Tiani, après la tournée, vers un inévitable séisme gouvernemental ?
(Editorial de Soumana I. Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Vendredi 14 Novembre 2025)
On ne gouverne pas de la même manière avant et après avoir plongé son regard dans celui du Niger profond. Le Général d’armée Abdourahamane Tiani, une fois rentré à Niamey après un périple intense qui l’a mené de Dosso à Diffa, en passant par Tahoua et Agadez (à venir Zinder et Maradi), ne sera plus tout à fait le même chef d’État que celui qui avait quitté le palais présidentiel le 8 décembre dernier. Il revient lesté d’une responsabilité nouvelle, celle d’être désormais le « préfet de l’urgence » autant que le Président de la République.
Cette tournée s’apparente à un véritable audit à ciel ouvert de la nation. Loin des notes techniques aseptisées et des rapports administratifs lus dans la fraîcheur des bureaux climatisés de la capitale, le Général a pris de plein fouet la réalité nue. Il a touché du doigt les doléances brutes des populations, constaté les failles des infrastructures et entendu le cri silencieux des terroirs. Ce « choc du réel » crée une fracture immédiate entre la perception bureaucratique de Niamey et la vérité du terrain.
Dès lors, une question s’impose avec une brutalité incontestable : l’équipe gouvernementale actuelle peut-elle survivre à ce diagnostic sans concession ?
L’Exécutif en place a été calibré pour une période de résistance, de lutte pour la souveraineté et de réponse à la crise sécuritaire. Il a tenu le fort. Mais la « nouvelle donne » issue de cette tournée exige une mutation profonde. Les urgences ne sont plus seulement géopolitiques ; elles sont sociales, économiques et vitales. Si le diagnostic change, la médication doit impérativement évoluer. Conserver le même dispositif, avec les mêmes hommes et les mêmes méthodes, reviendrait pour le Général Tiani à nier ce qu’il a vu, ou pire, à admettre une impuissance coupable.
L’heure n’est plus aux ajustements à la marge, mais à la cohérence politique. Pour transformer les promesses faites dans la poussière d’Agadez ou la chaleur de Dosso en actes concrets, le Chef de l’État aura besoin de commandos du développement, et non plus seulement de gestionnaires de crise.
Le retour à Niamey ne doit pas marquer la fin de la parenthèse, mais le début d’une nouvelle séquence. Le « séisme » gouvernemental n’est donc plus une option, c’est une nécessité. C’est le triomphe de la realpolitik du terrain sur le confort des ministères. Le peuple attend désormais que le « grand ménage » commence, car la patience des populations, a une limite.
L’enquêteur, quotidien privé nigérien.


