Revue de presse Niger –13/01/2026

Revue de presse Niger –13/01/2026

Crise du pétrole au Mali : le Niger sanctionne les transporteurs refusant de livrer du carburant à Bamako– Jeune Afrique – 13/01  

Retrait de permis, suppression d’exercer… Niamey a ciblé une trentaine d’opérateurs économiques ayant refusé de livrer des hydrocarbures au Mali. Le voisin et allié est de nouveau confronté à une pénurie de carburant.

Le ministère des Transports du Niger a annoncé la « suppression totale du droit d’exercer » l’activité de transport d’hydrocarbure de 14 opérateurs et le retrait des permis de conduire à 19 chauffeurs, pour « refus de se conformer à la réquisition ordonnée », afin de transporter ce carburant.

Un autre opérateur a quant à lui écopé d’un an de « suspension » de son agrément de transport, indique également le communiqué. « Ce refus constitue une infraction grave aux obligations légales et réglementaires en vigueur », précise le ministre, le colonel major Abdourahamane Amadou.

Ces sanctions s’appliquent à des transporteurs ayant refusé d’acheminer des hydrocarbures au Mali voisin et allié au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le pays avait connu en octobre et novembre une grave pénurie de carburant en raison d’un blocus du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). En solidarité, le Niger, producteur de pétrole, avait fait acheminer 82 camions-citernes jusqu’à Bamako, sur un parcours de 1 400 km sous escorte militaire.

Nouvelles pénuries au Mali

« Nous sommes surpris par le retrait des permis de conduire des conducteurs […] Nous demandons vraiment au ministère de revoir la situation. Avant de sanctionner, l’État doit demander les raisons de leur refus », a réagi Moussa Niandou, un responsable du Syndicat démocratique des routiers du Niger (SDRN).

Après un répit de quelques semaines, des difficultés d’approvisionnement en carburant frappent de nouveau le Mali par endroits, notamment à l’aéroport de Bamako où plusieurs vols ont été annulés ou reportés ces derniers jours. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali, tous dirigés par des militaires putschistes et réunis au sein de l’AES, sont confrontés à une intensification des attaques jihadistes sur leurs territoires. Au Niger, la junte d’Abdourahamane Tiani est également sous la menace du Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (MPLJ) mené par Moussa Sallah, dit « Kounaï », qui multiplie les attaques contre les infrastructures pétrolières.

Burkina Faso : un gouvernement resserré, quatre ministres quittent l’exécutif Actu Niger – 12/01  

Le nouveau gouvernement burkinabè, rendu public lundi soir, affiche une architecture allégée. L’équipe dirigée par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo passe de 24 à 22 portefeuilles ministériels, à la faveur d’une série de fusions et de changements de dénomination, a constaté l’Agence d’Information du Burkina (AIB).

La réduction du nombre de départements s’explique principalement par la fusion du ministère des Infrastructures et du Désenclavement avec celui de l’Habitat et de l’Urbanisme. De cette réorganisation est né le ministère de la Construction de la Patrie, confié à Mikailou Sidibé, dont les attributions sont ainsi élargies. Cette fusion consacre le départ de Luc Adama Sorgho, jusque-là en charge des Infrastructures.

Autre regroupement majeur : le ministère de l’Agriculture, des Ressources animales et halieutiques fusionne avec celui de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement pour former le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques. Cette nouvelle entité reste pilotée par le commandant Ismaël Sombié, tandis que Roger Baro, précédemment ministre de l’Environnement, quitte le gouvernement.

Au total, quatre membres sortent de l’exécutif. Outre Luc Adama Sorgho et Roger Baro, Roland Somda cède son fauteuil au ministère des Sports, tout comme Boubakar Savadogo. Ils sont respectivement remplacés par Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara et Moumouni Zoungrana, marquant les deux nouvelles entrées au sein de l’équipe gouvernementale.

Le gouvernement Rimtalba Ouédraogo II se distingue également par un changement notable dans l’intitulé de plusieurs ministères, révélateur d’une volonté politique affirmée. Le ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale devient ainsi le ministère des Serviteurs du Peuple. Le ministère de la Défense et des Anciens Combattants est rebaptisé ministère de la Guerre et de la Défense patriotique.

D’autres ajustements concernent le ministère de la Justice et des Droits humains, chargé des Relations avec les institutions, Garde des Sceaux, désormais simplifié en ministère de la Justice. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur devient le ministère des Affaires étrangères, tandis que le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale prend le nom de ministère de la Famille et de la Solidarité.

Ce remaniement, qui intervient près d’un an après l’arrivée du Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo à la tête du gouvernement, traduit une volonté de rationalisation de l’action publique dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, économiques et sociaux majeurs.

Tentative de coup d’État et aveux télévisés : au Burkina Faso, la nouvelle stratégie d’Ibrahim Traoré – Jeune Afrique 13/01  

En diffusant à la télévision nationale les « aveux » en vidéo de présumés putschistes, le pouvoir burkinabè franchit un cap dans sa stratégie de communication. Volonté de transparence ou tentative d’intimidation ?

Pendant une semaine, le Burkina Faso a vécu au rythme d’un feuilleton politique et sécuritaire savamment mis en scène. Chaque soir depuis le 6 janvier, des images d’officiers des forces de défense et de sécurité ainsi que de civils accusés d’avoir tenté de renverser le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré étaient diffusées au journal télévisé de 20 heures de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB).

Le gouvernement, par la voix du ministre en charge de la Sécurité, Mahamadou Sana, a décrit un scénario de déstabilisation d’une « extrême gravité ». Le plan visait d’abord à commettre « une série d’assassinats ciblés des autorités civiles et militaires », en commençant par « le camarade capitaine Ibrahim Traoré » qui devait être neutralisé « à bout portant ou par une action minant son domicile », a notamment affirmé le ministre. « Après cela devait avoir lieu une action de mise hors service de la base de drones, puis une intervention militaire terrestre de forces extérieures », a-t-il précisé.

Pour étayer ces accusations, les autorités ont fait le choix de rendre publics des extraits d’audition des accusés. Dans ces vidéos, le sergent-chef Salfo Yalwéogo, présenté comme un élément de la garde républicaine, ou encore El Hadj Ali Winèga, commerçant, reconnaissent leur rôle dans ce que le pouvoir qualifie de « tentative de coup d’État » qui aurait été menée sous la coordination de l’ancien président de transition burkinabè, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, désigné par les autorités comme le cerveau du putsch manqué.

Une stratégie de communication qui marque une rupture

N’ayant pas pu entrer directement en contact avec les accusés ou leurs proches, Jeune Afrique n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer ces accusations. Malgré les aveux diffusés à la télévision, elles suscitent cependant de fortes suspicions au sein de l’opposition burkinabè. « J’ai suivi les vidéos et la plupart des officiers qui parlaient donnaient l’impression de lire un texte. Leurs propos ne semblaient pas naturels et leurs visages reflétaient la peur », confie un opposant contacté par JA.

Si les annonces de complots déjoués et autres tentatives de coups d’État contrecarrées ne sont pas nouvelles au Burkina Faso depuis que le capitaine Ibrahim Traoré a pris le pouvoir en septembre 2022 après avoir renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, la stratégie de communication déployée cette fois marque, elle, une rupture nette. Jusqu’ici, les tentatives de putsch évoquées par Ouagadougou donnaient lieu à des communiqués officiels, à des arrestations – discrètes – , et, parfois, à des purges internes au sein de l’armée. Mais rarement à une exposition publique aussi frontale des suspects.

« Lorsqu’un régime commence à juger par la télévision, c’est souvent le signe d’un pouvoir qui cherche à consolider son autorité par la peur. Cette stratégie peut fonctionner à court terme mais elle comporte un risque : celui d’alimenter des frustrations souterraines et de radicaliser davantage les oppositions internes », craint l’opposant burkinabè cité plus haut. Pour plusieurs analystes, cette stratégie répond à une logique de dissuasion de toute velléité de contestation interne, qu’elle soit militaire ou civile.

« Leur intention est clairement d’intimider tout militaire ou simple citoyen qui oserait tenter quelque chose à l’avenir contre le pouvoir. Tous doivent comprendre que contester l’ordre imposé entraînerait une exposition publique humiliante », explique un analyste burkinabè ayant requis l’anonymat. « Dans nos sociétés africaines, où l’honneur, la réputation et la place sociale demeurent centraux, l’exposition publique de chefs de famille ou de figures supposément respectables agit comme un puissant levier de dissuasion. »

Durcissement des pouvoirs au sein de l’AES

Cette affaire illustre également, une fois de plus, l’intransigeance du pouvoir du capitaine Traoré à l’égard de toute forme de contestation. Il est notamment régulièrement accusé par des organisations de défense des droits humains de procéder à des arrestations arbitraires, d’exercer des pressions sur les familles d’acteurs politiques et de restreindre les libertés publiques.

Cette posture s’inscrit aussi dans la dynamique observée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Les régimes militaires des trois pays ont progressivement durci leurs discours et leurs pratiques, justifiant la restriction des libertés et la concentration du pouvoir par l’impératif sécuritaire et la défense de la souveraineté nationale. En août 2025, les autorités maliennes avaient déjà emprunté un chemin similaire, en faisant défiler au journal télévisé de l’ORTM – la télévision publique malienne – des militaires maliens et un agent de la DGSE française accrédité comme diplomate, accusés de vouloir « déstabiliser les institutions de la République ». Contrairement aux autorités burkinabè, Bamako n’avait toutefois pas diffusé d’aveux des accusés.

LA VOIE DU SAHEL