Revue de presse Niger – 19/11/2025

Revue de presse Niger – 19/11/2025

Tournée de presse des journalistes d’agences africaines en Russie : Plusieurs sites symboliques et historiques de Moscou visités – ANP – 19/11

Invités par l’Agence russe de presse TASS pour une tournée de presse en Russie, les journalistes d’agences de presse africaines ont effectué, le mardi 18 novembre 2025, des visites à l’Université Patrice Lumumba (RUDN) de Moscou et au Musée de la victoire du peuple soviétique sur l’Allemagne nazie pendant la deuxième guerre mondiale.

A l’Université RUDN, les journalistes africains ont suivi une présentation de l’établissement qui porte le nom de Patrice Lumumba, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance et la souveraineté des peuples africains, plus particulièrement de son pays le Congo-Kinshasa. Toutes ces valeurs sont défendues par la Russie, anciennement appelée l’Union soviétique (URSS).

Elle accueille, dans diverses spécialités, 3500 étudiants de 160 nationalités dont 2000 venus de 53 pays africains.

Au Musée de la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie, consacré aux événements de la grande guerre pour la patrie, deuxième étape de ces visites, les hommes des médias africains ont suivi le récit de la lutte du peuple soviétique pour se libérer du joug nazi. En effet, suite à l’invasion de Moscou par les troupes allemandes dans la première partie de l’année 1941, la population s’est mobilisée à travers son armée en s’enrôlant comme volontaires, pour mener avec celle-ci le combat de la libération qui intervint vers la fin de l’année 1941.

Les journalistes ont pu constater de visu les vestiges de cette lutte qui existent encore dans ce musée, et aussi le degré de l’engagement du peuple russe dans ce combat.

Au terme de cette visite, qui a une vocation éducative, la guide de l’équipe des journalistes, Mme Nina, s’est dite satisfaite d’avoir transmis quelques séquences de l’histoire de son pays aux journalistes venus d’Afrique.

Notons que ces journalistes viennent des agences de presse africaines du Niger, de la Guinée Conakry, de l’Algérie, du Sénégal, de la Tunisie, du Burkina Faso, des deux Congo, du Burundi et du Cameroun.

Niamey : la CIMCT lance un programme avancé de lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent Actu Niger – 18/11

Dans le cadre de ses efforts dans les États du Sahel, la Coalition islamique « CIMCT » lance un programme spécialisé pour lutter contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent dans la capitale nigérienne Niamey.

Le programme avancé mis en œuvre par la CIMCT dans le domaine du financement du terrorisme et du blanchiment d’argent a été lancé aujourd’hui, lundi, dans la capitale nigérienne Niamey, du 17 au 21 novembre 2025. Ce programme s’inscrit dans les efforts de la CIMCT pour renforcer les capacités des États du Sahel africain et fournir aux cadres nationaux les outils et connaissances modernes qui leur permettront de faire face aux défis financiers liés aux activités terroristes.

Lors de l’ouverture, le Colonel Hamadou Djibo Barte, directeur des relations extérieures et de la coopération militaire au ministère nigérien de la Défense nationale, a assisté à la cérémonie. Dans son discours, il a souligné que la coopération entre son pays et la Coalition représente une étape importante pour améliorer l’efficacité des agences spécialisées dans la détection et le suivi des sources de financement illicite. Il a précisé que la lutte contre le terrorisme ne se limite plus seulement à l’aspect militaire, mais repose de plus en plus sur la capacité à démanteler les réseaux de financement qui permettent aux groupes extrémistes de continuer leurs activités.

À l’occasion de l’ouverture, le manuel de formation a été remis aux participants, et un guide de lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent a été distribué. Ce guide spécialisé comprend les normes internationales les plus récentes, ainsi que des modèles d’indicateurs liés aux opérations suspectes. Il offre également un aperçu complet des législations nationales et régionales et des mécanismes de coopération internationale dans ce domaine. La remise de ce guide reflète l’engagement de la Coalition à soutenir les autorités compétentes du Niger avec des références pratiques pour améliorer l’environnement de travail et renforcer son efficacité face aux menaces liées aux crimes financiers.

Le programme s’étend sur cinq jours et aborde une série de sujets avancés, parmi lesquels les méthodes traditionnelles et modernes de financement du terrorisme, les étapes du blanchiment d’argent, l’utilisation d’outils techniques pour l’analyse des données financières, ainsi que le renforcement des capacités de détection précoce des schémas suspects. Le programme met également l’accent sur les mécanismes de renforcement de la coopération entre les secteurs sécuritaires et financiers, et l’importance de l’échange d’expériences entre les parties nationales et internationales, contribuant ainsi à l’éradication des flux financiers illicites et à la réduction de leur impact sur la sécurité et la stabilité.

Ces programmes font partie de la vision de la CIMCT visant à construire et à former des capacités nationales capables de détecter et de démanteler les réseaux de financement illicites, tout en établissant un environnement plus sûr et plus stable dans la région.

La CIMCT réaffirme également son engagement continu à soutenir les États membres et à renforcer leur préparation à faire face aux crimes financiers liés au terrorisme, à travers des programmes de formation avancés, des outils de connaissance modernes et des partenariats stratégiques avec les autorités compétentes.

Au Niger, le général Tiani en tournée pour consolider son pouvoir Jeune Afrique – 18/11

Ces dernières semaines, le chef de la junte nigérienne sillonne les régions les plus exposées aux attaques jihadistes pour tenter de rassurer les populations et de réaffirmer l’autorité de l’État.

C’est dans la zone de Tillabéri, proche du Mali et du Burkina, que le général Tiani a entamé début octobre une vaste tournée inédite à travers le pays, en voiture, affirmant vouloir « voir l’état des routes et discuter avec les populations ». Une façon de chercher à rassurer les Nigériens et la communauté internationale sur la situation sécuritaire et économique du pays. Cette initiative tranche avec la pratique des militaires au pouvoir au Burkina Faso et au Mali, pays voisins avec lesquels le Niger forme l’Alliance des États du Sahel, et notamment avec le général Assimi Goïta, qui ne sort quasiment plus de Bamako – et jamais par la route – , de nombreux grands axes étant contrôlés par les jihadistes.

Après une pause, la tournée de Tiani a repris le 8 novembre dans la région de Dosso, dans le sud-ouest, jusqu’à Gaya, aux frontières du Bénin et du Nigeria. La localité est proche du parc W, transformé ces dernières années en repaire de groupes armés jihadistes liés à Al-Qaïda. « On le qualifiait de peureux, incapable de sortir de son palais et il relève le défi par une tournée inédite », commente un habitant de Dosso, interrogé à la télévision d’État.

Tiani sur la route de l’uranium

L’un des temps forts du voyage a été la traversée, sur plus de 600 kilomètres, de la très dégradée « route de l’uranium » jusqu’à la cité minière d’Arlit, dans le nord nigérien où sévissent divers groupes armés opérant aux confins de la Libye et de l’Algérie. « C’est pour montrer que l’autorité de l’État du Niger s’affirme sur l’ensemble du territoire » et assurer que le régime « reçoit un certain soutien populaire », décrypte Seidik Abba, président du Centre international d’études et de réflexions sur le Sahel.

La télévision d’État montre le général multipliant meetings, visites de camps militaires et bains de foule où il n’hésite pas à s’approcher des habitants. Difficile toutefois d’évaluer l’ampleur du soutien populaire au général, les voix critiques étant souvent réprimées au Niger.

Sur les réseaux sociaux et dans la presse locale, nombre de commentaires prêtent à cette tournée des « airs de campagne électorale », bien qu’aucune élection ne soit à l’ordre du jour au Niger. « Pour battre campagne, il faut qu’il y ait une date pour des élections », or des assises nationales tenues en février « lui ont déjà donné un mandat de cinq ans » pour diriger le pays, expliquait l’analyste politique nigérien Ousseini Issa, lors d’un débat télévisé.

Exécutions sommaires et enlèvements d’étrangers

Chaque étape a été une occasion pour le général Tiani de marteler sa ligne politique souverainiste, notamment sur l’uranium, dont l’exploitation est au centre d’un bras de fer avec le géant français Orano (ex-Areva). « Regardez dans quel état se trouve Arlit après 55 ans d’exploitation de l’uranium. Même l’électricité fait défaut (…) Désormais, notre uranium nous appartient », a-t-il lancé à Agadez, même si la junte cherche toujours un moyen d’exporter sa production en toute sécurité.

Concernant la sécurité, le général Tiani a assuré devant des militaires que « le Niger restera debout, prêt à consentir le sacrifice suprême pour se défendre ». Depuis mars, au moins 127 villageois et croyants musulmans ont été « exécutés sommairement » par l’État islamique au Sahel (EIS) lors de cinq attaques dans le Tillabéri, selon l’ONG Human Rights Watch. Un Américain a été enlevé en octobre en plein coeur de Niamey, tandis que deux ressortissantes suisse et autrichienne ont été kidnappées dans le nord, depuis le début de l’année.

Le régime fait aussi face à des retards réguliers de paiements des fonctionnaires tandis que Tiani martèle que le Niger reste « affecté » par les sanctions économiques régionales prise après le putsch mais levées depuis près de deux ans. « Le pays traverse une situation sécuritaire et financière peu reluisante. Cette tournée permet à Tiani de mobiliser les populations derrière sa politique de souveraineté », juge un analyste nigérien sous couvert d’anonymat.

« Il faut rassurer la population civile pour qu’elle vous voit comme un allié, et non comme une menace », affirme de son côté Hans-Jakob Schindler, directeur du think tank Counter-Extremism Project (CEP), ajoutant que l’un des grands échecs du Burkina et du Mali réside dans « l’indifférence » des gouvernements centraux envers le nord de leurs territoires.

Mali, Burkina Faso et Niger : de l’enthousiasme à la désillusion IRIS – 18/11  

Le Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) est confronté à un enchevêtrement de crises sociales, économiques, démographiques, climatiques et politiques qui s’auto-alimentent et fragilisent durablement la région. L’échec des politiques publiques, la pauvreté grandissante, l’explosion démographique, la vulnérabilité climatique, les tensions ethniques et religieuses, ainsi que la montée des extrémismes, la remise en cause des libertés publiques et des institutions par des pouvoirs autoritaires et enfin les ingérences étrangères, ont engendré un environnement instable et dangereux. La majorité des territoires échappe désormais au contrôle de l’État, la violence contre les civils explose, et une partie de la jeunesse, privée de perspective, se tourne vers des mouvements radicaux.

Cette situation de chaos favorise l’intervention de puissances étrangères aux intérêts divers, accentue le rejet des modèles occidentaux, et fait du Sahel un nouvel épicentre de luttes idéologiques et d’affrontements armés. Face à ce risque d’embrasement généralisé, il devient essentiel que les États voisins se protègent du risque de contamination, pour contrer la montée des régimes autoritaires et des dérives religieuses fondamentalistes.

L’illusion dissipée des juntes et la débâcle sécuritaire

L’euphorie initiale du renversement des régimes démocratiques au Mali, Burkina Faso et Niger a laissé place à une réalité dramatique : loin d’apporter la stabilité promise, les juntes ont en fait amplifié les fragilités des États et facilité la progression des groupes djihadistes. Au Mali, comme l’explique Francis Laloupo  la junte militaire s’est « comportée comme une alliée, certes involontaire, mais objective, de la terreur djihadiste » en multipliant décisions liberticides et ruptures institutionnelles, affaiblissant l’État face à l’expansion du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), qui menace désormais même la capitale Bamako par le contrôle du carburant et l’asphyxie économique. Cette situation, directement nourrie par l’instabilité post-putsch, fait écho à ce qui se joue au Niger et au Burkina Faso où, en refusant la coopération régionale et internationale et en préférant de nouveaux partenariats russes ou chinois, les juntes n’ont en rien résolu la crise sécuritaire, mais l’ont aggravée, comme l’attestent la militarisation désespérée des administrations et l’abandon a priori inéluctable du terrain aux groupes armés.

Absence criante des voix panafricaines jadis triomphantes

Au moment des coups d’État, de la chute des régimes de liberté, de la mise au pas des pouvoirs judiciaires ou encore de la presse, du départ des forces françaises, une part importante des voix panafricanistes, sur les plateaux, réseaux sociaux et tribunes, s’enthousiasmait pour la « libération » du Mali puis du Sahel, appelant à en finir avec une supposée mainmise occidentale et à embrasser des « solutions africaines ».

Or, face au désastre sécuritaire patent, à l’illusion d’un retour à la vie démocratique, et à la dépendance nouée avec Moscou, ces mêmes voix, qu’elles soient intellectuelles, militantes ou populaires, se taisent, n’assumant plus publiquement les conséquences du chaos actuel.

Tel que le souligne Hervé Mahicka (expert en gouvernance et stratégies de développement), le panafricanisme se réduit de plus en plus à un rejet aveugle et viscéral de l’Occident et de la France notamment et à un néo-souverainisme de façade, alors qu’il est devenu silencieux par exemple sur la nécessité d’une réelle intégration régionale pourtant incontournable à terme. En lieu et place, le discours « anti-impérialiste » n’a abouti qu’à remplacer une dépendance par une autre et à ouvrir, dans les faits, la porte aux forces djihadistes.

Un bilan pour conclure : de l’enthousiasme à la désillusion

La tragédie actuelle au Mali, au Burkina Faso et au Niger contraste crûment avec les espoirs portés par certains commentateurs et militants extrémistes, qui s’exprimaient bruyamment depuis 2020 au Sud comme au Nord. Ceux qui se réjouissaient du départ des Occidentaux, des liens rompus avec les organisations régionales africaines, du retour à une « souveraineté » illusoire et des nouveaux partenariats de paille avec la Russie se retrouvent « aux abonnés absents », incapables de défendre des choix politiques dont les conséquences pour les populations sont désormais manifestes : aggravation du chaos, effondrement des institutions, perte de légitimité, repli sécuritaire et dynamique régionale à l’abandon.

Le silence actuel de ces tenants d’un panafricanisme d’apparat révèle la profonde crise de crédibilité d’une idéologie qui n’a pas résisté à l’épreuve des faits.

Sahel : la menace terroriste s’étend à travers toute l’Afrique de l’Ouest Nations Unies – 18/11

Depuis plusieurs mois, un même constat s’impose de Dakar à Abuja : la menace terroriste ne se contente plus de ronger le cœur du Sahel, elle s’étend désormais vers l’ouest et le sud, infiltrant les zones côtières, perturbant les économies et affaiblissant l’autorité de l’État dans toute l’Afrique de l’Ouest.

La région est désormais le théâtre d’une attaque terroriste sur cinq dans le monde et abrite plus de la moitié des victimes du terrorisme – un basculement spectaculaire du centre de gravité mondial de la violence extrémiste.

Les données compilées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) donnent la mesure de cette évolution : 450 attaques terroristes recensées entre janvier et novembre 2025, « causant plus de 1 900 morts », a souligné mardi le chef de son instance exécutive, Omar Alieu Touray, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Sahel central concentre l’essentiel des violences, mais le phénomène a désormais gagné l’ensemble de la région. « Aucune zone de l’Afrique de l’Ouest n’est à l’abri », insiste-t-il.

De fait, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) continuent d’étendre leur influence au-delà du Niger, du Mali et du Burkina Faso. « Plusieurs pays côtiers sont désormais menacés », a noté le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, qui participait aussi à la réunion du Conseil.

Parallèlement, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), Boko Haram et Lakurawa restent actifs dans le bassin du lac Tchad, notamment au Niger et au Nigéria. « Nous faisons face au risque d’un effet domino dévastateur dans toute la région », a mis en garde M. Guterres.*

Un paysage humain et économique bouleversé

L’extension des attaques se traduit par des déplacements massifs – près de quatre millions de personnes ont fui leur foyer au Burkina Faso, au Mali, au Niger et dans les pays voisins. À cette hémorragie humaine s’ajoute une crise éducative et sanitaire d’ampleur : 14 800 écoles fermées, plus de 900 centres de santé hors d’usage. Derrière ces chiffres, des communautés entières s’effondrent, privées de services essentiels.

Ce recul n’est pas uniquement militaire. Selon la CEDEAO, les groupes armés ont ouvert un nouveau front en s’attaquant à la chaîne d’approvisionnement régionale. « En limitant l’approvisionnement et la distribution de produits essentiels comme le carburant », ils mènent, dit Omar Alieu Touray, « une véritable guerre économique ». Là où le carburant manque, les marchés ralentissent, les transports s’arrêtent, les hôpitaux rationnent leurs activités et les opérations humanitaires peinent à atteindre les zones isolées.

C’est notamment le cas au Mali, où une pénurie aiguë de carburant provoquée par un blocus djihadiste du GSIM, affilié à Al-Qaïda, nourrit la crise humanitaire. António Guterres avait averti que si cette situation perdurait dans le pays, « les conséquences pourraient être mortelles pour les personnes qui dépendent de ces programmes vitaux ».

Des groupes armés plus mobiles, mieux équipés

Pour de nombreux dirigeants ouest-africains, l’un des changements les plus préoccupants réside dans l’évolution tactique et matérielle des groupes extrémistes. Au Conseil, le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, a résumé la situation sans détour : appuyés par « des réseaux criminels et un armement sophistiqué », ces groupes « sont souvent mieux armés que les forces nationales et exploitent la porosité des frontières ».

Cette supériorité relative, combinée à une géographie qui offre des refuges naturels, permet aux groupes armés d’ouvrir des fronts multiples, de perturber les routes commerciales et de tester les défenses des pays côtiers.

Le spectre d’un sanctuaire extrémiste au Sahel

La perspective d’un ancrage durable inquiète au plus haut point les capitales de la région. « Si nous n’agissons pas avec détermination, le Sahel pourrait devenir un sanctuaire permanent pour les enclaves extrémistes, à quelques heures seulement des grandes métropoles mondiales », prévient Julius Maada Bio. Le message résonne au-delà du continent : une instabilité durable dans le Sahel aurait des répercussions sécuritaires bien au-delà de l’Afrique de l’Ouest.

Le chef d’État estime que les réponses militaires, bien que nécessaires, restent insuffisantes. Il plaide pour un renforcement du partage de renseignements, des capacités de surveillance et de la mobilité aérienne – des lacunes récurrentes qui handicapent les armées nationales.

Tentatives de recomposition régionale

Pour enrayer la spirale, la CEDEAO veut accélérer le déploiement de sa Force en attente. Son activation a été approuvée en août 2025, mais la mise en œuvre demeure largement entravée par un manque de financement. Le mécanisme imaginé – ressources propres régionales, appui de partenaires et financement onusien – est jugé pertinent mais souffre de lenteurs administratives et budgétaires.

Julius Maada Bio propose, lui, de bâtir un pacte CEDEAO–ONU–Union africaine, présenté comme « un mécanisme de coordination visant à harmoniser sécurité, gouvernance et action humanitaire ». La Confédération des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), aujourd’hui en rupture avec la CEDEAO, pourrait, selon lui, compléter plutôt que concurrencer les cadres existants.

« Les transitions politiques ne doivent jamais entraver la coopération en matière de sécurité partagée », insiste-t-il, rappelant que la CEDEAO maintiendra « ses portes ouvertes » à ces trois pays.

Un défi qui dépasse la seule sécurité

Au-delà des opérations militaires, les responsables de la région appellent à une réponse plus large. António Guterres insiste sur la nécessité de restaurer les fondations sociales et économiques : « Les terroristes prospèrent là où le contrat social est rompu ». Là où l’État disparaît, où les services publics se délitent, où les jeunes n’entrevoient plus de perspective, l’extrémisme trouve un terrain fertile.

La reconstruction d’institutions fiables, le renforcement de l’éducation, des infrastructures, de la santé, l’adaptation climatique et la création d’opportunités économiques apparaissent désormais comme des composantes essentielles d’une stratégie de sortie de crise.

L’ONU invite à l’union contre les attaques djihadistes dans le Sahel et rappelle le besoin humanitaire – Le Monde – 19/11

Le nombre d’attaques djihadistes au Sahel a explosé en six ans, passant de 1 900 en 2019, principalement concentrées à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, à plus de 5 500 en 2024 et 3 800 avant le 10 octobre 2025.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé, mardi 18 novembre, les Etats du Sahel à mettre de côté leurs différends pour faire face à l’explosion des attaques des groupes djihadistes dans cette région en proie à une crise humanitaire. « Il est absolument essentiel que, malgré ces divergences, nous construisions une plateforme de coopération entre les services de renseignement et de sécurité » des pays de la région, a-t-il déclaré en visioconférence face au Conseil de sécurité de l’ONU.

Il a invité à l’union, sur ce sujet, entre les pays de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), ceux de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) – formée par les juntes souverainistes au pouvoir au Mali, au Niger et au Burkina Faso –, et la Mauritanie, le Tchad et l’Algérie.

Le nombre d’attaques djihadistes au Sahel a explosé en six ans, passant de 1 900 en 2019, principalement concentrées à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, à plus de 5 500 en 2024 et à 3 800 avant le 10 octobre 2025, sur une zone désormais grande comme deux fois l’Espagne, selon une analyse de l’Agence France-Presse (AFP) basée sur les données de l’ONG Acled. Ces violences ont fait quelque 76 900 morts.

« Il est essentiel de reconstruire la confiance entre les parties prenantes de la région Afrique de l’Ouest », a répondu l’ambassadeur du Mali à l’ONU, Issa Konfourou, s’exprimant au nom des Etats de l’AES. « Nous sommes donc entièrement disposés à la coopération avec les pays de la région et l’ensemble des partenaires qui le souhaitent », a-t-il poursuivi.

En janvier, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays dirigés par des militaires arrivés au pouvoir par des coups d’Etat, ont quitté la Cedeao après avoir formé l’AES pour lutter contre la menace djihadiste. Les factions affiliées à Al-Qaida – notamment le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) et à l’organisation Etat islamique (EI) frappent aujourd’hui dans presque tout le Mali et le Burkina Faso, de l’ouest du Niger et du Nigeria jusqu’à la frontière du Sénégal. Le GSIM a considérablement étendu son influence au Mali où il mène actuellement un blocus sur les ravitaillements de carburant, asphyxiant l’économie du pays jusqu’à sa capitale.

Un climat de méfiance qui freine la coopération régionale

Face au Conseil de sécurité, le président de la Commission de la Cedeao, le Gambien Omar Alieu Touray, a rappelé que « la confiance est nécessaire pour que les pays collaborent dans le partage d’informations et de renseignements, les patrouilles frontalières et les opérations conjointes ». « Malheureusement, la situation dans notre région est caractérisée par la méfiance », a-t-il regretté, appelant « les membres de ce Conseil et la communauté internationale à nous aider à construire la confiance ». Le président en exercice de la Cedeao, le Sierraléonais Julius Maada Bio, a lui appelé à un « pacte pour la paix et la résilience au Sahel » entre son organisation, l’ONU et l’Union africaine.

La région a un besoin urgent d’aide financière internationale, à hauteur de 4,9 milliards de dollars pour six appels humanitaires en 2025, selon Antonio Guterres. « Jusqu’à présent, moins d’un quart de cette somme a été collecté », a averti le secrétaire général de l’ONU, regrettant que le plan pour le Mali ne soit ainsi financé qu’à hauteur de 16 %.

LA VOIE DU SAHEL