Niger : une économie sous perfusion, un peuple sous pression.

Niger : une économie sous perfusion, un peuple sous pression.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Trois ans après le coup d’État du 26 juillet 2023, le discours sur la souveraineté peine à masquer une réalité économique de plus en plus préoccupante. Inflation persistante, finances publiques sous tension, investissements en berne, pouvoir d’achat en chute libre : le Niger traverse une crise économique profonde dont les premières victimes sont les populations.
À écouter les autorités, le Niger serait engagé sur la voie d’une renaissance économique portée par la reconquête de sa souveraineté. Pourtant, derrière les discours officiels et les annonces répétées de grands projets, la réalité quotidienne des Nigériens raconte une toute autre histoire. Les marchés sont devenus le thermomètre de cette crise : les prix des denrées alimentaires demeurent élevés, le coût du transport explose, les petites entreprises suffoquent et les ménages voient leur pouvoir d’achat s’effondrer.
L’économie nigérienne semble aujourd’hui fonctionner en mode survie. Les recettes publiques restent insuffisantes face à des dépenses de sécurité toujours plus importantes dans un contexte marqué par la persistance des attaques armées. Cette priorité sécuritaire, bien que compréhensible, absorbe une part considérable des ressources nationales, laissant peu de marges pour financer les secteurs sociaux, les infrastructures et les politiques de soutien à la croissance.
Le secteur privé, longtemps présenté comme le moteur de la création d’emplois, traverse lui aussi une période difficile. Les investisseurs nationaux hésitent à engager de nouveaux capitaux dans un environnement marqué par les incertitudes économiques et juridiques. Quant aux investisseurs étrangers, ils demeurent prudents face aux risques liés au contexte politique et sécuritaire. Résultat : les investissements ralentissent, les entreprises réduisent leurs activités et les opportunités d’emploi se raréfient, notamment pour une jeunesse déjà confrontée à un chômage massif.
Les difficultés d’approvisionnement observées ces derniers mois, notamment sur certains produits énergétiques, ont révélé la fragilité de plusieurs chaînes logistiques. Elles ont également démontré qu’une souveraineté politique proclamée ne garantit pas automatiquement une souveraineté économique. Une économie dépendante des importations reste vulnérable aux perturbations régionales et internationales.
Sur le plan budgétaire, les défis s’accumulent. La mobilisation des recettes fiscales reste insuffisante alors que les besoins de financement augmentent. Les contribuables supportent une pression fiscale croissante tandis que de nombreuses activités économiques informelles échappent toujours à l’impôt. Cette situation nourrit un sentiment d’injustice chez les opérateurs économiques qui peinent à maintenir leurs activités.
Le monde rural, pourtant pilier de l’économie nationale, n’échappe pas aux difficultés. Les aléas climatiques, les problèmes d’accès aux intrants agricoles et l’insécurité dans plusieurs zones de production limitent les performances du secteur agricole. Dans un pays où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture, chaque mauvaise campagne agricole se traduit par une aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.
Pendant ce temps, les jeunes continuent d’attendre des perspectives concrètes. Beaucoup peinent à trouver un emploi stable, tandis que les diplômés s’accumulent sur un marché du travail incapable d’absorber les nouveaux entrants. L’exode, la migration ou les activités précaires deviennent souvent les seules alternatives.
Le véritable défi du Niger ne réside plus uniquement dans la conquête de sa souveraineté politique. Il consiste désormais à transformer cette souveraineté en résultats économiques tangibles. Une économie ne se redresse ni par les slogans ni par les effets d’annonce. Elle exige des réformes structurelles, une gouvernance transparente, une gestion rigoureuse des finances publiques, un climat favorable aux investissements et une lutte sans concession contre la corruption et les gaspillages.
Les Nigériens ne jugeront pas les politiques publiques à l’aune des discours, mais de leur capacité à remplir les marchés, à créer des emplois, à stabiliser les prix et à améliorer leurs conditions de vie. Car la véritable souveraineté se mesure aussi dans l’assiette des citoyens, dans la solidité des entreprises, dans la confiance des investisseurs et dans la crédibilité des finances publiques.
Le temps des promesses s’épuise. Celui des résultats est désormais attendu. Et sur le terrain économique, le Niger ne pourra durablement convaincre qu’en démontrant que la souveraineté revendiquée produit enfin de la prospérité partagée, plutôt que de demander toujours davantage de sacrifices à une population déjà éprouvée.

La voie du Sahel.

LA VOIE DU SAHEL

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