Revue de presse Niger – 14/01/2026

Revue de presse Niger – 14/01/2026

Au Niger, la fermeté du gouvernement face aux transporteurs – DW – 14/01 

Le ministre des Transports nigériens a sanctionné des camionneurs qui ne voulaient pas ravitailler le Mali en carburant.

Au Niger, suite au refus des transporteurs d’hydrocarbures de ravitailler le Mali, le gouvernement choisit la fermeté. Par arrêté du ministre des Transports, plusieurs transporteurs ont été sanctionnés : ils sont suspendus de leurs activités pour une durée d’un an et certains chauffeurs se voient retirer leur permis de conduire.

Sanctions contre les transporteurs réticents

Les autorités militaires nigériennes ont décidé de sévir contre certains transporteurs d’hydrocarbures accusés d’avoir refusé d’acheminer du carburant vers le Mali, pays voisin membre de l’Alliance des États du Sahel confronté à des tensions récurrentes sur son approvisionnement énergétique en raison des actions terroristes du Jnim.

Pour Niamey, le problème ne réside pas dans le refus en soi, mais dans des pratiques jugées frauduleuses, notamment le détournement sur le marché local de produits pétroliers exonérés d’impôts et initialement destinés à l’exportation.

Les autorités assurent également avoir pris des mesures sécuritaires pour protéger les convois, rejetant l’argument de l’insécurité avancé par certains transporteurs.

Aussitôt annoncées, les sanctions sont appliquées avec sévérité : quatorze transporteurs ont perdu définitivement leur autorisation d’exercer, une licence a été suspendue pour un an et dix-neuf chauffeurs ont vu leur permis retiré après leur refus de livrer le Mali ce mois de janvier.

Réactions des camionneurs

Pour le gouvernement nigérien, ces mesures visent à préserver les engagements régionaux du Niger. Il rappelle qu’en novembre 2025, la Côte d’Ivoire et le Sénégal avaient acheminé du carburant vers le Mali pour compléter son approvisionnement, démontrant que la solidarité régionale reste possible malgré les contraintes sécuritaires.

Du côté des transporteurs, la décision suscite de vives réactions et des inquiétudes. Plusieurs acteurs du secteur soulignent que l’insécurité liée au terrorisme djihadiste sur certains axes reste élevée. Les chauffeurs affirment qu’ils ne refusent pas de livrer par défi, mais par peur, selon un responsable syndical.

Le secrétaire général du syndicat des conducteurs de bennes (SYNCOBENNE) Boubacar Issa Oumarou demande au ministère du Transport de revenir sur sa décision : « Nous estimons que cette sanction est illégale, injuste, disproportionnée, sévère. » Il explique que certains des chauffeurs sanctionnés avaient essuyé des refus de la part des transporteurs qui ne voulaient pas que les camions aillent au Mali. Boubacar Issa Oumara regrette que « le travail des chauffeurs nigériens ne tient qu’à un fil » et qu’ils puissent se retrouver au chômage à la moindre dissension avec les autorités.

Les consommateurs sereins

L’Association des Consommateurs du Niger réagit par la voix de Mamane Nouri, président de ADDC Wadata. Selui lui, les sanctions sont légitimes envers ceux qui n’ont pas obtempéré aux injonctions de l’Etat. Il pense que les gens qui ont des stations service verront leurs activités ralentir mais que le plus gros impact sera d’ordre fiscal pour les commerçants transporteurs d’hydrocarbures.

Au-delà du bras de fer, cette affaire soulève des questions sur l’équilibre entre l’autorité de l’État, la sécurité des opérateurs privés et les engagements régionaux du Niger.

À Niamey, le gouvernement reste inflexible : les engagements pris au nom de l’État doivent être respectés.

Niger/France, une histoire radioactive Radio France 14/01  

Demandes de réparations quant à la période coloniale, ruptures des coopérations avec la France, procès contre l’entreprise française Orano. Depuis 2021, le gouvernement nigérien s’inscrit dans une nouvelle dynamique mondiale anti-impérialiste pour demander des réparations mais aussi se légitimer.

Le 28 septembre 2025, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zène interpellait la France depuis la tribune de l’ONU pour obtenir la reconnaissance des crimes commis durant la colonisation et tout particulièrement au cours de l’expédition de la colonne Voulet-Chanoine en 1899. En effet, envoyés pour parachever la conquête française en Afrique dans un contexte de concurrence avec les Britanniques, les deux officiers à la tête de la “Mission Afrique centrale-Tchad” ont fait de nombreuses victimes sur leur chemin, massacrant une grande partie des populations rencontrées.

Cette demande de reconnaissance symbolique et politique formulée au plus haut niveau de l’Etat répond à la nouvelle logique anti-impérialiste et décoloniale du gouvernement depuis l’arrivée au pouvoir par la force du général Abdourahamane Tiani en 2023 : coopération militaire avec la France stoppée net, rues portant des noms de personnalités françaises rebaptisées, création d’un comité d’historiens pour écrire une histoire nationale du Niger et surtout bataille judiciaire engagée contre l’entreprise Orano le 2 décembre dernier pour “atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du pays”. Le géant français de l’uranium est en effet accusé d’avoir pollué les sols et intoxiqué les populations vivant à proximité de ses sites en laissant à l’air libre des déchets radioactifs.

Cette posture plus offensive de l’Etat nigérien appuie un peu plus les demandes répétées d’un collectif représentant les descendants des victimes de la colonisation qui réclame (avec l’appui de l’ONU) des réparations à l’Etat français depuis 2021.

Comment l’histoire de la colonne Voulet-Chanoine et de la colonisation du Niger en général a-t-elle été documentée par les historiens, qu’ils soient français ou nigériens ? Comment la mémoire des massacres coloniaux a-t-elle émergé et comment la société civile et l’Etat nigérien s’en sont-ils saisis (ou non) politiquement et juridiquement ? Comment le litige actuel avec Orano résonne-t-il avec l’histoire coloniale entre le Niger et la France ?

Mélanie Chalandon s’entretient avec Camille Lefebvre et Seidik Abba.

Focus – Au Cameroun, une réconciliation à moindre frais

Avec Thomas Deltombe, chercheur indépendant, éditeur et auteur de La Guerre du Cameroun, l’invention de la Françafrique, éd. La Découverte, 2016.

Au Cameroun, l’Etat ne réclame aucune réparation en dépit du rapport Ramondy de janvier 2025 établissant les exactions françaises commises entre 1945 et 1971. Pour la simple et bonne raison que le pouvoir du président actuel, Paul Biya, découle directement de la guerre coloniale menée par la France et ses alliés camerounais contre les nationalistes de l’UPC.

Le Niger révoque les permis des chauffeurs de camions-citernes qui refusent de se rendre au Mali en raison du blocus imposé par les djihadistes BBC News – 13/01

Le Niger a révoqué les licences de dizaines d’opérateurs de transport et de chauffeurs pour avoir refusé de livrer du carburant au Mali voisin, où ils risquent d’être victimes d’attaques djihadistes.

Une branche d’Al-Qaïda a imposé un blocus pétrolier au Mali en septembre et a commencé à attaquer des camions-citernes sur les principales autoroutes.

Ce pays enclavé dépend des importations de carburant et a signé en juillet un accord avec le Niger pour la fourniture de 85 millions de litres de carburant sur six mois à sa vaste région désertique du nord, où opèrent divers groupes militants.

Le Niger est un pays producteur de pétrole et un allié majeur du Mali, tous deux dirigés par des juntes militaires confrontées à la violence djihadiste.

Les convois de carburant en provenance du Niger, qui parcourent une distance de 1 400 km (870 miles), ont été la cible d’attaques djihadistes malgré leur escorte militaire.

En novembre dernier, le Niger a livré 82 camions-citernes au Mali, ce qui a permis de stabiliser l’approvisionnement énergétique touché par le récent blocus, les convois en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire ayant également été touchés. Des livraisons supplémentaires de carburant en provenance du Niger étaient prévues dans les mois suivants, mais les plans ont été perturbés après que les chauffeurs et les transporteurs ont refusé d’effectuer les livraisons.

Cela a incité le ministère des Transports du Niger à révoquer les licences de 14 transporteurs et 19 chauffeurs pour avoir refusé de transporter le carburant.

« Ce refus constitue une violation grave des obligations légales et réglementaires en vigueur », a déclaré le ministre nigérien des Transports, Abdourahamane Amadou, dans un communiqué daté du 6 janvier qui vient d’être rendu public. Un autre opérateur s’est vu infliger une suspension d’un an. « Les personnes sanctionnées doivent également remettre leurs documents de transport et leurs licences au ministère », précise le communiqué.

C’est le groupe militant Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) qui a imposé le blocus, élargissant ainsi son insurrection, qui dure depuis des années, pour y inclure une guerre économique.

Les combattants du JNIM ont kidnappé des chauffeurs et incendié des camions. L’année dernière, les écoles et les universités à travers le Mali ont été temporairement fermées en raison de la grave pénurie de carburant.

La pénurie de carburant a suscité des inquiétudes en dehors du Mali, les États-Unis ayant exhorté en novembre dernier les Américains à ne pas se rendre au Mali et la France ayant conseillé à ses citoyens présents dans ce pays d’Afrique de l’Ouest de le quitter.

Le gouvernement militaire du Mali est dirigé par le général Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2020.

Il bénéficiait alors du soutien de la population, promettant de régler la crise sécuritaire de longue date provoquée par une rébellion séparatiste dans le nord du pays menée par l’ethnie touareg, qui a ensuite été détournée par des militants islamistes. Une mission de maintien de la paix de l’ONU et des forces françaises ont été déployées en 2013 pour faire face à l’escalade de l’insurrection, mais toutes deux ont quitté le pays depuis la prise de pouvoir par la junte.

Cette dernière a engagé des mercenaires russes pour lutter contre l’insécurité, mais une grande partie du pays reste hors du contrôle du gouvernement.

Sahel : la chefferie traditionnelle, un pilier discret de la refondation de l’État AA 14/01  

– Dans un Sahel en refondation, la chefferie traditionnelle retrouve un rôle clé dans la cohésion sociale et la stabilisation, au croisement des enjeux politiques et sécuritaires, explique Lamido Hamadou Moumouni, chef peulh au Niger

Dans le Sahel en recomposition, où plusieurs États engagés dans des processus dits de « refondation » cherchent à restaurer leur autorité, à réparer le lien social et à contenir une insécurité persistante, des institutions longtemps reléguées à la périphérie du pouvoir retrouvent une centralité inattendue. Parmi elles, la chefferie traditionnelle, souvent perçue comme un héritage du passé, s’impose de plus en plus comme un acteur structurant, à la jonction du politique, du social et du culturel.

Longtemps marginalisée par l’administration moderne issue de la colonisation, la chefferie coutumière n’a pourtant jamais cessé d’exister dans les pratiques quotidiennes de gouvernance locale. Dans de nombreuses zones rurales, elle demeure un repère d’autorité, de régulation et de médiation, là où l’État peine à assurer une présence effective. Aujourd’hui, face à la crise de légitimité des institutions formelles et à la fragmentation du tissu social, son rôle est de nouveau interrogé, réévalué, parfois réhabilité.

Une institution ancienne mais toujours pertinente

Sa Majesté Lamido Hamadou Lamido Moumouni, chef de groupement peulh de N’Guel Beyli, dans la région de Diffa, et membre du Conseil consultatif de la refondation de la République du Niger, rappelle que bien avant l’irruption de l’État colonial, la chefferie constituait la principale structure d’organisation des sociétés sahéliennes. « Elle faisait office d’une véritable administration », explique-t-il, assumant à la fois des fonctions judiciaires, sécuritaires, foncières et sociales. Fondée sur la tradition, le consensus et la proximité avec les populations, elle incarnait une autorité à la fois respectée et légitime.

La colonisation, puis l’État postcolonial, ont profondément redessiné le paysage institutionnel, réduisant les prérogatives des chefs traditionnels et les cantonnant à un rôle souvent symbolique. Mais cette marginalisation n’a jamais signifié disparition. Même l’administration coloniale, rappelle le chef coutumier, a dû composer avec ces autorités locales, conscientes de leur capacité à comprendre les dynamiques sociales et à maintenir un certain ordre.

Médiateurs et garants de la cohésion sociale

Dans le contexte actuel, marqué par la montée des violences armées, les conflits communautaires et la défiance envers l’État, les chefs traditionnels continuent d’intervenir comme médiateurs et garants de la cohésion sociale. Leur autorité morale, leur connaissance fine des communautés et leur enracinement territorial leur confèrent un rôle clé dans la prévention et la résolution des conflits. Mais cette mission se complexifie à mesure que les sociétés sahéliennes se transforment.

« La jeunesse d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier », constate Lamido Hamadou Moumouni, évoquant des mutations profondes : circulation accrue des armes, trafics illicites, consommation de stupéfiants, attrait du gain rapide. Autant de facteurs qui fragilisent les mécanismes traditionnels de régulation et mettent à l’épreuve l’autorité des chefs, confrontés à des défis inédits.

Pour autant, les modes traditionnels de règlement des différends conservent, selon lui, toute leur pertinence, à condition d’être exercés avec équité et sens de la justice. Il cite le serment coranique, reconnu dans de nombreuses communautés musulmanes, ou encore le Dangol Pulaku, propre à la tradition peule, fondé sur la responsabilité collective et la sanction sociale. « L’objectif n’est pas de punir, mais de corriger, de réconcilier et de préserver la paix sociale », insiste-t-il. Vers une refondation intégrant la chefferie

Dans cette perspective, la refondation de l’État ne saurait se limiter à des réformes institutionnelles ou constitutionnelles. Elle implique également une dimension morale, sociale et culturelle, sans laquelle toute reconstruction resterait fragile. La chefferie coutumière apparaît alors comme un relais essentiel entre l’État et les populations, en particulier dans un contexte de défiance institutionnelle et de retrait de l’administration dans certaines zones.

Au Niger, cette revalorisation se traduit par des signaux politiques concrets. Des chefs traditionnels siègent désormais au sein du Conseil consultatif de la refondation, instance stratégique du processus en cours. Le 26 décembre 2025, une ordonnance présidentielle a par ailleurs institué le Haut Conseil de la Chefferie Traditionnelle, consacrant officiellement la place de cette institution dans l’architecture de l’État.

Des défis persistants

Cette reconnaissance n’efface toutefois pas les vulnérabilités. Les chefs traditionnels demeurent exposés à l’insécurité, aux pressions politiques, aux tentations de corruption et au manque de moyens. Certains ont payé de leur vie leur engagement, d’autres ont été contraints à l’exil. Pour Lamido Hamadou Moumouni, l’efficacité de la chefferie dans la promotion de la paix dépendra du soutien réel de l’État, de la protection accordée à ses détenteurs et de politiques publiques ambitieuses, notamment à destination de la jeunesse.

Le message adressé aux décideurs africains est sans équivoque : reconnaître pleinement la chefferie traditionnelle, la renforcer et l’associer durablement aux stratégies de stabilisation. Mais cette reconnaissance implique aussi des exigences envers les chefs eux-mêmes : justice, impartialité et distance vis-à-vis des clivages politiques. « Lorsqu’elle est soutenue et valorisée, la chefferie peut contribuer efficacement à la stabilisation durable de nos sociétés », affirme-t-il.

Un levier stratégique pour le Sahel

Dans un Sahel en quête de repères et de reconstruction, la chefferie traditionnelle apparaît ainsi moins comme un vestige du passé que comme un levier discret mais stratégique, capable de retisser le lien entre l’État et les sociétés, et de participer à l’édification d’une paix durable.

LA VOIE DU SAHEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *