
État de droit au Niger : quand la justice cesse d’être le dernier rempart.
Par Boubacar Hamza.
Que reste-t-il de l’État de droit lorsque la justice, censée protéger le citoyen contre l’arbitraire, semble elle-même confrontée à un rétrécissement de son espace d’action ? Au Niger, cette question n’est plus théorique. Elle touche désormais au cœur du contrat entre l’État et ses citoyens.
La justice est, dans toute société démocratique, le dernier rempart contre l’injustice, l’arbitraire et l’impunité. Lorsque les pouvoirs politique, administratif ou sécuritaire sont soupçonnés de porter atteinte aux libertés, c’est devant le juge que le citoyen doit pouvoir chercher protection. Mais ce rempart n’a de sens que si la justice peut exercer sa mission avec indépendance, dans le respect des règles de procédure et des droits de la défense.
Depuis le 26 juillet 2023, le Niger évolue dans un contexte institutionnel profondément bouleversé. Les autorités militaires invoquent notamment les impératifs de souveraineté et de sécurité pour justifier plusieurs mesures exceptionnelles. Dans le même temps, des organisations de défense des droits humains documentent des détentions arbitraires, des restrictions de l’espace civique et des atteintes aux libertés publiques.
Le problème devient particulièrement sensible lorsque la justice elle-même semble ne plus constituer une garantie suffisante contre l’arbitraire. Human Rights Watch relève notamment le cas de détenus maintenus en détention provisoire pendant de longues périodes et souligne les interrogations suscitées par certaines évolutions législatives concernant la durée de la détention dans les affaires de terrorisme.
La liberté de la presse illustre également cette tension. Des journalistes ont été arrêtés ou poursuivis, tandis que plusieurs professionnels disent pratiquer l’autocensure par crainte de représailles. Parallèlement, la dissolution de syndicats du secteur judiciaire en 2025 a provoqué une réaction du barreau et des organisations syndicales, qui y ont vu une atteinte à l’indépendance et aux libertés professionnelles.
À cela s’ajoute la réduction de certains mécanismes extérieurs de contrôle. Le retrait annoncé du Niger de la Cour pénale internationale et la sortie de la CEDEAO ont également alimenté les interrogations sur les voies de recours disponibles pour les victimes.
Pour autant, défendre l’État de droit ne signifie pas nier les impératifs de sécurité auxquels le Niger est confronté. La menace terroriste est réelle et impose à l’État de protéger ses populations. Mais précisément, la lutte contre l’insécurité ne devrait pas conduire à fragiliser les garanties qui distinguent la justice de la vengeance et l’autorité de l’arbitraire.
Un État fort n’est pas celui où le citoyen a peur de ses institutions. C’est celui où même l’État accepte d’être soumis au droit.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir qui détient le pouvoir. Elle est de savoir qui peut encore protéger le citoyen lorsque celui qui détient le pouvoir est accusé de violer ses droits.
Car lorsque le dernier rempart judiciaire s’affaiblit, ce n’est pas seulement la justice qui vacille : c’est la confiance du citoyen dans l’État qui commence à se fissurer.
La Voie du Sahel.






