Tournée du président Tiani : les derniers des rideaux
Après les grandes effervescences de la longue tournée en profondeur du pays, l’heure est au décompte ou plutôt au décryptage des signes. Si la tournée du général Tiani a commencé par une sortie sur la région de Tillabery le 4 octobre 2025, il faut dire que c’est à partir de la sortie du 8 novembre qu’elle a pris un tournant spectaculaire, notamment l’étape de la région de Tahoua qui a donné à ce déplacement du président Tiani les allures d’une véritable marée humaine.
Où était la société civile ?
C’est une question unanimement partagée au niveau de l’opinion nationale.
Où étaient les différents fronts de la société civile qui s’étaient mis à la place des partis politiques pour accompagner la transition du CNSP ? En d’autres termes, qui étaient les acteurs aux premiers plans dans l’accueil du président Tiani ? Tout au long du périple du général Tiani et la délégation qui l’accompagnait, la mobilisation a été faite par les acteurs des partis politiques dissouts, principalement le Pnds-Tarayya. Dans toutes les régions et localités, les comités de mobilisation se sont mis en place, composés des cadres du Pnds, en liaison avec les autorités administratives et traditionnelles. Si les partis politiques ont été dissouts, les relations politiques et l’attachement aux responsables politiques sont restés intacts. Rien n’a changé en dépit de la disparition des partis politiques du paysage. Et c’est le message qui a filtré de cette effervescence. À Tahoua, à Zinder, à Maradi, à Dosso ou Diffa, derrière cette apparente popularité du dirigeant du CNSP se profile l’ombre des formations politiques, ou plus précisément celle du Pnds-Tarayya dont les cadres se sont mouillés le maillot pour sauver la mise à Tiani, pour gommer définitivement le souvenir du 3 août 2025 de Zinder.
Après ces grandes envolées des foules endimanchées que faut-il attendre pour la population ? C’est incontestablement la question qui vient sur toutes les lèvres : les retombées. Si Tiani a vu de près le terrain, il a aussi jaugé les attentes. Mais cette lecture pour logique qu’elle peut paraître, doit cependant être fortement relativisée. Si Tiani avait inscrit cette sortie dans le cadre d’une lecture globale de la réalité du pays il aurait dû l’entreprendre bien avant. Le dirigeant du CNSP, le général Abdourahmane Tiani aurait dû la programmer dans la première année de sa prise de pouvoir pour avoir une photographie des urgences sur lesquelles la transition doit s’articuler. Aujourd’hui, cette sortie qui intervient plus de deux ans après la prise de pouvoir pourrait difficilement avoir comme vocation la prise de contact avec les réalités du Niger profond. Et cela d’autant plus qu’il y a quelque temps la transition s’est dotée d’un programme de développement intitulé programme de la Refondation qui a été préparé, rédigé, validé et présenté avant cette tournée du président du CNSP. À coup sûr si cette sortie était intervenue avant la rédaction de cet important document elle aurait davantage inspiré le choix des actions et des priorités.
Après les remous, le décompte ! Et il apparaît clairement qu’il n’y a pratiquement peu de choses à attendre de cette tournée.
La dimension du défi
C’est l’enjeu principal. Le seul gain de cette tournée pourrait être pour le Président Tiani, un gain en termes d’amélioration d’image politique. Le casting de cette sortie pourrait être en lien avec un défi politique ou plutôt sécuritaire. L’opposition politique au régime de Tiani constituée essentiellement des proches du Président renversé Mohamed Bazoum l’avait constamment accusé de s’être cloîtré derrière les murs du palais et de ne pas être en mesure de se déplacer du fait de l’insécurité. Une opposition qui surfe sur les actions terroristes, qui en tient les décomptes macabres et qui met le général Tiani au défi d’entreprendre toute sortie hors de la capitale. Après le recul, après toute cette bourrasque à travers les régions on peut sans se tromper dire que la principale retombée c’est cela: Tiani a relevé le challenge.
Ibrahim Elhadji dit Hima, La roue de l’histoire

