Victoire à Cotonou, naufrage à Bobo : La gifle magistrale de l’AES à l’armée nigériane
(Editorial de Soumana Idrissa Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Mardi 9 Décembre 2025)
En géopolitique, la distance entre le Capitole et la roche Tarpéienne se mesure parfois en heures de vol. Bola Tinubu vient d’en faire l’amère expérience. Il y a encore quarante-huit heures, le Président nigérian se drapait dans la toge du César ouest-africain, celui dont les F-16 fendaient le ciel de Cotonou pour sauver le trône de Patrice Talon et restaurer, par le feu, l’ordre constitutionnel. C’était dimanche : le jour de la gloire, de la projection de puissance, de l’ivresse cinétique.
Mais lundi fut le jour de la gueule de bois.L’atterrissage forcé du C-130 de l’armée de l’air nigériane sur le tarmac de Bobo-Dioulasso ne relève pas du simple fait divers technique. C’est un camouflet historique. C’est la fable d’Icare revisitée à la sauce sahélienne : à vouloir voler trop près du Soleil, le géant nigérian s’est brûlé les ailes dans l’atmosphère souveraine de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Ce qui se joue ici dépasse l’humiliation de voir onze soldats d’élite nigérians transformés en « invités forcés » du Capitaine Traoré. C’est l’effondrement d’un mythe : celui de l’impunité du « grand frère » nigérian. En bombardant Cotonou, Abuja pensait envoyer un message de terreur à Niamey. En interceptant ce C-130 le lendemain, l’AES renvoie un message de mépris à Abuja.
La réponse du Général Goïta et de ses alliés est d’une froideur clinique. En décrétant une zone d’exclusion aérienne de facto et en ordonnant la « neutralisation » de tout intrus, l’AES ne se contente plus de fermer la porte ; elle arme la serrure.
Le contraste est saisissant, presque cruel : l’armée nigériane, capable de jouer les gendarmes chez un allié docile (le Bénin), se révèle nue et vulnérable dès qu’elle franchit le seuil d’un adversaire résolu.Bola Tinubu voulait endiguer l’AES en sécurisant le Bénin ?
Il a réussi à sauver un homme, mais il a peut-être perdu la région. Car cette « gifle de Bobo » révèle au monde entier que le Géant de l’Afrique a des pieds d’argile, et que désormais, dans le ciel du Sahel, on ne passe plus sans montrer patte blanche… ou sans risquer de ne jamais repartir.
L’enquêteur.

