russie célèbre la Journée de l’Unité du Peuple

Russe sous le signe de l’amitié entre les deux nations Actu Niger – 05/11

Sur les berges paisibles du fleuve Niger, le Foyer des Eaux et Forêts du Palacios River s’est transformé, le temps d’une soirée, en un véritable carrefour culturel. À l’occasion de la Journée de l’Unité du Peuple Russe, l’ONG Ensemble Main dans la Main Niger–Russie (EMMNR) rassemblé de nombreux jeunes, artistes, citoyens russes et passionnés de culture venus célébrer, dans une ambiance fraternelle, l’amitié entre le Niger et la Fédération de Russie.

Cette date, profondément ancrée dans l’histoire russe, commémore la libération de Moscou des troupes polono-lituaniennes en 1612, un événement qui mit fin à une période de troubles et marqua la naissance d’un sentiment d’unité nationale. Abandonnée après la révolution de 1917, cette fête a été rétablie en 2005, redevenant un symbole fort de cohésion et de solidarité pour le peuple russe.

Une soirée de partage et de découvertes

Sous les lumières du Palacios River, les participants ont pu découvrir la richesse du patrimoine culturel russe à travers un programme mêlant danses traditionnelles, chants, chorégraphies et prestations artistiques. L’ambiance, empreinte de convivialité, traduisait un enthousiasme partagé pour les échanges culturels et le rapprochement entre les peuples.

Moment fort de la soirée, l’intervention du professeur Sergei Semenov, compatriote russe résidant au Niger, a apporté un éclairage historique sur la portée symbolique de cette journée. Il a rappelé que « le 4 novembre est avant tout une célébration du courage collectif et de la solidarité qui ont permis à un peuple de surmonter les divisions et de défendre son indépendance ».

L’unité comme valeur universelle

En Russie, cette journée demeure l’une des plus importantes du calendrier national. Chaque année, des milliers de citoyens participent à des rassemblements, notamment à Moscou, où le président Vladimir Poutine a déposé ce matin des fleurs au pied du monument de Kouzma Minine et Dmitri Pojarski, les deux figures héroïques qui menèrent le soulèvement populaire de 1612.

Ce monument, érigé en 1818 sur la Place Rouge, symbolise l’unité du peuple face à l’adversité : la main de Minine, tendue vers l’avenir, et celle de Pojarski, posée sur son épée, rappellent à la fois la vigilance et la foi en un destin commun.

Un pont entre Niamey et Moscou

À Niamey, l’initiative de l’ONG Ensemble Main dans la Main Niger–Russie s’inscrit dans la continuité de ses actions pour promouvoir le dialogue interculturel et le rapprochement des nations. En favorisant la découverte mutuelle des traditions et des valeurs, elle entend renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les deux peuples.

« L’histoire et la culture sont des passerelles puissantes », a déclaré un membre de l’ONG à l’issue de la cérémonie. « Elles nous rappellent que l’unité, qu’elle soit nationale ou internationale, se construit sur la compréhension mutuelle et le respect des différences. »

La soirée s’est achevée dans une atmosphère fraternelle, portée par les chants et les applaudissements. Une célébration à la fois historique et humaine, qui aura su illustrer, au cœur du Sahel, la force intemporelle d’une idée simple : ensemble, les peuples sont plus forts.

Le rapprochement contrarié de Mahamat Idriss Déby avec l’AES Africa Intelligence 06/11

Si, depuis son élection, le jeune président tente d’adopter une posture souverainiste s’alignant sur celle de l’Alliance des États du Sahel, il doit pourtant faire face à la méfiance persistante du chef de la junte malienne, Assimi Goïta.

Discrètement préparée depuis plus d’un an comme point d’orgue du rapprochement entre N’Djamena et les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), la visite de Mahamat Idriss Déby à Bamako ne devrait finalement jamais se tenir. En dépit des signaux d’allégeance envoyés par le président tchadien, le chef de la junte malienne Assimi Goïta, figure centrale de l’AES, mais de plus en plus fragilisé sur le plan intérieur, continue de lui fermer la porte.

Mahamat Idriss Déby comptait sur ce déplacement au Mali pour sceller son rapprochement avec les régimes militaires du Burkina Faso, du Niger et du Mali, réunis depuis 2023 au sein de l’AES. Mais, malgré plusieurs mois de tractations diplomatiques, le chef de la transition malienne Assimi Goïta refuse toujours de recevoir le président tchadien à Bamako.

Depuis son élection, Mahamat Idriss Déby a pourtant multiplié les gestes en direction du bloc sahélien. En décembre 2024, il a soudainement dénoncé les accords de défense liant N’Djamena à Paris et a ordonné la fermeture des bases militaires françaises sur son sol, tout en adoptant un discours aux accents souverainistes et panafricanistes. Des postures qui n’ont toutefois pas suffi à convaincre Assimi Goïta, resté profondément méfiant à l’égard du jeune dirigeant.

Manœuvre tactique et opportuniste

Le différend entre les deux hommes est ancien. Il remonte à février 2022, lors de la présidence tournante du G5 Sahel, organisation alors composée du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie. À l’époque, Bamako devait assurer la présidence du groupement, mais les États membres – dont le Tchad – s’y étaient opposés, invoquant le caractère non démocratique du régime malien. La présidence avait alors été prolongée d’un an en faveur de N’Djamena, étroitement aligné sur Paris.

Cette décision avait provoqué la colère d’Assimi Goïta, persuadé que Mahamat Idriss Déby agissait sous influence française. Trois ans plus tard, la mémoire de cet épisode reste particulièrement vive pour le maître de Bamako. Il voit dans la récente inflexion souverainiste du président tchadien une manœuvre tactique et opportuniste, dictée davantage par le contexte et des impératifs de politique intérieure que par une conviction idéologique.

Malgré les tentatives de médiation menées ces derniers mois par le Niger, les efforts pour rapprocher Bamako et N’Djamena sont restés sans effet. Assimi Goïta s’est ainsi vu conforté dans sa position.

Intérêts économiques communs

Pour autant, Mahamat Idriss Déby continue de soigner ses relations avec Niamey et Ouagadougou. Autour de lui, les plus ardents partisans d’un rapprochement avec l’AES, et a fortiori avec la Russie, sont son secrétaire général, Mahamat Ahmat Alhabo, et le ministre de la communication, Gassim Cherif. Du côté militaire, en revanche, la manœuvre laisse plusieurs gradés perplexes, en particulier le chef d’étatmajor général des armées tchadiennes, Abakar Abdelkerim Daoud, qui était opposé à une rupture avec la France.

Les relations entre Mahamat Idriss Déby et son homologue nigérien Abdourahamane Tchiani sont déterminées par une nécessité. Celle de deux pays enclavés qui ont besoin l’un comme l’autre de maintenir leurs relations commerciales, sous peine de mettre en péril leurs économies, interdépendantes. Dès juillet 2023, au lendemain du coup d’État ayant renversé Mohamed Bazoum, le président tchadien s’était rendu à Niamey, officiellement en tant qu’envoyé spécial de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Il s’était assuré, auprès du nouveau régime, du maintien du projet de route transsaharienne – un corridor commercial stratégique allant de l’Égypte au Tchad. Les visites de ministres entre les deux capitales sont désormais fréquentes.

Depuis deux ans, des pommes de discorde sont toutefois apparues entre eux, forçant les chefs d’État à s’accorder au plus haut niveau. Du 6 au 8 août, Mahamat Idriss Déby avait ainsi dû se rendre à Niamey auprès de son homologue, afin de trouver une solution au blocage de plusieurs millions de litres de gazole par l’État nigérien (AI du 29/08/25).

La commande, effectuée par l’Autorité de régulation du secteur pétrolier aval du Tchad (Arsat) auprès de la Société de raffinage de Zinder (Soraz), avait été négociée à un prix trop bas selon les autorités nigériennes. Celles-ci avaient été irritées de voir le directeur de l’Arsac, Hassan Adoum Younousmi, se rendre à Abuja fin juillet auprès du secrétaire d’État nigérian au pétrole, Heineken Lokpobiri, afin de négocier une nouvelle livraison bon marché. Une démarche qui n’a finalement pas abouti.

« Zéro soldat étranger »

Les enjeux sécuritaires suscitent de plus amples tensions. Lors de sa visite en août à Niamey, Mahamat Idriss Déby souhaitait obtenir un « droit de poursuite » pour l’armée tchadienne au-delà de la frontière nigérienne. N’Djamena est en effet préoccupé par une possible résurgence du groupe rebelle Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact) actif aux confins des frontières nigérienne et libyenne. Depuis plusieurs mois, le groupe politico-militaire de Mahamat Mahdi Ali, affaibli depuis quatre ans par des opérations conjointes entre l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar et les forces tchadiennes, recrute et forme de nouveaux combattants, en piochant dans la cohorte d’anciens orpailleurs ayant fui les combats dans la région tchadienne du Tibesti.

En septembre, le chef d’état-major général des armées tchadiennes, Abakar Abdelkerim Daoud, a conduit une colonne de l’armée depuis N’Djamena vers la frontière nigérienne, au niveau du Nord-Kanem, dans le but de la franchir et ainsi prendre le Fact à revers. Las, le Niger a finalement opposé son refus. Début octobre, à Dakar, le premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine a fait une allusion à peine voilée à cet épisode, réaffirmant la doctrine de la junte : « zéro soldat étranger » sur le sol nigérien.

Avec le Burkina Faso, la relation est de loin la plus fluide. Mahamat Idriss Déby avait effectué une visite officielle à Ouagadougou au mois de février. Si le chef de la junte burkinabè, Ibrahim Traoré, devait de son côté se rendre le 11 août à N’Djamena, le déplacement avait finalement été annulé.

La difficile condition des journalistes pour informer au Sahel et dans les pays voisins RFI – 05/11

Ils sont les visages de l’information dans l’une des régions les plus hostiles aux journalistes, au Sahel et dans ses pays frontaliers. Le Salon international des médias d’Afrique les a réunis à Dakar la semaine passée jusqu’au jeudi 30 octobre autour d’une question : comment continuer à informer, au Mali, au Tchad, en passant par le Bénin et au Togo, où les menaces et intimidations à l’encontre des journalistes se multiplient ? Retour sur leurs témoignages.

Chacun leur tour, ils racontent les pressions, venues des groupes armés ou des régimes en place et qui pèsent chaque jour un peu plus sur le métier. À tel point que depuis 2022 la Béninoise Flore Nobimé a décidé de ne plus couvrir l’actualité du nord du Bénin, là où sévissent des terroristes. Arrêtée dans cette même région lors d’une enquête sur l’organisation de défense de la nature African Parks, elle est accusée d’espionnage. Puis finalement relâchée, sans charge retenue contre elle.  

« Quand on est parti [au nord du pays] en 2022, on craignait beaucoup plus les groupes armés, et finalement, nous sommes tombés dans un autre piège. Je m’occupe d’autres sujets en attendant que la situation s’améliore. Travailler sur les questions de sécurité, c’est devenu trop compliqué, ça vous bouffe littéralement », témoigne-t-elle.  

Suivi par des hommes en turban

Quelques jours avant de partir à Dakar, le journaliste tchadien Djimet Wiché remplit des formalités en ville, à Ndjamena, pour son voyage. Il explique qu’un homme, le visage recouvert par un turban le surveille à bord d’une voiture à vitres teintées.

C’est une scène que le journaliste ne connaît que trop bien. La première fois, c’était en décembre 2023. Quelques semaines plus tôt, il avait publié sur le site d’information Alwihda Info dont il est le directeur de publication, un article critique de la politique sécuritaire du chef de l’État, Mahamat Idriss Deby.

« On est contrôlé au marché, dans les hôtels, sur le terrain. J’ai commencé à m’adapter. J’essaie de filmer tous ceux qui me prennent en filature, j’évite de sortir la nuit. Je sais que je ne me reproche absolument rien et je continue à faire mon travail.  J’accepte de prendre ce risque pour informer objectivement les lecteurs. »

Chaque fois qu’un journaliste sera intimidé, Djimet Wiche invite l’ensemble des médias à s’unir en répliquant par des journées sans presse.

« Des journalistes continuent d’essayer de travailler de la façon la plus indépendante possible »

Comment les journalistes et organisations qui les défendent réagissent face aux pressions sur la profession ? «  Il y a des journalistes qui continuent d’essayer de travailler et, dans le contexte donné, de la façon la plus indépendante possible, notamment au Mali. Il y a tout de même une certaine solidarité au sein de la profession. Je pense notamment à certaines organisations faîtières qui, dès qu’une violation ou une atteinte à la liberté de la presse est observée, s’empressent d’entamer des négociations avec les parties prenantes, et d’autre part, dans certains cas, et lorsque le dialogue est coupé, de publier des communiqués ou des déclarations dénonçant ces atteintes. Nous, on l’observe directement au quotidien : un travail de vérification d’une situation qui nous prenait un jour ou quelques heures il y a encore un an, nous prend désormais plusieurs jours ou plusieurs semaines. Notamment dans les pays du Sahel, mais aussi dans des pays frontaliers. Que ce soit le Bénin ou le Togo par exemple », constate Camille Montagu, chargé de recherches au bureau Afrique Subsaharienne de Reporters sans Frontières (RSF).

LA VOIE DU SAHEL