ROUE INFOS N°128

ROUE INFOS N°128
Mobilisation générale: Entre foire foraine et Haka

Le haka est une danse traditionnelle maorie de Nouvelle-Zélande, mêlant chants, claquements de corps (bras, cuisses) et expressions faciales intenses pour intimider l’adversaire. Initialement rituel de guerre ou de vie, il est mondialement connu via les All Blacks (ndlr: la très célèbre équipe de rugby néo-zélandaise). Dans un état d’esprit de préparation guerrière, à Niamey l’ambiance est très intensément animée dans les rues et carrefours. Cela dans le cadre de la mobilisation générale voulue par les autorités militaires du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) au pouvoir au Niger. Sur différents sites, ce sont des stands des orchestres qui maintiennent une animation permanente et des nuits très animées au son des groupes musicaux de la capitale. Des concerts aux allures plutôt festives qui rassemblent des jeunes et des moins jeunes et même des personnes âgées, hommes et femmes, autour des autorités de la ville. Le son du cuivre et de la guitare donne plutôt une note joyeuse à la mobilisation générale qui à la base est quand même une préparation psychologique de la population à faire face à toute agression venue de l’extérieur. La France en particulier n’a jamais digéré la chute du gouvernement Bazoum qu’elle appelle son ami et son partenaire privilégié. Le gouvernement français a promis de rétablir Bazoum dans ses fonctions. Et si cette promesse aujourd’hui a totalement échoué, il n’en demeure pas que le Niger vit toujours sous menace d’une attaque. Les attaques terroristes qui pourraient être associées à des groupes armés sponsorisés par la France. Mais aussi, à divers reprises le chef de l’État du Niger lors de ses messages à la nation et de ses entretiens sur la RTN a fait cas de la présence des forces armées françaises sur les frontières du Niger avec des pays qui jouent le jeu de la France. Le général Abdourahamane Tiani a parlé des mouvements de troupes le long de certaines frontières. Ce qui pourrait être en prélude à des actions projetées sur le territoire national.

La mobilisation initiée par les autorités de la transition devait ainsi être des actions de préparation à toutes éventualités, des manifestations pour montrer à l’internationale et surtout à la France que le peuple nigérien tout entier est gonflé à bloc autour de ses dirigeants. La mobilisation a voulu être un message clair à l’attention des éventuels agresseurs pour dire que la population est sur le pied de guerre. Mais pour l’instant ce qui devait ressembler à une manifestation guerrière ressemble plutôt à une foire aux opportunistes. L’ambiance de la guerre est en tout cas très loin de cette mobilisation qui pour l’instant ne profite qu’aux artistes musiciens qui ploient sous un déluge de billets de banque. Les éventuels agresseurs doivent s’en frotter les mains quand on connaît surtout la fonction de la danse et de l’amusement qui pourraient divertir la population. Là où l’on attendait des mobilisations qui mettraient la population dans un état de transe guerrière, l’ambiance est pour l’instant en train de tourner à la fête foraine. Une fête foraine qui dissipe, qui déconcentre et qui divertit. Une foire qui déconcentre d’autant plus qu’elle porte un coup cinglant à l’image de la Refondation. Ce spectacle de billets de banque qui pleuvent sur la tête des musiciens est la dernière chose qu’on s’attendait à voir dans le contexte du changement profond porté par la refondation.

Ibrahim Elhadji dit Hima

Spéculations autour d’une date Et le 2 avril passa…calme

La résolution du parlement de l’Union Européenne en date du 12 mars 2026 exigeant la libération immédiate et sans condition du président déchu Mohamed Bazoum a provoqué colère et indignation au niveau de la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) en général et particulièrement au Niger donnant lieu à des manifestations de réprobation dans les trois capitales le 28 mars dernier. Après toutes les manifestations qui se sont déroulées dans les principales villes de la confédération le 28 mars 2026, au Niger certaines organisations de la société civile se sont fixées sur la date du 2 avril qui correspond à la fin du mandat du Président Mohamed Bazoum renversé depuis le 26 juillet 2023. Un non-évènement mais qui a été exploité par certains internautes qui semaient la psychose au sein des populations leur faisant croire que l’Union Européenne interviendra militairement au Niger à cette date. Les messages apocalyptiques distillés sur la toile avaient semé un vent de panique au sein des scolaires et leurs parents au point où le Ministère de l’éducation Nationale et ses différentes directions régionales étaient obligés de faire un communiqué la veille pour les rassurer que les cours vaqueront normalement.

En réalité, les spéculations faites autour de la date du 2 avril tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays a ajouté à la confusion. Et certaines organisations de la société profitant de l’appel à la préparation de la mobilisation générale et de l’activation des brigades de veille ont dans une certaine mesure contribué à amplifier les choses. Il est vrai que les autorités au plus haut sommet n’ont eu cesse de dire que notre pays est en proie à des menaces de toute sorte, endogène comme exogène entretenue par des sponsors, invitant les populations à la vigilance, à la collaboration et à la mobilisation pour faire face à toute éventualité. Ce sont du reste, ces menaces qui ont conduit le Président de la République, Chef de l’Etat, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani à prendre l’ordonnance N°2025-42 du 26 décembre 2025 relative à la mobilisation générale pour la défense de la patrie qui détermine les modalités d’organisation, de préparation et de mise en œuvre de la mobilisation générale.

Cette ordonnance définit clairement la mobilisation générale comme «un ensemble de mesures à prendre afin de garantir avec efficacité et efficience le passage des Forces de défense et de sécurité, des institutions de la République, des autres organismes de l’Etat, des structures socioprofessionnelles ai si que de toutes les autres composantes de l’économie nationale de l’état de paix à l’état de guerre et l’affectation des ressources humaines, matérielles et financières nationales à la défense de la Patrie».

Malgré cette définition claire, certains acteurs de la scène nationale entretiennent une terrible confusion entre la mobilisation générale n’est pas encore décrétée et la mobilisation des masses dans le cadre des manifestations de soutien au CNSP.

Ce sont ces mêmes acteurs, toujours dans une lutte de positionnement permanente qui ont voulu faire de la date du 2 avril un événement et qui ont amplifié des menaces virtuelles faisant planer une menace d’une intervention militaire sur le pays.

Et le 2 avril fut un jour ordinaire clame, très calme partout sur l’étendue du territoire national avec les populations qui vaquaient normalement à leurs occupations ignorant totalement l’apocalypse et le tsunami qu’on faisait planer sur le Niger.

Une leçon pour ceux qui veulent toujours entretenir la psychose de l’inquiétude permanente et du chaos et qui montre la détermination des nigériens à ne pas céder à la peur, restant toutefois vigilant, résilient et surtout engagés aux côtés des autorités à faire face à toute éventualité.

Adoum Boulkassoum

ement patriotique

Il est important pour les uns et les autres de comprendre qu’en véhiculant certains messages

Mais cela n’a pas suffi. Au Niger, certaines organisations de la société civile ont exploité la mobilisation générale pour poursuivre les manifestations et surtout réactiver les brigades de veille. Des Organisations

Acteurs qui veulent enflammer des

Les gens ont cru à un tsunami qui allait frapper le pays.

Certains avaient prévu l’apocalypse

A quoi servent ces animations si on devait attaquer ou dans la prévention d’une attaque

Entourage Bazoum: Des signes de frictions pointent

Quelque trois ans de lutte depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé son régime, Mohamed pourrait être un peu plus isolé. La date du 2 avril loin de marquer la fin de son mandat, celui-ci étant écourté depuis le 26 juillet par l’armée, pourrait constituer un tournant de la lutte engagée par ses soutiens. L’onde de choc dans ce changement notoire serait la fameuse résolution du parlement européen demandant la libération de Mohammed Bazoum qui reste encore en détention entre les mains des autorités militaires au pouvoir depuis son renversement. La résolution qui devait favoriser la libération de Bazoum est pour l’instant en train de compliquer sa situation. Cette initiative des eurodéputés français qui ont introduit la requête est en train de produire l’effet contraire.

Une Europe divisée

L’Union européenne apparaît en effet de plus en plus divisée dans sa perception de l’affaire Mohamed Bazoum. Si la France est au four et au moulin dans toutes les initiatives dans le dossier Bazoum, les autres membres de l’Union européenne manifestent plutôt leur désengagement. Depuis le départ, l’Italie de Georgia Meloni qui a accusé la France de vivre du pillage des Etats d’Afrique n’a jamais été en phase avec l’initiative du gouvernement de Macron au sujet de Bazoum. La Belgique qui abrite pourtant le parlement européen a rétabli sa coopération avec le Niger. Partenaire traditionnel du Niger, l’Allemagne n’est pas sur la même longueur d’onde avec la France. Du côté de l’Allemagne en effet on estime que la France en fait trop, que l’approche du gouvernement français n’est pas la meilleure. Des critiques qui ont surtout visé cette dernière résolution adoptée par les eurodéputés sur une initiative de la France. Dans une interview qu’elle a accordée à la radio Deutschewelle datée du 1er avril dernier, Lisa Tschörner chercheuse à l’Institut allemand des affaires internationales et la sécurité a fustigé une résolution qui n’a fait qu’irriter les autorités de Niamey. La chercheuse allemande a indiqué que « l’Union européenne a un grand intérêt de rester engagé dans la région (ndlr: la région du Sahel) parce qu’il y a des intérêts stratégiques comme combattre contre le terrorisme, mais aussi contre la migration illégale ». Pour Lisa Tschörner, le coup d’État est quand-même une réalité et l’Union européenne doit faire avec et maintenir le dialogue et la coopération avec les autorités effectives en place. Cette intervention de la chercheuse allemande intervient dans un contexte de manifestations et de réactions vives tant à Niamey que dans les autres pays de l’AES en guise de protestation contre cette résolution du parlement européen.

Des proches de Bazoum au bord de l’affrontement

Mais la situation de fracture n’est pas seulement au niveau de la vision des partenaires de Bazoum de l’union européenne. Les activistes proches de Bazoum sont tout autant divisés. Il règne entre eux un climat de suspicion de friction notamment entre les composantes des soutiens basés à l’extérieur du pays et ceux qui sont restés au Niger. Récemment encore Alassane Intinicar homme politique et très proche de Bazoum mais qui n’a pas quitté le Niger publiait sur sa page Facebook un post dans lequel il traitait d’hypocrites les soutiens de Bazoum qui sont à l’étranger, en particulier ceux qui ne s’expriment pas et qui gardent le silence. Intinicar affirme qu’il est le seul soutien véritable de Bazoum, parce qu’il parle de Bazoum en public, il manifeste en public à Niamey pour demander la libération de Bazoum. Des propos de Alassane Intinicar qui lui ont attiré une riposte vigoureuse des exilés notamment Ange Barou en poste à Paris pour qui les récentes publications de Intinicar sont plutôt des appels du ventre, que Intinicar est un opportuniste qui voulait plaire au Général Abdourahamane Tiani. Pour Ange Barou, Intinicar serait tout simplement en train de trahir la cause de Bazoum.

Une situation de malaise qui pourrait grossir et prendre de l’ampleur avec la fatigue et le désespoir qui s’installe dans le camp. Dès les premiers jours du coup la France a rassuré que Bazoum sera rétabli sans ses fonctions à la Présidence du Niger. Elle a multiplié des initiatives et des tentatives, et le cercle Bazoum y a cru. Hélas avec le temps cet espoir s’est considérablement érodé avant de se dissiper complètement. Puis la France va installer un collectif pour la libération de Bazoum. Là aussi l’espoir renaît avec toutes les actions engagées notamment la pétition pour l’appel à la libération signée par des personnalités internationales. Et tout récemment ce forcing au niveau du parlement européen pour obtenir l’adoption d’une résolution. Les proches se remettent à croire. En fin mars l’activisme de l’union européenne avait relancé l’espoir chez les proches de Bazoum que quelque chose qui serait fait aux alentours du 2 avril date qui correspond à la fin du mandat constitutionnel de Mohamed Bazoum. Les activistes ont scruté l’horizon, mais rien. Aujourd’hui il y a plus d’énervement et d’irritation que d’espoir dans l’entourage de Bazoum qui pourrait sombrer dans une situation de crise.

Ibrahim Elhadji dit Hima

Lutte contre l’insécurité au Niger Les autorités régionales multiplient les mesures de prévention

Face aux assauts des groupes armés terroristes, au grand banditisme et à la grande criminalité transnationale et aux différentes menaces sécuritaires de plus en plus complexes, certaines autorités régionales prennent des initiatives pour prévenir le fléau. Outre les interdictions des motos à deux roues dans certaines régions, notamment dans certaines communes de la région de Dosso, Tillabéry et Diffa, les autorités régionales des régions d’Agadez et de Tahoua viennent de prendre des mesures règlementaires supplémentaires.

Ainsi au niveau de la commune Urbaine d’Agadez, l’Administrateur Délégué de ladite commune a pris un arrêté ce 7 avril 2026, portant interdiction formelle de la vente de carburant sur les voies publiques sur toute l’étendue du territoire de la Commune Urbaine d’Agadez. Seuls les établissements agréés et conformes à la réglementation en vigueur sont autorisés à procéder à la vente du carburant, précise l’arrêté.

A Tahoua où l’insécurité a pris des ampleurs ces derniers temps, les autorités communales ont également décidé de l’interdiction aux conducteurs des taxis motos (Kaboukabou) et tricycles (Adaidaita sahu et agwagwa da boujé) de dépasser l’aire de la circonscription territoriales de la ville de Tahoua.

L’arrêté de l’administrateur délégué de la Ville de Tahoua en date du 7 avril 2026 précise que «la ville de Tahoua comprend cinquante-deux (52) quartiers et villages périphériques » qui sont les seuls autorisés par la nouvelle règlementation qui prend effet à partir de ce mardi 7 avril 2026.

Beaucoup d’autres communes du Niger, chacune en fonction des spécificités des menaces sécuritaires a pris des mesures de prévention.

Mato Mani

LA VOIE DU SAHEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *