Revue de presse Niger – 30/03/2026

Revue de presse Niger – 30/03/2026

Marche contre la Résolution de l’UE exigeant la libération de Mohamed Bazoum :  réactions  ( société civile) – ANP – 28/03  

Des nombreux manifestants ont marché à Niamey ce samedi à l’appel des organisations de la société civile pour protester contre la résolution de l’UE exigeant la libération de  l’ancien président  Mohamed

Bazoum.                      

Le président du Mouvement OSER Pour l’Avenir (MOA), M. Daouda Aminou Chekaraou  soutient‘’ qu’ils ont répondu à l’appel de la société civile pour protester contre la résolution du parlement de l’union européenne sur les affaires intérieures du Niger’’.

‘’Aujourd’hui, nous avons décidé de dénoncer le comportement de l’Union Européenne’’ en rappelant que ‘’ depuis le 26 juillet 2023, le Niger est indépendant et souverain, Rien que le Niger, le Niger d’aujourd’hui et le Niger de demain » a-t-il fait savoir.  

Pour sa part, le secrétaire général adjoint du comité directeur de l’USN et membre du directoire des forces vives et patriotiques du Niger, M. Ibrahim Abdoulaye précise que ‘’ L’objet de la rencontre de ce matin, ça fait suite à l’appel des forces vives et patriotiques du Niger qui ont demandé à toutes les couches socioprofessionnelles de notre pays de se mobiliser pour se retrouver ici à la place de la concertation de Niamey’’.

Expliquant : ‘’Comme vous l’avez constaté la mobilisation était au rendez-vous de tous les quatre coins de la capitale. Le peuple était sorti pour venir ici, venir manifester son soutien au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, venir montrer à la face du monde que la mobilisation n’a pas failli ou ne faiblit pas au Niger’’.

Le responsable estudiantin a, à cet effet, appelé ’’ le peuple nigérien à se mobiliser et à se remobiliser une fois encore. »  ‘’Nous voudrions que le peuple Nigérien puisse montrer qu’il est ce même peuple qui constitue le bouclier ou le rempart contre les ennemis internes et externes de notre pays’’.

De son côté, l’ acteur de la société civile,  M. Mohamed Bachir, d’expliquer ‘’ L’objectif est que tout le monde ait appris, ou que nous avons appris ensemble, que l’Union Européenne a fait sortir un document, un papier,  pour demander la libération de l’ex-président Mohamed Bazoum, avant le 2 avril’’.

Ajoutant : nous sommes là pour dire non à l’ingérence, non à l’injustice,  non à tous ceux qui sont là pour s’ingérer dans les affaires du peuple nigérien’’.  

Il a lancé un message à l’endroit du peuple nigérien ‘en l’appelant à   »faire un barrage total contre ces Occidentaux, qui ne sont pas là pour nous, mais pour la richesse dont le pays regorge.   

Notons qu’à l’appel des organisations de la société  civile des meetings ont été organisés dans les 3 pays de l’AES ( Niger, Mali, Burkina Faso) pour protester contre la Résolution du parlement de l’UE.

Le Mouvement Africain pour la Résilience et la Solidarité organise un meeting de soutien à la Refondation du Niger pour inaugurer ses activités ANP 29/03

Le Mouvement Africain pour la Résilience et la Solidarité (MARS-Afrique) a organisé, dans l’après-midi du samedi 28 mars 2026 à Zinder, un meeting géant pour protester contre l’ingérence de l’Union Européenne dans les affaires internes d’un pays souverain de l’AES (Niger).

Ce rassemblement populaire, qui marque en même temps le lancement des activités de cette organisation, répond également à l’appel à la mobilisation générale pour la défense de la patrie décrétée par le Président nigérien en décembre dernier. La manifestation a vu la participation des autorités administratives et coutumières, des leaders religieux, des associations des jeunes et des femmes, et des acteurs de la société civile.

Le Gouverneur la Région de Zinder, Colonel Mahaman Sani Massalatchi s’est réjoui de cette grande mobilisation et a saisi l’occasion pour présenter les remerciements des plus hautes autorités nigériennes à la population de Zinder qui ne cesse de leur apporter son soutien indéfectible.

« Nous étions avec vous ici à la tribune officielle de la Ville de Zinder le jeudi dernier lors de la célébration de journée nationale de la refondation et aujourd’hui nous sommes ici pour défendre une cause : celle des pays membres de l’AES qui deviennent désormais souverains et indépendants, et qui n’ont pas besoin d’une quelconque ingérence de l’extérieur », a-t-il fait observer.

Le Gouverneur Massalatchi a, une fois de plus, exhorté la population de Zinder à être vigilante et à se tenir prête pour la défense de la patrie.

Par la voix de son coordonnateur, M. Ousseini Malan Moussa, le Mouvement Africain Pour la Résilience et la Solidarité (MARS-Afrique), qui lançait ainsi ses activités, a expliqué que « nous sommes réunis parce que notre dignité et notre souveraineté sont en jeu ».

Le MARS-Afrique dénonce notamment la résolution du Parlement de l’Union Européenne sur la situation interne du Niger, soulignant que cette résolution ne rien d’autre qu’une ingérence inacceptable dans les affaires d’un pays souverain.

Pour ce Mouvement, « le Niger n’a pas besoin d’une instruction par aucun pays de l’Union européenne ». Bien plus, ajoute la déclaration, « nous décidons nous-mêmes de notre destin, sous la conduite de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’Etat ».

Selon M. Ousseini Malan Moussa, « si l’Union Européenne veut donner des leçons de démocratie et de droits humains, qu’elle commence par demander au Président américain de libérer le Président Maduro du Vénézuela. Qu’elle saisisse le Conseil de sécurité de Nations Unies pour que l’Iran et Israël cessent l’affrontement de guerre, avant de se mêler de ce qui se passe dans notre cher pays ».

Il est à noter que ce rassemblement s’est achevé par des remises officielles des témoignages de satisfaction décernés aux autorités administratives et coutumières, aux leaders religieux, à des acteurs de la société civile, aux FDS et aux cadres techniques régionaux pour service rendu à la région.

Niger : grande manifestation à Niamey contre la Résolution du Parlement de l’UE sur la libération de Bazoum Actu Niger 29/03  

La Résolution du Parlement européen du 12 mars dernier, « exigeant » la libération de l’ancien président Bazoum Mohamed, dont le mandat devrait en principe arriver à terme le 02 avril prochain, continue de susciter des vagues au Niger et dans l’espace de la Confédération des États du Sahel. Ce samedi 28 mars, à l’appel d’une coalition d’organisations de la société civile, une grande manifestation s’est tenue à Niamey mais aussi dans plusieurs autres villes du pays pour protester contre ce que le gouvernement avait déjà, et officiellement, condamné et qualifié « d’ingérence inacceptable du Parlement de l’Union européenne dans les affaires intérieures du Niger ». L’occasion aussi pour les manifestants de réaffirmer leur soutien aux autorités du régime de la Refondation, qui vient de boucler une année, le 26 mars dernier, sous la direction du Général Abdourahamane Tiani. À Niamey, et certainement pour hausser le ton, la manifestation s’est déroulée en présence des membres du CNSP et du gouvernement, des présidents d’institutions de la République, des responsables des FDS ainsi que des autorités régionales, coutumières et religieuses.

La mobilisation était certes de moindre ampleur que celle des lendemains de l’avènement du CNSP au pouvoir, après le coup d’État du 23 juillet 2023 contre Bazoum Mohamed et en contestation de la présence militaire étrangère dans le pays, mais ils étaient des milliers à répondre présents à l’appel à manifester de la coalition de circonstance des organisations et associations de la société civile nigérienne soutenant le régime de la Refondation.

À Niamey, ce samedi 28 mars, ils étaient des milliers à converger d’abord vers la Place Toumo, puis à rallier la Place de la Concertation, en plein cœur de la capitale, où s’est tenu un grand meeting de protestation contre la Résolution des eurodéputés.

« Non à l’ingérence du Parlement européen dans les affaires internes du Niger », « Non aux deux poids, deux mesures de l’UE », « Vive le CNSP, Vive l’AES », tels sont les slogans qui ont été scandés tout le long de la marche et du meeting ainsi qu’inscrits sur certaines pancartes brandies par les manifestants qui arboraient des drapeaux de l’AES et des trois pays membres ainsi que des T-shirts à l’effigie des Chefs d’État du Niger, du Burkina Faso et du Mali

Manifestation de protestation contre l’ingérence du Parlement européen

À la tribune de la manifestation, plusieurs allocutions de responsables associatifs, pour l’essentiel des soutiens de la première heure du CNSP, ont pris la parole pour « fustiger » cette attitude « condescendante et paternaliste » du Parlement européen.

Autre intervention, celle du Président du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), Dr Mamadou Harouna Djingarey, qui a rappelé que l’institution qui fait office de parlement à la Refondation a, depuis le 17 mars 2026, au cours d’une déclaration de son Bureau, « condamné avec fermeté » la résolution adoptée par le Parlement européen en date du 12 mars 2026. Le Chef de Canton de Sinder a rappelé que, depuis le 26 juillet 2023, « notre peuple a fait un choix historique, un choix courageux, un choix irréversible ; celui de la reconquête de sa souveraineté, de sa dignité et de son indépendance réelle ». C’est pourquoi il a réaffirmé la condamnation de l’institution. « Nous sommes aujourd’hui confrontés à une ingérence inacceptable et injustifiée émanant du Parlement européen ; aucun Parlement, aucune puissance, aucun intérêt extérieur ne saurait s’ériger en donneur d’ordre au Niger », a dit le Président du CCR.

De son côté, le Gouverneur de la région de Niamey, le Général de Division Assoumane Abdou Harouna, a souligné que c’est pendant que « cette nouvelle dynamique confédérale, dans laquelle nos pays avancent désormais, dans la dignité, consolidant leur souveraineté et leur indépendance totale, que les eurodéputés ont eu, avec une attitude irrespectueuse, inélégante, offensante, à la limite du mépris haineux, avec une allure ordurière », à sortir « leur torchon de résolution ». Et d’affirmer que le Niger est depuis devenu « un pays de valeur attaché à ses repères, à ses traditions et à toute évolution, à ses priorités, dans le juste respect de sa souveraineté et du rythme de son propre projet de société qui est sa refondation ».

« Nous avons souverainement choisi de tourner le dos à cette déviance globale dans laquelle les États, nos anciens amis, nous avaient plongés. Nous avons décidé de tourner le dos au péril de densité qui était devenu notre quotidien, nous allons construire collectivement un Niger fondé sur la souveraineté, la justice et la dignité de notre peuple ainsi que de l’esprit égal de la souveraineté des peuples », a martelé le gouverneur de la région de Niamey, le Général de Division Assoumane Abdou Harouna, qui faisait partie de la délégation officielle composée de membres du CNSP et du gouvernement ayant pris part à la manifestation de Niamey.

Des manifestations dans plusieurs villes du Niger mais aussi à Ouaga et à Bruxelles

Tout comme à Niamey, d’autres manifestations de colère contre la résolution des eurodéputés ont été également organisées dans plusieurs villes du pays, ce samedi, en présence des autorités locales et de centaines de manifestants.

À Ouagadougou, lors de la marche suivie d’un meeting organisée le même samedi 28 mars à la place de la Nation, la Coordination nationale de la veille citoyenne (CNAVC) a lu, puis transmis au siège de l’Union européenne (UE), une lettre de protestation dénonçant « une ingérence de l’institution dans les affaires du Niger ». La CNAVC a aussi appelé l’UE à revoir sa position, « sous peine d’un appel à la rupture de la coopération » avec les pays de l’AES.

À Bruxelles également, quelques manifestants ont marqué de leur présence la mobilisation organisée devant le siège de la Commission européenne, par des membres de la diaspora des pays membres de la confédération AES.

Selon les initiateurs de la manifestation, la mobilisation va se poursuivre dans les prochains jours à Niamey, notamment avec la réactivation des brigades de veille citoyenne (BVC) au niveau des différents grands carrefours du pays. Bien que la résolution du Parlement de l’UE ne soit pas contraignante et ait plus une portée symbolique de prise de position, certains soutiens de la Refondation n’hésitent pas à évoquer les probabilités d’une « action de déstabilisation par les forces impérialistes » pour libérer l’ancien président, détenu depuis le 23 juillet 2023, avec son épouse, dans le complexe présidentiel de Niamey. En principe, le mandat du chef de l’État déchu arrive à échéance le 02 avril prochain.

Au Niger, il est interdit de diffuser des images de bénéficiaires d’aides alimentaires ou sociales – RFI – 29/03  

Au Niger, interdiction de diffuser des images de personnes recevant des aides, comme par exemple des dons alimentaires. L’Observatoire national de la communication rappelle à l’ordre les médias et sites internet. Un impératif pour préserver la dignité des personnes concernées, selon l’ONC. En cas de non respect de cette règle, les diffuseurs de ce type d’images risquent de tomber sous le coup de la loi et s’exposent à des sanctions.

Pas de photos, pas de vidéos. Les personnes qui reçoivent – par exemple – des dons de produits alimentaires au Niger, ou tout autre type d’aide, ne doivent pas apparaître sur des images diffusées par les médias, ni par les organisations ou associations qui organisent ces opérations. Le ministère nigérien de l’Intérieur avait déjà interdit la diffusion d’images de bénéficiaires d’aides alimentaires ou sociales.

Pas d’images « avilissantes »

Cette fois, c’est l’observatoire national de la communication qui rappelle la règle, dans un communiqué publié la semaine dernière. Pour les autorités de Niamey, ces images portent atteinte à l’honneur et à la dignité humaine. L’organe de régulation proscrit les « images avilissantes, dégradantes, attentatoires à l’honneur des personnes ».

Sanctions prévues par la loi

Sous couvert d’anonymat, un acteur de la société civile nigérienne rappelle toutefois que les organisations et associations soutenues par des partenaires extérieurs ont besoin d’images pour montrer aux contributeurs que ce qu’ils ont envoyé a bien été mis à disposition. L’ONC rappelle que des sanctions sont prévues par la loi. Un texte, modifié par le général Tiani en 2024, prévoit des peines de deux à cinq ans prison en cas de diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ou à porter atteinte à la dignité humaine.

Comment les «experts» russes ont travaillé à cimenter et élargir l’Alliance des États du Sahel RFI 30/03  

La lecture des plus de 1 400 pages de documents internes de la « compagnie » éclaire les priorités stratégiques du groupe dans l’accompagnement du retour de la Russie en Afrique.

Si la Centrafrique demeure la vitrine de ce nouveau partenariat, avec une triple dimension – sécuritaire (lutte contre les rebelles, protection du régime), économique (accès favorisé aux ressources naturelles comme contrepartie) et informationnelle (narratif anti-occidental et anti-Ukraine) -, l’espace sahélien prend une importance prépondérante.

Dans leur rapport d’août 2023 baptisé « Sud global », les stratèges d’Africa politology préconisent une « confédération de l’indépendance » pour faire face à une « ceinture d’instabilité » construite, selon eux, par les Occidentaux. Il s’agit, selon leurs termes, de « reformater » un espace géographique allant de Dakar au Sénégal et Conakry en Guinée à Port-Soudan au Soudan et Asmara en Érythrée. Cette analyse accompagne l’émergence de l’Alliance des États du Sahel.

Après le renversement de présidents civils, des putschs « rectificatifs » ont lieu au Mali en mai 2021 puis au Burkina Faso en septembre 2022, ouvrant la voie à des collaborations sécuritaires renforcées avec Moscou, sur fond de départ accéléré des militaires français engagés dans la lutte contre le terrorisme. La chute du Niger en juillet 2023 permet aux « experts » de faire fructifier ce récit d’une alliance souverainiste qui serait visée par des ennemis internes – les groupes jihadistes, les rebellions, mais aussi toute opposition politique ou société civile critique – soutenus par des forces extérieures : l’Occident « impérialiste » et ses « valets » locaux des États côtiers, comme la Côte d’Ivoire.

Ces documents stratégiques s’alignent sur les priorités stratégiques de la Russie : « Briser l’image de l’Occident comme un partenaire sécuritaire fiable, fragiliser les opérations logistiques de l’Africom [le commandement militaire américain pour l’Afrique, NDLR] entre la Méditerranée et l’Afrique subsaharienne, obtenir de nouveaux alliés lors des votes aux Nations unies, entrer sur de nouveaux marchés pour les hydrocarbures, les armes ou les produits agricoles. »

Pour chaque pays où des campagnes sont menées, des lignes budgétaires permettent de quantifier les dépenses de communication engagées. Par exemple, pour un total de 51 300 dollars au Niger en mai 2024, ou de 64 500 dollars en septembre 2024 dans ce même pays. Figurent aussi les articles « placés » dans la presse du continent ou des posts sponsorisés sur des réseaux sociaux. Plusieurs centaines de liens sont répertoriés, en face d’une somme versée – officiellement plusieurs centaines de dollars chacun – bien que dans des cas précédents, au Tchad (lire notre enquête) ou en Centrafrique, soit apparue une différence entre le montant déclaré et la somme effectivement versée à l’organe de parution.

Comme à leur habitude, les « experts » de la « compagnie » valorisent leurs réalisations, n’hésitant probablement pas à gonfler leur rôle. « Une grande campagne informationnelle a été lancée dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le résultat de ces actions a été l’accord des leaders des trois pays de signer un mémorandum créant la Confédération des États du Sahel », écrivent-ils. Confédération qui voit le jour lors d’un sommet en juillet 2024, entre Burkina Faso, Mali et Niger.

Au Niger, empêcher les négociations avec les Américains

Au Niger, l’année 2024 sert à consolider le pouvoir de la junte. Les « spécialistes » s’attribuent un rôle dans la fermeture des bases américaines et la rupture du partenariat avec Washington : « Sous l’influence des contractuels de la compagnie, les négociations avec la délégation américaine ont été gênées en mars 2024, le général Abdourahamane Tiani a refusé de rencontrer la secrétaire d’État adjointe aux affaires africaines Molly Phee » et sa délégation, écrivent-ils. Des drapeaux américains sont brûlés lors d’une manifestation. Plus d’une dizaine de rendez-vous avec des cadres du régime auraient eu lieu, selon le rapport des « politologues ».

Parmi les actions entreprises, les mêmes outils de soft power sont déployés qu’ailleurs en Afrique : ouverture d’une Maison russe à Niamey (en juin 2024), rassemblement de motards « avec plus de 300 participants » pour la « Journée de la Russie ». Sans oublier des tournois de football et d’autres activités sportives et culturelles.

Les autres points avancés dans les documents ne surprennent guère, ils rejoignent des idées populaires au sein de l’opinion publique nigérienne. Des « projets spéciaux » ciblent Orano et GoviEx, deux compagnies étrangères exploitant l’uranium. Un autre vise à « stimuler la sortie du franc CFA », déclarations d’experts ou de leaders de la société civile à l’appui, ou à pousser pour un « système bancaire unifié ». Sur ce sujet, une feuille de route aurait été « présentée aux autorités » des trois pays de l’AES.

Quant aux actions de sabotage menées au Niger par le groupe Front patriotique de libération (FPL), il faut « les lier à la France », disent les documents, de même que les tensions frontalières avec le Bénin. Des campagnes sont lancées sur le thème : « La France entraîne des terroristes pour envahir le Niger. » Un narratif repris à satiété jusqu’à aujourd’hui par le général Tiani lui-même, et par toute la galaxie de pages, comptes et médias favorables à l’AES.

« Le résultat de nos campagnes permet d’arriver à une plus grande cohésion entre les citoyens des trois pays », se félicitent les hommes de la « compagnie ».

Le Mali, « moteur du mouvement anti-occidental au Sahel »

Selon un document consulté par le consortium, le Mali est vu comme « le moteur du mouvement antioccidental au Sahel ». Un moteur que les « spécialistes » disent alimenter. Ainsi, dans leur « plan de travail AES mai-juin 2024 », on peut lire parmi les « objectifs » : « Bloquer le travail de figures religieuses dont les actions ont pour objectif de fragiliser l’ordre établi. » Puis dans la section « réalisations », le rédacteur relève que « des ajustements ont été faits sur la régulation des activités des organisations religieuses et du clergé ». Et que « la CMAS a été dissoute », en mars 2024, à la suite d’autres organisations.

La CMAS, Coordination des mouvements, associations et sympathisants, était le groupe de l’influent imam Mahmoud Dicko, qui avait joué un rôle important en amont du renversement du président Ibrahim Boubakar Keïta en 2020. Fâché par la suite avec les autorités de transition, victime d’attaques virulentes, avec plusieurs de ses soutiens en prison, il vit en exil, et a récemment pris la tête d’une nouvelle plateforme, la Coalition des forces pour la République (CFR). Mahmoud Dicko est décrit dans le document de la « compagnie » comme « un imam jihadiste ».

Autre « réalisation » : « Une vaste campagne d’information a été conduite pour discréditer les entreprises étrangères qui possèdent des mines. Des manifestations en faveur de la nationalisation des industries extractrices ont été organisées. Les contrats avec des entreprises occidentales, turques, chinoises et australiennes sont en cours de réexamen », se félicite le rapport. Une « exagération », selon un connaisseur du secteur, qui rappelle que les modifications au code minier « ont été menées par deux anciens employés de l’entreprise canadiennes Barrick Gold ». Au fil des mois, des solutions négociées ont été trouvées aux différends avec plusieurs multinationales minières.

C’est aussi à Bamako qu’est organisée et valorisée une première réunion de la jeunesse de l’AES en septembre 2024, pour le premier anniversaire de la « charte du Liptako-Gourma », accord de défense mutuel préparatoire à la naissance de la Confédération. Le forum est censé rassembler la société civile, mais il est strictement encadré par des officiels des trois pays. Des délégations d’organisations de jeunes du Sénégal, de la Guinée et du Tchad sont aussi invitées.

Parmi les présents, Ousmane Sonko Junior, cadre de la Jeunesse patriotique du Sénégal, organisation du parti Pastef dirigé par son homonyme, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko. Joint par Forbidden stories, il raconte sa surprise : « Les tables rondes devaient porter sur l’engagement politique de la jeunesse, la croissance, etc. Au moment des conclusions, nous avons constaté dans les procèsverbaux des sujets que nous n’avions pas abordés lors des ateliers, comme présenter le Sénégal comme un pays prêt à intégrer l’AES. » Il explique avoir refusé de signer ces PV, malgré l’insistance du ministère malien de la Jeunesse : « Notre position en tant que jeunes du Pastef, c’est l’intégration africaine, l’unité. Nous n’interférons pas dans la politique de l’AES et leurs alliances, mais nous refusons d’être embarqués dans une coopération où on se soumettrait à telle ou telle puissance étrangère. »

Au cours de la conférence, les délégations comprennent que les billets d’avion ont été pris en charge par la Maison russe de Bamako. Plusieurs participants témoignent de la présence de deux hommes menant des interviews sur le thème AES/Russie. Il s’agit de Maksim Kovaliev et Nikolay Laktionov. Les deux hommes sont répertoriés dans les documents consultés par le consortium comme des employés d’Africa politology en mission au Mali.

« Dissémination » de discours anti-ukrainiens

Les hommes de la « compagnie » mettent en avant leur campagne panafricaine contre « l’Ukraine, pays soutien des terroristes en Afrique ». Cette campagne a coûté 3 000 dollars, selon leur reporting budgétaire. Elle accompagne la rupture des relations entre Bamako et Kiev le 4 août 2024, après que le porte-parole de l’agence ukrainienne de renseignement militaire a déclaré que l’Ukraine avait fourni aux rebelles indépendantistes du FLA du nord du Mali des informations dans le cadre de l’attaque menée la semaine précédente près de Tinzaouatène, une opération dévastatrice pour les mercenaires russes (plusieurs dizaines de morts) qui appuient l’armée malienne.

Les « experts » soulignent notamment l’organisation d’une conférence à Dakar en octobre 2024 avec le chanteur Élie Kamano. Les « spécialistes » affirment avoir utilisé l’artiste guinéen pour « disséminer des narratifs anti-ukrainiens ».

Face à la presse, le chanteur déclare : « Je veux faire entendre ma voix à travers cette tournée, afin d’encourager les pays membres de l’AES dans leur élan de mettre en place les vrais fondements de l’unité africaine et de combattre ces groupes terroristes financés par des lobbies français et ukrainiens. » Coût de la conférence, selon les documents financiers de la compagnie : 12 000 dollars.

Des déclarations d’Élie Kamano reprises par 43 articles, selon les documents de la « compagnie », comme celui-ci figurant dans le relevé des articles « sponsorisés » en septembre-octobre 2024. Il aurait coûté 500 dollars. Il est signé « Drissa Traoré », une signature que l’on retrouve régulièrement dans les listes d’articles « placés » par les « consultants » à travers des sites et journaux du continent, sur des sujets très divers comme les relations franco-tchadiennes. L’authenticité de cette signature n’a pu être vérifiée.

Joint par France 24, partenaire du consortium, le fondateur de Bamada.net, Satigui Sidibé, conteste avoir reçu la moindre somme pour la publication de cet article, ou d’autres. Il assure n’avoir « aucun contact avec aucune entité russe, société ou personne, publique ou privée », et publier des articles reçus par mail sans vérifier l’identité des signataires.

De son côté, Élie Kamano confirme à RFI les propos tenus lors de la conférence à Dakar mais se défend d’avoir touché quoi que ce soit : « Mon combat dans la musique engagée ne date pas d’hier, je donne des conférences partout où je passe, à Dakar comme ailleurs, et je ne suis pas concerné par vos affirmations, ni de près ni de loin. Il n’y a aucun contrat à mon nom et avec ma signature », dit-il, sans vouloir préciser les conditions d’organisation de ce rendez-vous, ni celles de sa tournée dans l’AES, marquée par le tournage de plusieurs clips laudateurs pour les juntes militaires alliées de Moscou.

Artiste engagé contre le troisième mandat d’Alpha Condé, Élie Kamano a d’abord soutenu le coup d’État de Mamadi Doumbouya avant de devenir un critique des autorités guinéennes. Il vit en exil en France.

Fin novembre 2025, quatre membres de sa famille, dont deux de ses enfants, ont été enlevés à Conakry. Il accuse le régime d’avoir commis ce rapt.

Sénégal, Guinée, Togo : objectif extension

Ils l’écrivent noir sur blanc : les « spécialistes » ont pour objectif de permettre l’extension de l’AES. Pour cela, ils ciblent en priorité le Tchad, mais plusieurs prospects sont soulignés.

S’agissant de la Guinée, les hommes de la « compagnie » affirment avoir été démarchés en mai 2019 par des représentants du président Alpha Condé (renversé en 2021), en vue « de soutenir le troisième mandat ». Ils expliquent qu’au terme de leurs enquêtes, ils ont constaté la forte opposition de la population et ont conclu à un « haut risque de coup d’État ». Ils auraient « développé un programme de transformation du régime », mais Alpha Condé aurait été « convaincu par ses proches que les forces de sécurité avaient le contrôle ». Erreur de ces derniers.

La « compagnie » dit avoir ensuite « traité l’administration Doumbouya comme une cible de réorientation vers la Russie et l’AES », notant l’importance logistique du port de Conakry et les ressources naturelles du pays, notamment la bauxite et l’or, qui en font « une cible économique ». Frustrés de leur peu de progrès, ils décident de le dépeindre en « pantin de la France » à partir de début 2024 via une campagne en ligne. Toutefois, une sorte d’arrangement semble avoir été trouvé : les entreprises russes sont bien implantées de longue date dans le pays, et la Guinée sert de porte d’entrée pour les armes livrées à Africa Corps et aux armées de l’AES, comme l’attestent des vidéos régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux.

« Le putsch en Guinée bénéficiait d’une présomption de légitimité face à la perspective du troisième mandat, donc il a bénéficié de plus de mansuétude internationale », rembobine l’analyste politique guinéen Kabinet Fofana, pour expliquer que Conakry a gardé une certaine distance avec l’AES.

« L’opposition et la société civile l’ont soutenu au début, donc la Guinée n’avait rien à gagner dans une démarche type « AES ». On n’avait pas non plus le même contexte politique, social, sécuritaire, et puis la France a été assez prudente, d’autant que beaucoup de membres du CNRD avaient un lien avec elle. La Guinée n’a en fait aucun intérêt à rejoindre l’AES. Avec nos voisins, on a gardé des relations fraternelles et économiques, et avec la Russie, c’est une relation ancienne et constante, sur le plan économique aussi, même si elle la Russie est moins présente que la Chine », poursuit-il.

Dans les documents issus de la fuite de données est également mentionnée une campagne pour « mettre la pression » sur le tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko arrivé à la tête du Sénégal en 2024 : « L’objectif prioritaire est de corriger le positionnement diplomatique vers une voie souverainiste, facilitant un rapprochement avec l’AES. » Les spécialistes disent s’intéresser à certains profils de la coalition au pouvoir.    

De mai à septembre 2024, quatre campagnes d’information sont lancées, pour soutenir la révision des contrats sur les matières premières, pour le départ des troupes françaises jugées « toxiques », pour se rapprocher de l’AES ou pour expulser l’ambassadeur ukrainien. Cette dernière campagne aurait touché « plus de 8 millions de personnes », selon les documents consultés. Le rapprochement du Premier ministre Ousmane Sonko avec le Mali est par ailleurs décrit en termes favorables

Le Togo est aussi vu comme une « perspective » par les stratèges d’Africa politology, en particulier le port de Lomé, un « hub logistique vital » d’où il faut « enlever l’influence française ». D’après les documents, 35 « campagnes stratégiques d’information » ont été menées entre février et avril 2024 pour « influencer l’alignement géopolitique du pays ». Cela coïncide avec des élections législatives organisées dans un climat tendu puisqu’elles accompagnent le changement de Constitution permettant le maintien au pouvoir, au poste de président du Conseil, de Faure Gnassingbé. Ces campagnes accusent notamment les États-Unis de déstabilisation, et l’opposition d’être « financée par des entités étrangères sous le prétexte de la restauration de la démocratie ».

Selon les documents, le plan d’approche serait de s’intéresser à l’industrie du phosphate, dont le Togo est producteur, et de « proposer une coopération sécuritaire pour combattre le terrorisme et la piraterie dans le golfe de Guinée ».

Ce plan aurait-il prospéré depuis ? En 2025, Lomé a signé un accord de défense avec Moscou et Faure Gnassingbé s’est rendu en Russie. Début mars 2026, il a reçu le ministre russe de la Défense en toute discrétion, comme l’ont rapporté plusieurs médias spécialisés. Si le Togo continue son jeu d’équilibre entre Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et Alliance des États du Sahel, Occident et Russie, le pays serait devenu « la nouvelle destination d’Africa Corps », selon le récent témoignage d’un déserteur de ce groupe paramilitaire lié au ministère russe de la Défense. Un intérêt doublé de la diffusion de plusieurs posts sur des canaux Telegram proches des autorités russes. Sur Rybar, un des plus suivis, on se demande ainsi, faussement interrogatif : « Pourquoi avons-nous besoin du Togo ? » Sollicité par RFI, plusieurs haut-responsables togolais n’ont pas répondu à nos demandes de confirmation.

Le Bénin et la Côte d’Ivoire sont également cités comme de futurs terrains de combat informationnel anti-occidental. Les « spécialistes » affirment avoir pris contact avec plusieurs proches du parti de l’ancien président Laurent Gbagbo, ainsi qu’avec l’ex-Premier ministre Guillaume Soro, installé dans l’AES, pour des « réunions de travail », en juillet 2024.

Comme toujours, il est difficile d’établir via ces documents ce qui relève du déclaratif, du besoin des « experts » de valoriser leur travail auprès de leur hiérarchie, et quelle est l’efficacité réelle de ces campagnes. « Dans l’ensemble, ces documents sont pleins d’affirmations audacieuses sur leurs réalisations », analyse Lou Osborne, de All Eyes On Wagner, partenaire du consortium.

« Ils ne brillent pas par une connaissance poussée des dynamiques locales. Et parfois, des objectifs et recommandations sont calqués sur plusieurs pays sans être affinés en fonction des particularités de chacun. Pour leurs patrons à Moscou, le travail des « politologues » semble être une grande réussite, mais la réalité du terrain et les conditions nécessaires au changement voulu sont beaucoup plus nuancées et requièrent l’action d’une multitude d’acteurs et de mécanismes locaux », ajoute Lou Osborne.

Avec le recul, on peut noter que la promotion du partenariat sécuritaire avec la Russie semble décroître dans l’écosystème informationnel sahélien, alors que les États-Unis reprennent ostensiblement pied dans la région, comme en témoigne la récente tournée d’un haut fonctionnaire du département d’État dans l’AES ou la conclusion d’accords sanitaires avec Washington.

*NB : Le consortium a eu accès à 1 431 pages en russe transmises de manière anonyme à la rédactrice en chef du média panafricain The Continent. Un consortium d’investigation a été formé réunissant dans un premier temps The Continent, Forbidden Stories, All Eyes On Wagner, Dossier Center, openDemocracy, iStories et plusieurs journalistes russophones indépendants. Ces archives comprennent des plans stratégiques, des biographies de collaborateurs, des rapports opérationnels, des documents comptables ainsi que des bilans de campagnes de désinformation menées entre fin 2023 et novembre 2024. Le consortium a ensuite été élargi à plusieurs médias dont RFI. RFI a déjà collaboré avec Forbidden Stories dans le cadre du premier volet de l’enquête Propaganda Machine, qui a documenté les mécanismes de désinformation russe en Centrafrique, à l’aide du témoignage d’un ancien intermédiaire repenti.

Niger: la junte au pouvoir annonce vouloir encadrer et former des groupes locaux d’autodéfense – RFI – 30/03  

Le régime militaire de Niamey a annoncé vendredi 27 mars la création prochaine d’organisations territoriales d’autodéfense pour appuyer les forces armées dans leur lutte antijihadiste Dans les faits, des villages ont déjà spontanément formé des milices pour se protéger des terroristes et l’armée nigérienne veut désormais encadrer ces groupes d’autodéfense déjà présents dans le pays, tolérés par l’armée nigérienne qui veut désormais les encadrer.

Selon le gouvernement nigérien, les futures organisations territoriales d’autodéfense seront composées d’engagés volontaires recrutés parmi d’anciens policiers, gendarmes et militaires, ainsi que parmi les habitants des zones frappées par le terrorisme.

En plus des avantages en nature et en espèces, les membres bénéficieront d’une formation à l’armement et l’équipement militaire. Les autorités comptent leur confier des « missions de sensibilisation, de renseignement et d’autodéfense de leurs terroirs respectifs ».

Avec ces organisations territoriales d’autodéfense, le Niger s’inspire de son partenaire burkinabè. Le « pays des hommes intègres » avait lui-même toléré l’existence de milices armées sur son sol face à la vague jihadiste, avant de lancer le programme des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), aujourd’hui au nombre de 90 000, selon les experts de l’ONG Acled, qui recense les actes de violence dans les zones de conflit à travers le monde.

Cette nouvelle mesure intervient dans un contexte sécuritaire de plus en plus fragile au Niger. Le pays a été frappé à de nombreuses reprises cette année, notamment l’embuscade mortelle du groupe État islamique contre 25 villageois miliciens de l’Anzourou, à Tillabéry il y a un mois, ainsi que par l’attaque de l’aéroport de Niamey en début d’année. De nombreux pays ont également annoncé les départs en cascade de leurs diplomates étrangers après plusieurs kidnappings dans le pays et au sein même de la capitale.

« Seules les femmes ont été laissées en vie » : dans l’ouest du Niger, des assaillants armés exécutent 16 civils Jeune Afrique – 29/03  

Ce vendredi 27 mars, seize civils ont été tués dans l’ouest du Niger lors d’une attaque « d’hommes armés » dans le département de Banibangou, ont révélé des sources locales.

« Ce sont cinq camions transportant des passagers et des marchandises qui ont été interceptés vendredi [27 mars] après-midi. Les assaillants armés ont exécuté 16 hommes », a affirmé un résident de Banibangou. Ces camions avaient quitté Niamey, capitale du Niger, et étaient en direction de Tizigorou, a-t-il ajouté, précisant que l’attaque était survenue dans un « endroit désert » non loin de Tizigorou.

Ils se rendaient à une foire hebdomadaire, et « seules les femmes ont été laissées en vie », a indiqué un habitant de Tondikiwindi, une commune voisine du département de Banibangou. Le département est situé dans la région de Tillabéri (ouest), près de la frontière avec le Mali, où opèrent des jihadistes de l’État islamique au Sahel (EIS) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).

Parmi les 16 victimes figurent de « riches commerçants » locaux, a souligné le résident de Banibangou. Les assaillants ont emporté trois véhicules avec leurs chargements de marchandises et en ont brûlé un autre, a-t-il ajouté.

La situation sécuritaire « stabilisée »

Cette attaque intervient après plusieurs mois d’accalmie dans la zone de Banibangou. De nombreuses milices d’autodéfense, sous-équipées et mal formées, ont été créées dans plusieurs villages pour lutter contre les groupes armés.

Le 27 mars, le régime militaire a annoncé la création prochaine d’auxiliaires civils de l’armée pour combattre les groupes jihadistes. En dépit d’un déploiement militaire massif, la junte peine à endiguer les violences, qui frappent particulièrement la région de Tillabéri depuis 2017.

« Nous avons réussi à stabiliser la situation sécuritaire, nos vaillantes FDS (forces de sécurité) ont bien le contrôle de la situation sur le terrain, en dépit des attaques subies par notre pays », a déclaré la semaine dernière le chef de la junte nigérienne, le général Abdourahamane Tiani, dans un discours radiotélévisé.

Faure Gnassingbé et l’AES : si proche et si loin à la fois Jeune Afrique – 28/03  

Faure Gnassingbé cultive une diplomatie d’équilibre entre l’Occident et les régimes militaires sahéliens. Derrière la realpolitik, c’est une ambition de médiateur régional qui se dessine. L’analyse de François Soudan, au micro de Catherine Potet pour RFI.

Depuis quelques années, Faure Essozimna Gnassingbé mène une diplomatie de l’équilibre, marquée par un pragmatisme assumé dans ses relations internationales. La récente visite en mars du ministre russe de la Défense, dans le sillage d’un accord de coopération militaire conclu en octobre 2025, en est une illustration concrète.

Si Moscou voit dans le Togo un « tremplin logistique » pour soutenir les contingents d’Africa Corps dans le Sahel, les autorités togolaises présentent ce rapprochement comme un simple « acte de diversification des partenaires et de souveraineté sans plus », d’après François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, au micro de Catherine Potet, pour RFI. Une lecture qui contraste avec celle des Occidentaux, et notamment de la France, pour qui cette évolution suscite une réelle inquiétude.

Pour de nombreux observateurs, cette diplomatie d’équilibre semble toutefois s’incliner vers les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). La posture adoptée lors du coup d’État de 2023 au Niger en est un exemple révélateur : le choix d’une non-intervention pragmatique a tranché avec une ligne plus ferme adoptée par certains dirigeants de la sous-région.

« Il fait de la realpolitik »

D’autres éléments viennent nourrir cette perception, comme la présence supposée à Lomé de Pascal Tigri, impliqué dans une tentative de coup d’État au Bénin en décembre 2025 et proche des putschistes sahéliens, ou encore l’extradition en janvier 2026 de l’ex-putschiste burkinabé Paul-Henri Damiba vers son pays, à la demande de la junte.

« Lomé est aussi une capitale où se rendent régulièrement les ministres, les propagandistes des pays de l’AES, souvent à l’invitation du ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, dont les convictions souverainistes et panafricanistes sont affichées. » Cette orientation, parfois perçue comme pro-junte, tranche avec la posture plus nuancée de Faure Gnassingbé, qui multiplie les gestes en direction de l’AES, sans pour autant franchir un point de rupture.

« Il n’est ni anti-occidental, ni néo-sankariste, ni admirateur des régimes militaires. Il fait de la realpolitik », souligne François Soudan. Car les ambitions du dirigeant togolais semblent se situer ailleurs. Doyen en longévité parmi les chefs d’État de la Cedeao, il chercherait à s’imposer comme un médiateur régional, comme il a pu le faire dans l’est de la RDC, comme l’écrit Matthieu Millecamps dans son article « Faure Gnassingbé : entre la Russie, la Cedeao et l’AES, l’équilibrisme comme levier de pouvoir« . Une trajectoire qui rappelle celle de son père, Gnassingbé Eyadéma, et qui suppose le maintien d’un certain non-alignement.

LA VOIE DU SAHEL

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