Transport d’uranium à Arlit ORANO aboie, la caravane passe
Quotidien L’Enquêteur du Vendredi 28 Novembre 2025
Le communiqué publié ce 27 novembre 2025 par Orano a des allures de chant du cygne. Dans un texte empreint d’une condescendance à peine voilée, le géant nucléaire français s’indigne qu’un chargement d’uranium ait quitté le site de la SOMAÏR à Arlit sans sa permission.
Orano condamne fermement ce qu’il qualifie de « transport illégal ». Mais illégal aux yeux de qui ?
L’entreprise admet elle-même avoir perdu le « contrôle opérationnel » des mines depuis décembre 2024. Pourtant, elle continue de se comporter comme si le sous-sol nigérien était sa propriété titrée à vie. En brandissant la décision du tribunal arbitral du CIRDI du 23 septembre 2025, qui enjoignait au Niger de geler ses stocks, Orano tente d’imposer une jurisprudence commerciale au-dessus de la souveraineté d’un État. Le groupe menace désormais de poursuites pénales le Niger et les potentiels acheteurs (« les tiers »), dans une tentative désespérée d’organiser un blocus économique autour de nos ressources.
Le comble du cynisme est atteint lorsque Orano feint de s’inquiéter des « conditions de sûreté et de sécurité » de ce transport. Venant d’une entreprise qui a exploité l’uranium d’Arlit pendant cinquante ans en laissant derrière elle des millions de tonnes de résidus radioactifs à l’air libre et des nappes phréatiques contaminées, cette soudaine préoccupation pour l’environnement et la sécurité des Nigériens ressemble à une mauvaise plaisanterie.
Ce communiqué révèle la psychologie d’un système prédateur qui n’accepte pas que sa proie lui échappe. Mais au-delà de l’agitation juridique d’Orano, ce convoi pose des questions fondamentales sur la vraie nature de ce défunt partenariat :
De quel droit Orano pense-t-il pouvoir affamer le Niger ? En cherchant à empêcher la vente de cet uranium par tous les moyens juridiques, le groupe français ne cherche-t-il pas délibérément à asphyxier financièrement l’État nigérien pour le punir de ses choix politiques ?
La « légalité » internationale est-elle à géométrie variable ? Pourquoi le tribunal du CIRDI serait-il plus légitime que le droit inaliénable du peuple nigérien à disposer de ses ressources naturelles, surtout dans un contexte d’urgence nationale ?
Orano prépare-t-il le terrain pour des saisies ? En menaçant les « tiers », la France ne cherche-t-elle pas à intimider les nouveaux partenaires du Niger afin de maintenir notre pays dans un isolement commercial forcé ?
Qui est le véritable voleur ? Est-ce l’État qui vend ce qui sort de ses entrailles, ou l’entreprise étrangère qui a payé des prix dérisoires pendant des décennies et qui veut aujourd’hui geler la production nationale ?
Le temps où Paris dictait ce qui pouvait sortir d’Arlit est révolu. Orano peut multiplier les communiqués ; l’histoire, elle, a déjà tourné la page.
L’enquêteur.

