Revue de presse Niger – 22/01/2026

Revue de presse Niger – 22/01/2026

La Minute de la Justice : La cybercriminalité, une menace croissante sévèrement réprimée par la loi –ANP – 21/01  

Dans un nouveau numéro de la rubrique spéciale « La Minute de la Justice », dédiée à la sensibilisation des justiciables, les autorités judiciaires du Niger attirent l’attention de l’opinion publique sur un phénomène en pleine expansion : la cybercriminalité, encore appelée super criminalité.

Selon le Magistrat Ousmane Baydo, la législation nigérienne désigne par cybercriminalité l’ensemble des infractions pénales commises au moyen des réseaux de communication électronique ou des systèmes d’information, notamment Internet, les téléphones mobiles et les réseaux sociaux. Ces infractions, de plus en plus fréquentes, exposent leurs auteurs à des lourdes sanctions pénales.

M. Baydo d’expliquer que la loi spéciale sur la cybercriminalité, adoptée en 2019, classe ces infractions en plusieurs catégories.

  1. Infractions liées aux systèmes informatiques : Il s’agit notamment de l’accès illégal à un système informatique ; le maintien frauduleux dans un système ; l’entrave au bon fonctionnement d’un système informatique et l’introduction frauduleuse de données dans un système informatique.
  2. Infractions relatives aux données informatiques : Cette catégorie concerne l’interception illégale de données informatiques ; l’utilisation de données falsifiées ; la reproduction, l’extraction ou le copiage frauduleux de données informatiques, punis de 1 à 5 ans d’emprisonnement et de 3 à 10 millions de FCFA d’amende et l’escroquerie portant sur des données informatiques est sanctionnée de 2 à 5 ans de prison et d’une amende égale au triple de la valeur en cause, sans toutefois être inférieure à 1 million de FCFA.
  3. La cybercriminalité liée à la pornographie enfantine, la production, la diffusion, l’importation, l’exportation, la détention ou la consultation habituelle de contenus à caractère pornographique impliquant des enfants sont sévèrement punies de 5 à 10 ans d’emprisonnement et de 5 à 10 millions de FCFA d’amende. La sollicitation sexuelle d’un mineur de moins de 15 ans via un système de communication électronique est également réprimée par une peine de 1 à 3 ans de prison et une amende allant de 500 000 à 1 000 000 FCFA.
  4. Escroqueries et chantages en ligne sont les infractions les plus fréquentes. Selon le Procureur de la République, les services judiciaires enregistrent de nombreuses plaintes liées aux escroqueries par moyens de communication électronique. Les techniques utilisées sont diverses : faux gains de loterie, demandes d’argent sous prétexte humanitaire, ventes fictives de véhicules, fausses opportunités commerciales ou encore usurpation d’identité.

Ces faits, éclaire-t-il, sont punis de 2 à 5 ans d’emprisonnement et d’une amende équivalente au triple de la somme en cause, avec un minimum légal d’1 million de FCFA.

S’agissant du chantage électronique, notamment à travers des vidéos intimes obtenues lors d’appels vidéo ou de discussions sur les réseaux sociaux, le haut responsable de la justice reconnaît que c’est également très répandu, avant de déclarer que cette infraction est passible de 2 à 7 ans de prison et de 5 à 20 millions de FCFA d’amende.

  • Diffamation, injure et atteinte à la dignité humaine. La diffamation par voie électronique, dit-il, est définie comme toute allégation portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. Elle est punie de 1 à 3 ans d’emprisonnement et de 1 à 5 millions de FCFA d’amende, sans possibilité de circonstances atténuantes.

Selon le procureur général, il en est de même pour l’injure électronique, caractérisée par des propos outrageants ou méprisants diffusés en ligne. La diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte à la dignité humaine, même lorsque les informations sont vraies, est également réprimée par la loi, dès lors qu’elles sont susceptibles de créer des troubles sociaux.

Des poursuites indépendantes de toute plainte

Les autorités judiciaires rappellent que, pour la majorité des infractions liées à la cybercriminalité, l’action publique est engagée même en l’absence de plainte, et que le retrait de plainte n’a aucun effet sur la procédure judiciaire. Cette rigueur vise à préserver la paix sociale, surtout dans un contexte où la diffusion incontrôlée de messages, d’images ou de propos sur les réseaux sociaux peut avoir de graves conséquences sur la cohésion nationale.

Journalistes et presse électronique : attention à la loi applicable

Si l’ordonnance de 2010 consacre la dépénalisation des délits de presse pour les médias traditionnels, elle exclut la presse électronique. En l’absence d’une loi spécifique sur la presse en ligne, la loi sur la cybercriminalité s’applique à tous, journalistes compris, dès lors que l’infraction est commise par voie électronique.

Un appel à la responsabilité citoyenne

À travers « La Minute de la Justice », les autorités lancent un appel à la vigilance et à la responsabilité de tous les citoyens. L’objectif n’est pas de réprimer pour réprimer, mais de prévenir les comportements à risque et de garantir la stabilité et la paix sociale, biens inestimables pour la Nation.

Toutefois, préviennent-elles, toute infraction constatée sera poursuivie et sévèrement sanctionnée, afin de dissuader les auteurs potentiels et de protéger la société.

Niamey : Le Ministre d’Etat de l’intérieur en visite dans les locaux de la DGPN ANP – 21/01

-Le Ministre d’Etat de l’Intérieur, de la Sécurité Publique et de l’Administration du Territoire, Général de Division Mohamed Toumba, a effectué, ce mercredi 21 janvier 2026, une visite au niveau de la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN).

L’objectif de cette visite est d’échanger avec la hiérarchie de la Direction Générale de la Police Nationale, de s’enquérir de leurs conditions de vie et de travail, mais aussi de connaitre certaines de leurs préoccupations.

Après une réunion d’échange avec les responsables, le Ministre a visité la salle de surveillance installée dans les locaux de la direction générale de la police.

Au terme de cette visite, le Ministre d’Etat de l’Intérieur, le Général de Division Mohamed Toumba a tout d’abord présenté les vœux de nouvel an du Président de la République, de l’ensemble du personnel du Ministère, au personnel de la Police Nationale pour les efforts qu’ils sont entrain de faire.   

‘’Que l’année soit une année de prospérité, de santé, de bonheur et de paix durable pour le Niger et son peuple’’ a-t-il souhaité.

Le Ministre Toumba d’indiquer que ’’la police est, et demeure, l’une des institutions clés de la sécurité de notre pays aux yeux des plus hautes autorités de notre pays, au premier rang desquelles le Président de la République, Chef de l’Etat, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani’’.

Pour cela, a-t-il fait savoir, son ‘’département ministériel met tout en œuvre pour améliorer les conditions de travail et de vie des forces et de sécurité intérieure, comme le témoignent l’adoption de plusieurs textes, le recrutement et la formation d’environ 8000 policiers tous grades confondus, la création et l’opérationnalisation des nouvelles unités, les équipements acquis et infrastructures réalisés sur fonds propres de l’Etat au profit de la Police Nationale’’.

Il s’agit par cette visite, a souligné le Général de Division Mohamed Toumba,’’de reconnaitre ce que le personnel de la police Nationale est entrain faire, de magnifier leurs comportements et d’essayer de voir ensemble ce qu’on peut faire pour améliorer leurs conditions de vie et de travail pour continuer à travailler dans la droite ligne’’.

Notons que cette visite s’est déroulée en présence du Directeur Générale de la DGPN, des Directeurs Nationaux et des Directeurs de services rattachés.

Au Niger, votre travail ou votre vie HRW 21/01

Les sanctions de la junte contre les opérateurs de transport de carburant soulèvent des préoccupations concernant les droits

Les chauffeurs routiers au Niger font désormais face à un choix dur : risquer sa vie ou perdre leur gagnepain.

Le 6 janvier, le ministre nigérien des Transports a publié un décret punissant au moins 34 opérateurs de transport de carburant et chauffeurs de camions longue distance qui refusaient de livrer du carburant au Mali voisin. Depuis septembre 2025, un groupe armé lié à Al-Qaïda, connu sous le nom de Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM), assiége la capitale malienne, Bamako, et coupe les approvisionnements en carburant. Les sanctions incluent la révocation à la fois des droits de transport de carburant de plusieurs opérateurs ainsi que des permis de conduire. Le ministre a invoqué une « grave violation des obligations légales et réglementaires » comme raisons du décret.

Les dangers auxquels sont confrontés les conducteurs sur le corridor Niger-Mali et dans le centre du Sahel sont bien documentés. JNIM a à plusieurs reprises mené des attaques ciblées contre des transports commerciaux, enlèvements et meurtres de conducteurs. Entre septembre et décembre 2025, le JNIM a attaqué plusieurs convois transportant des fournitures de carburant vers le Mali depuis la Côte d’Ivoire voisine et le Sénégal.

Le Niger, le Mali et le Burkina Faso sont membres de l’Alliance des États du Sahel, un pacte de défense mutuelle formé par les trois juntes militaires en 2023 en réponse à l’escalade de la violence par des groupes armés islamistes. C’est dans ce cadre qu’en novembre 2025, le Niger a livré 82 pétroliers escortés militairement au Mali, contribuant à stabiliser la disponibilité du carburant dans le pays. Les autorités nigériennes utilisent désormais l’accord de sécurité pour justifier les conditions punitives imposées aux opérateurs de transport.

Ces mesures soulèvent des préoccupations concernant les violations du droit international des droits de l’homme, notamment le droit au travail et la protection contre la coercition. Les autorités nigérianes ont choisi la révocation de licence plutôt que des mesures de réduction des risques ou de protection, mettant ainsi des pressions pour qu’ils entreprennent des travaux hautement dangereux, en violation de leur droit de choisir librement leur emploi.

La protection contre la contrainte au travail est également bien établie dans la Convention de 1930 sur le travail forcé.

Compte tenu du conflit armé au Mali, exercer des pressions sur les civils pour qu’ils transportent des biens utilisés à des fins militaires dans une zone de combat pourrait violer l’article commun 3 des Conventions de Genève de 1949, qui interdit la participation contraignante aux hostilités.

Les sanctions imposées sans évaluations rigoureuses des risques, sans procédure régulière ou recours efficaces soulèvent des inquiétudes quant à l’arbitraire. Lorsque les opérateurs de transport doivent choisir entre perdre leur gagne-pain ou risquer leur vie, l’État ne remplit pas son obligation de les protéger.

Les autorités nigériennes devraient lever les sanctions et veiller à ce que toute livraison de carburant repose sur une participation volontaire et soit soutenue par des protections adéquates.

En Afrique de l’Ouest, deux modèles de souveraineté face à face The Conversation – 22/01

Depuis les luttes d’indépendance, la souveraineté occupe une place centrale dans les débats politiques africains. Elle renvoie à la conquête de l’autonomie, la quête de légitimité et la capacité des États à définir librement leur destin. Cette quête est continue et en lien profond avec l’histoire coloniale des Etats ouest-africains.

L’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso et Niger– en septembre 2023, a ravivé ces débats ? plaçant au coeur des discussions les notions de souveraineté, de panafricanisme, de démocratie, alimentant les discussions à travers les médias classiques et sociaux. La souveraineté est ainsi devenue un marqueur idéologique structurant, cristallisant des oppositions entre des « pro0ccident » vs « pro-bloc sino-russe ».

Cette recomposition se manifeste à travers deux dynamiques distinctes: d’un côté, l’AES qui prône une souveraineté de rupture, articulée autour de la sécurité, de la dignité nationale et du rejet des tutelles extérieures ; de l’autre, des démocraties consolidées comme le Sénégal, le Cap-Vert, le Bénin et le Ghana, qui défendent une posture fondée sur la légitimité électorale, la coopération régionale et l’ouverture internationale dans une égale dignité, comme fondement de leur souveraineté internationale.

Pour avoir étudié les régimes politiques et les questions de gouvernance en Afrique de l’Ouest, j’ai observé que là où les régimes militaires du Sahel central revendiquent une souveraineté défensive, parfois exclusive, les États démocratiques côtiers manifestent une autonomie de décision politique basée sur une tradition d’ouverture internationale.

Dès lors, une question s’impose : quels facteurs expliquent la divergence entre ces deux conceptions de la souveraineté en Afrique de l’Ouest, et que révèlent-elles des transformations actuelles de l’État postcolonial africain ?

Deux conceptions de la souveraineté

L’usage contemporain de la souveraineté en Afrique de l’Ouest renvoie moins à une définition juridique univoque qu’à deux idéaux-types de gouvernement, construits à partir de trajectoires politiques contrastées.

La souveraineté de rupture : l’Alliance des États du Sahel

Le premier idéal-type est celui d’une souveraineté de rupture, incarnée par l’Alliance des Etats du Sahel (AES), née de la Charte du Liptako-Gourma en septembre 2023. Dans ce modèle, la souveraineté cesse d’être exclusivement nationale pour prendre une forme régionalisée, articulée autour d’une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle (article 2 de la Charte). Elle est pensée comme une capacité à protéger, à combattre le terrorisme et la criminalité en bande organisée (article 4 de la Charte).

Trois piliers structurent cette souveraineté. D’abord, la sécurité comme fondement premier de l’État : l’autorité souveraine se légitime par la lutte contre le terrorisme et la reconquête territoriale. Ensuite, un discours panafricaniste de rupture, qui présente la souveraineté comme émancipation vis-à-vis des puissances occidentales et des institutions régionales jugées dépendantes.

Enfin, la volonté de reconstruire un État fort et centralisé, où l’armée devient l’acteur principal de la refondation nationale et du contrôle des ressources stratégiques. La souveraineté y est défensive, symbolique et identitaire, indissociable de la dignité nationale et de la survie de l’État.

Plus que la lutte contre le terrorisme, l’objectif de l’alliance est fondamentalement politique et souverainiste. A ce propos, le président de transition du Mali Assimi Goïta dans son discours à la nation du 31 décembre 2025, déclarait :

L’année qui s’achève a consacré une avancée majeure dans notre combat pour la souveraineté avec la consolidation de l’Alliance des États du Sahel. Avec le Burkina Faso et le Niger, nous avons choisi l’unité, la solidarité et la défense collective comme réponses aux défis sécuritaires, politiques et économiques auxquels nos peuples sont confrontés.

La souveraineté de consolidation : les démocraties côtières stabilisées

À l’opposé, le second idéal-type est celui d’une souveraineté de consolidation, portée par des États côtiers comme le Sénégal, le Cap-Vert, le Bénin ou le Ghana. Ici, la souveraineté repose sur la légitimité électorale, la stabilité institutionnelle et la continuité de l’État de droit. Elle ne s’exerce pas contre l’ordre régional, mais à travers lui. Le président du Sénégal Bassirou Diomaye Faye déclarait lors de son discours d’investiture le 2 avril 2024 que

le Sénégal doit exercer pleinement sa souveraineté, dans le respect de ses engagements internationaux, mais en plaçant en priorité les intérêts du peuple sénégalais.

Ces États conçoivent la souveraineté comme une capacité d’action collective, fondée sur la coopération, l’intégration régionale et le multilatéralisme, notamment au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). La souveraineté n’y est pas synonyme d’isolement, mais d’influence partagée et de consolidation progressive de l’État.

Cinq points de divergence

Ces deux modèles se distinguent à travers cinq indicateurs.

  • La centralité de la force armée

La souveraineté est pratique et se mesure à la capacité des armées à protéger, à sécuriser des territoires, à administrer, à user et imposer la force. Dans l’espace AES, la souveraineté est associée à la puissance militaire. Ainsi le militaire est partout comme instrument de coercition et au cœur du pouvoir politique. La sanctuarisation de l’état d’urgence, la médiatisation des succès militaires, la rhétorique de la guerre et la mise en scène d’un Etat protecteur participent à l’entretien de cette souveraineté militaire défensive.

En contraste, dans les démocraties côtières, la souveraineté repose moins sur l’omniprésence du militaire que sur la primauté de l’Etat de droit. La sécurité est une politique publique soumise au contrôle civil parlementaire. Toutefois au regard du contexte régional, l’insécurité constitue un défi et justifie un renforcement des capacités étatiques et une attention aux armées.

  • Les fondements de la légitimité politique

La distinction entre les deux modèles est forte autour de cet indicateur. Dans les régimes de l’AES la légitimité n’est pas fondée par les urnes. Les transitions sont prolongées et perdent leur sens. L’insécurité fragilise les institutions. Le pouvoir repose sur la force populaire, pas sur les urnes. Les dirigeants cherchent légitimité par la rue plutôt que par la démocratie.

Dans les États dits démocraties stabilisées, la souveraineté est indissociable de la légitimité électorale.Les citoyens refusent tout report ou blocage des élections. Pourtant, dans certains pays, l’exclusion des principaux opposants dévoie la compétition électorale.

Dans les deux modèles la souveraineté cherche à s’ancrer dans une forme de reconnaissance populaire, mais par des mécanismes radicalement différents.

  • Sécurité et droits

Pour les régimes militaires, la sécurité est une priorité absolue. Elle justifie ainsi la suspension ou la relativisation de droits et libertés. Au nom d’un état d’urgence, la lutte contre le terrorisme et la survie de l’Etat priment sur les garanties individuelles.

A l’inverse dans les souverainismes démocratiques, la sécurité est liée aux droits, à la justice, à la gouvernance inclusive. La souveraineté elle-même repose sur un cadre juridique

  • Place des oppositions et des contre-pouvoirs

La conséquence du tout sécuritaire dans l’espace AES est la remise en cause de la place centrale des oppositions politiques, des contre-pouvoirs dans la gouvernance politique. Les droits et libertés sont largement restreints. Les oppositions politiques sont écartées et la presse encadrée.

Les régimes militaires protègent leur légitimité face aux menaces internes. Dans les souverainismes démocratiques, le pluralisme et les libertés garantissent la légitimité de l’État.

  • Rapport à l’international et à l’intégration régionale

Enfin les régimes de l’AES défendent une souveraineté de rupture vis-à-vis des institutions régionales et des partenaires occidentaux, accusés d’ingérence. Cette posture ne signifie pas l’autarcie : elle s’accompagne d’alliances alternatives (Russie, Chine) et d’une affirmation d’idéologie panafricaine parfois présentée en modèle sahélien.

Les démocraties côtières assument une souveraineté coopérative, fondée sur le multilatéralisme, la Cedeao, l’intégration régionale. La souveraineté ici n’est pas exclusive ou contre l’international mais à travers lui.

Les facteurs de la divergence

Les divergences s’enracinent dans des contextes historiques, politiques et économiques profondément asymétriques.

  • Un contexte sécuritaire asymétrique

Le premier facteur explicatif tient à la géographie différenciée de la violence armée. Le Sahel central est devenu l’épicentre de l’insécurité depuis 2010. L’expansion des groupes djihadistes et la porosité des frontières ont affaibli l’autorité étatique. La souveraineté devient une urgence existentielle face à cette crise. La militarisation du pouvoir s’impose comme réponse pour préserver l’unité et la survie de l’État.

À l’inverse, les États côtiers comme le Sénégal ou le Ghana n’ont pas connu une telle intensité de violence armée. Cette relative stabilité sécuritaire a permis la continuité institutionnelle, la consolidation de l’État de droit et une souveraineté pensée dans la durée plutôt que dans l’urgence.

  • Dynamiques politiques et crise différenciée de la légitimité démocratique

Le second facteur est politique. Dans l’espace AES, la montée des régimes de transition reflète une crise électorale. Les coups d’État et la perte de confiance expliquent le recul de la démocratie. Cette « fatigue démocratique » nourrit un souverainisme sahélien. Le peuple devient source directe du pouvoir, par la rue et le soutien populaire.

À l’inverse, dans les démocraties côtières, les alternances régulières consolident la confiance. La souveraineté y reste liée au suffrage et au respect des procédures.

  • Des économies politiques contrastées

Les structures économiques jouent un rôle clé. Les pays enclavés du Sahel dépendent d’économies agro-extractives fragiles. Les conflits ont désorganisé la production et affaibli l’État. Cela renforce la tentation d’un pouvoir autoritaire centré sur les ressources.

De leur côté, les États côtiers, plus diversifiés et ouverts, privilégient la stabilité et l’intégration économique régionale.

  • Reconfigurations géopolitiques et rapports à l’international

Enfin, les divergences tiennent à de profondes recompositions géopolitiques. Au Sahel, le retrait occidental et la rupture avec la Cedeao ont favorisé une souveraineté de défiance. Les régimes militaires recherchent des alliances alternatives. La souveraineté y devient protection et affirmation identitaire.

À l’opposé, le Sénégal et le Ghana privilégient, eux, une souveraineté coopérative. Ils s’inscrivent dans le multilatéralisme, tout en redéfinissant certains partenariats, notamment militaires. Au Sénégal, les autorités, tout en privilégiant des relations coopératives, ont remis  en cause des accords de défense avec la France et rendu effectif le retrait des armées françaises du sol sénégalais.

Que retenir ?

Les deux modèles de souveraineté qui coexistent aujourd’hui en Afrique de l’Ouest ne sont pas des anomalies, mais les expressions d’une même quête d’autonomie dans des contextes différenciés.

Le souverainisme de rupture de l’AES répond à une crise de survie étatique, tandis que celui du Sénégal, du Ghana, du Cap-Vert, du Bénin, repose sur la stabilité institutionnelle et cherche à consolider une autonomie de décision à travers les institutions démocratiques.

Ces trajectoires traduisent deux manières d’adapter la souveraineté africaine au monde contemporain : l’une par la résistance et le refoulement de la tutelle occidentale, l’autre par l’intégration régionale politique et économique.

LA VOIE DU SAHEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *