Niamey : l’eau coupée au rythme des pannes, la capitale otage d’une société d’électricité en mode survie.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
À Niamey, les coupures d’électricité ne plongent plus seulement les ménages dans l’obscurité : elles assèchent aussi les robinets. À chaque délestage, les stations de pompage s’arrêtent, les châteaux d’eau se vident et des milliers de familles se retrouvent sans eau. Une crise en chaîne qui expose la fragilité du système, l’impuissance des opérateurs et l’incapacité chronique des pouvoirs publics à sécuriser l’essentiel.
Quand le courant saute, la ville s’assèche.

À Niamey, la panne n’est plus un incident. Elle est devenue un mode de gouvernance par défaut. Il suffit d’une perturbation sur le réseau d’interconnexion régional, souvent en provenance du Nigeria, pour que toute la chaîne s’effondre. L’électricité disparaît, les installations de la SEEN s’arrêtent, les pompes se taisent, les châteaux d’eau cessent d’être alimentés. Et, quelques heures plus tard, c’est toute une capitale qui se retrouve à sec.
Le drame, c’est que ce scénario se répète avec une régularité presque administrative. Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’eau est désormais suspendue au bon vouloir d’un courant instable. Les habitants vivent entre robinets muets, bidons alignés, bassines vides et achats d’eau à prix parfois abusifs. Pendant ce temps, les autorités expliquent, justifient, compatissent… mais ne règlent rien.
Une capitale sous perfusion de dépendances.
Le problème dépasse la seule question technique. Il révèle une dépendance structurelle devenue insupportable. Comment une capitale comme Niamey peut-elle encore dépendre à ce point d’un réseau électrique extérieur pour assurer un service aussi vital que l’accès à l’eau ? Comment peut-on continuer à gérer l’approvisionnement de centaines de milliers de personnes sans système de secours suffisamment robuste, sans autonomie énergétique réelle, sans plan de continuité crédible ?
À force d’invoquer les “perturbations du réseau”, on finit par maquiller une réalité plus grave : celle d’un État qui subit au lieu d’anticiper, qui réagit au lieu de planifier, qui colmate au lieu de réformer. Car enfin, il ne s’agit pas d’un désagrément mineur. Il s’agit d’un droit fondamental. Quand l’eau disparaît, ce sont les ménages modestes qui trinquent, les malades qui souffrent, les écoles qui improvisent, les petits commerces qui perdent, les femmes et les enfants qui paient l’addition à coups de corvées et de fatigue.
La faillite silencieuse des services essentiels.
Ce qui se joue à Niamey est plus qu’une panne de courant ou une coupure d’eau. C’est la démonstration brutale d’une faillite silencieuse des services essentiels. Une capitale ne peut pas fonctionner durablement sur des expédients, des communiqués de crise et des promesses recyclées. On ne peut pas demander aux citoyens de s’adapter éternellement à l’inacceptable.
L’eau et l’électricité ne sont ni des privilèges ni des faveurs. Elles sont le socle minimal d’un État qui fonctionne. À Niamey, ce socle se fissure dangereusement. Et à force de laisser les robinets se taire au rythme des délestages, le pouvoir prend le risque de banaliser l’humiliation quotidienne des citoyens. Une ville qui manque d’eau à cause d’une panne électrique n’est pas seulement une ville en difficulté : c’est le symptôme d’un système qui, lui aussi, est en train de sécher.
La voie du Sahel.

