Synthèse du Panel de Haut Niveau sur l’Instabilité Institutionnelle en Afrique de l’Ouest tenue les 29 et 30 Novembre 2025

Synthèse du Panel de Haut Niveau sur l’Instabilité Institutionnelle en Afrique de l’Ouest tenue les 29 et 30 Novembre 2025

➡️ Placée sous la modération éclairée de Mr Ibrahim Anarba,

Mr Ibrahim Anarba: Modérateur.

Cette session, organisée sur deux jours, a réuni des cadres politiques, des responsables de l’administration publique et parapublique, des acteurs de la société civile et plusieurs leaders d’opinion. L’objectif a été d’analyser les causes de l’instabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest et de proposer des solutions concrètes à travers deux thématiques majeures : l’influence extérieure et la dépendance géopolitique, ainsi que la vulnérabilité des systèmes constitutionnels et des institutions démocratiques.

▶️ Sujet 1

Influence extérieure et dépendance géopolitique  un facteur de déstabilisation institutionnelle

➡️Présentation

Mr Abdoulaye Ibrahima Lawal, Juriste spécialisé en droits humains, diplomatie et droit international humanitaire,

Mr Lawal Ibrahima Abdoulaye: 1er Conferencier

Mr Lawal a exercé comme conseiller juridique du CICR au Niger et a collaboré avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme ainsi qu’avec plusieurs ONG. Doctorant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il a obtenu plusieurs masters en droits humains, relations internationales et gestion des conflits. Son expérience dans la gestion de projets en contexte d’urgence et dans le domaine des droits humains lui a permis de comprendre en profondeur les dynamiques internes et externes affectant la stabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest.

Mr Lawal a exposé que l’instabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest ne pouvait pas être analysée uniquement à travers le prisme des ingérences extérieures. Elle a résulté d’une interaction complexe entre influences étrangères et fragilités internes. Les puissances extérieures ont poursuivi leurs intérêts économiques, stratégiques et militaires, souvent par des partenariats asymétriques, des interventions armées ponctuelles ou des accords limitant la souveraineté des États. Ces interventions n’auraient pas eu d’effet sans l’existence de fragilités locales : corruption persistante, divisions au sein des élites, manque de vision collective et institutions peu solides.

Il a insisté sur le fait que la dépendance géopolitique a engendré un cercle vicieux : plus un État était faible, plus il attirait les ingérences, et plus ces dernières renforçaient sa dépendance. La stabilité durable n’a pu être imposée de l’extérieur ; elle a dû être construite de l’intérieur, à travers :

•le Renforcement réel de la gouvernance, avec des institutions capables de résister aux pressions externes.

•la Souveraineté pleinement assumée par les élites et les citoyens.

• la Refondation citoyenne mobilisant la population autour de l’intérêt national.

•l’Intégration régionale stratégique réduisant la dépendance extérieure et favorisant la solidarité africaine.

➡️Quelques réactions des participants issues de 1ère communication

•Mr Bio Abdourahamane a souligné que les puissances étrangères avaient défendu leurs intérêts, mais que la responsabilité première avait été celle des États eux-mêmes et que la souveraineté n’était pas seulement revendiquée, mais s’était exercée concrètement.

•Grand Frère TSA a rappelé que la position géographique et les ressources naturelles de l’Afrique de l’Ouest avaient toujours attiré les puissances mondiales, et qu’il était essentiel de renforcer la gouvernance, l’intégration régionale et la gestion souveraine des ressources pour réduire la dépendance.

•Mr Elhadji Abouba Abdourahamane a indiqué que les opérations militaires étrangères, telles que Serval, Barkhane ou la MINUSMA, n’avaient pas apporté de solutions durables et qu’une stratégie locale et africaine aurait été nécessaire pour assurer la stabilité régionale.

•Mr Elhadji Hima a mentionné que la jeunesse, autrefois moteur des luttes démocratiques, avait été affaiblie et instrumentalisée par des réseaux extérieurs, réduisant ainsi sa capacité à défendre l’intérêt national.

•Mr Assaleh Mahamadou a affirmé que, bien que les influences extérieures aient existé, la cause majeure de l’instabilité avait été interne : corruption, détournements, manque de patriotisme et immaturité intellectuelle des élites et des institutions.

•Dr Ibrahim Ousmane a précisé que seuls des États solides et cohérents avaient pu résister aux influences étrangères et que la responsabilité était restée interne.

•Mr Mahamane Batouré a insisté sur le fait que les États africains avaient porté en eux-mêmes les germes de leur instabilité : mauvaise gouvernance, injustice sociale, exclusion, clanisme et inefficacité administrative. Il a plaidé pour une gouvernance orientée vers l’intérêt général et un contrôle rigoureux des vecteurs de manipulation, y compris certaines *ONG* et réseaux extérieurs.

•L’honorable Kalla Mountari a rappelé que toutes les démocraties s’étaient construites dans un contexte de rivalités et d’influences multiples, mettant en garde contre une vision trop victimiste et rappelant que les relations internationales avaient également comporté solidarité, humanitaire et diplomatique.

En fin le conférencier  a conclu que les tentatives de déstabilisation extérieure n’auraient réussi que lorsqu’elles  trouvent un relais interne, sous forme de fragilités structurelles, divisions des élites ou pratiques préjudiciables comme détournements, financements douteux ou clientélisme. La solution pourrait se trouver dans une gouvernance responsable, éthique et tournée vers l’intérêt national.

▶️ Sujet 2

 Faiblesse des systèmes constitutionnels et vulnérabilité des institutions démocratiques

➡️Présentation

Mr Djibril Abdourahamane Boukari, Juriste publiciste et ancien président du Conseil général des sections extérieures de l’Union des Scolaires Nigériens (USN),

Mr Djibril Abdourahamane Boukari: 2ème conferencier

Mr Boukari a également servi comme rapporteur scientifique du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité. Son expertise en droit public et sa connaissance des dynamiques sociopolitiques en Afrique de l’Ouest ont permis d’analyser les causes profondes de la fragilité institutionnelle.

Mr Boukari a montré que la concentration excessive du pouvoir exécutif, les révisions constitutionnelles opportunistes et la faible indépendance des contre-pouvoirs avaient fragilisé la légitimité et la stabilité des institutions. La politisation de l’administration, de la justice et des forces armées, combinée à des processus électoraux contestés, avait créé un terrain propice aux crises institutionnelles. Pistes de consolidation proposées :

•Refonte constitutionnelle équilibrée.

•Autonomie et professionnalisation des institutions.

•Renforcement de la participation citoyenne et promotion d’une culture démocratique durable.

➡️Quelques Réactions et contributions des participants issues de la 2ème Communication

•L’honorable Kalla Mountari a indiqué que les institutions africaines avaient souvent été affaiblies par des élites et citoyens opportunistes et a mis en garde contre un présidentialisme excessif.

•Dr Garba Yahaya a souligné que la démocratie avait été présentée comme un processus long et complexe et qu’il aurait été nécessaire de refonder les mentalités et renforcer la souveraineté nationale.

•Mr Amani Magagi a recommandé de renforcer les mécanismes de contrôle, la transparence, la participation citoyenne et le développement des capacités institutionnelles.

•Mr Kaïla Tsalha a mis en avant le rôle de l’appropriation citoyenne, de l’autonomie financière des institutions et de l’ancrage territorial comme leviers indispensables pour consolider l’État de droit.

•Mr Elhadji Abouba Abdourahamane a insisté sur le fait que l’amateurisme politique, le clientélisme et l’absence d’idéologie avaient fragilisé les institutions et que la reconstruction démocratique avait nécessité des intellectuels responsables et une culture politique renforcée.

•Grand Frère TSA a rappelé que la richesse et la position stratégique de la région avaient attiré des pressions extérieures et a insisté sur le renforcement de la gouvernance locale et de l’intégration régionale.

•Mr Ibrahim Boubacar et Mr Moussa Mahamane ont souligné l’importance du processus de maturation démocratique, du leadership endogène et de la vigilance citoyenne pour garantir des institutions solides.

•Mr Nafiou Ibrahim Sani a félicité le conférencier et a rappelé l’importance de l’indépendance et de la crédibilité des institutions démocratiques.

•Dr Ibrahim Ousmane a soutenu que les faiblesses de nos institutions démocratiques proviennent avant tout des comportements, des choix et parfois même des renoncements des acteurs chargés de les faire fonctionner. Selon lui, les difficultés ne résident pas uniquement dans les textes constitutionnels ou dans l’architecture administrative, mais surtout dans la manière dont, dirigeants, administrateurs et citoyens conçoivent et assument leurs responsabilités publiques.

Les discussions ont démontré que les fragilités institutionnelles et constitutionnelles étaient majoritairement d’origine interne, même si elles ont été amplifiées par des facteurs externes. La consolidation de la démocratie en Afrique de l’Ouest  nécessite donc un engagement interne fort, la professionnalisation des institutions, le renforcement des contre-pouvoirs et une gouvernance éthique.

▶️ Conclusion générale

Les deux communications ont montré que l’instabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest résultait à la fois de pressions externes et de fragilités internes : institutions faibles, présidentialisme excessif, politisation de la justice et de l’administration, révisions constitutionnelles opportunistes et processus électoraux contestés. La responsabilité principale pour consolider la démocratie repose sur les choix internes des citoyens et des élites.

➡️ Quelques Solutions et recommandations issues du Panel:

• Refonte des systèmes constitutionnels pour mieux équilibrer les pouvoirs et limiter les révisions opportunistes.

• Renforcement de l’autonomie et de la professionnalisation des institutions (justice, administration publique, forces armées).

•Consolidation des contre-pouvoirs et encouragement de la participation citoyenne avec médias libres et société civile active.

• Promotion d’une gouvernance éthique et transparente, lutte contre le clientélisme et les détournements.

• Développement de l’éducation civique et refonte des mentalités pour construire une culture démocratique et assurer la souveraineté nationale.

• La mise en œuvre cohérente et soutenue de ces mesures a permis de poser les bases d’un cadre politique stable, légitime et inclusif dans la région.

LA VOIE DU SAHEL