Quand l’indignité change de camp

Quand l’indignité change de camp

Il y a, dans l’actualité politique récente du Bénin, quelque chose de plus affligeant encore que la tentative de coup d’État elle-même : l’attitude de ceux qui, tapis derrière leurs écrans, ont trouvé matière à jubilation dans un événement qui aurait pu plonger tout un pays dans le chaos. Ceux-là ont applaudi un coup de force comme on applaudit un spectacle, oubliant qu’un putsch n’est jamais une distraction, mais une blessure infligée à la nation et un saut dans l’inconnu pour des millions de citoyens.

Aujourd’hui, alors que les faits se précisent et que les institutions tiennent debout, ces applaudisseurs du malheur collectif devraient rougir de honte. Car la légèreté avec laquelle ils ont encouragé l’aventure putschiste ne révèle pas une simple opinion politique : elle trahit une irresponsabilité profonde, un mépris pour la stabilité, pour la paix, pour les vies humaines qui auraient pu être sacrifiées au nom de leur excitation du moment.Rien, absolument rien, ne justifie qu’on salue un coup d’État comme une victoire ou comme une revanche. C’est une attitude indigne d’un citoyen conscient, encore plus indigne de ceux qui se prétendent défenseurs du peuple. Les crises institutionnelles ne sont pas des occasions de régler des comptes émotionnels ; elles sont des moments où la nation doit se rassembler, réfléchir et défendre la voie du droit.

En vérité, cette tentative de putsch aura eu un mérite : dévoiler sans fard celles et ceux qui, derrière leur vernis de discours patriotiques, sont prêts à livrer leur pays au désordre pourvu que leur rancœur trouve satisfaction. La démocratie a ses imperfections, mais elle offre toujours un espace pour le débat, la contestation, l’alternance. Le coup d’État, lui, n’offre que le silence des armes.

À ceux qui ont célébré cette aventure mal inspirée, une seule question demeure : qu’y avait-il donc à applaudir ? La possibilité d’un bain de sang ? L’effondrement d’un État ?

L’instabilité qui aurait frappé d’abord les plus fragiles ?

Il est temps pour eux d’assumer leur inconséquence.

Et, peut-être, de comprendre enfin qu’on ne joue pas avec l’avenir d’un pays comme on joue avec des rumeurs sur les réseaux sociaux.

La honte ne tue pas, heureusement pour certains ,mais elle invite parfois à grandir.

Abdoulkarim Ousmane Mahamadou