Trois ans du CNSP : le Niger a-t-il changé de cap… ou seulement de dirigeants ?

Trois ans du CNSP : le Niger a-t-il changé de cap… ou seulement de dirigeants ?

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Le 26 juillet 2023 restera l’une des dates les plus marquantes de l’histoire politique récente du Niger. En renversant le président Mohamed Bazoum, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) justifiait son intervention par quatre arguments majeurs : l’insécurité grandissante, la mauvaise gouvernance, la dégradation des conditions de vie des populations et la perte de souveraineté nationale.

Trois ans plus tard, une question s’impose : le Niger a-t-il réellement changé ou le pays a-t-il simplement changé de dirigeants ?

Au-delà des discours politiques, le véritable bilan se mesure à l’aune des résultats concrets.

La souveraineté retrouvée, le principal acquis revendiqué.

S’il existe un domaine où la rupture est incontestable, c’est celui de la politique étrangère.

En trois ans, le Niger a profondément redessiné ses alliances. Le départ des forces militaires françaises et américaines, la dénonciation de plusieurs accords de coopération, la création de la Confédération des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, ainsi que le rapprochement avec de nouveaux partenaires comme la Russie et la Turquie traduisent un changement stratégique majeur.

Le CNSP présente cette nouvelle orientation comme la reconquête d’une souveraineté longtemps compromise.

Pour ses soutiens, le Niger décide désormais seul de ses choix diplomatiques, militaires et économiques.

Ses détracteurs estiment toutefois que cette souveraineté demeure incomplète tant que le pays reste fortement dépendant de financements extérieurs, des importations et de partenaires étrangers pour soutenir son économie.

La sécurité : le défi qui résiste encore

La lutte contre le terrorisme constituait la principale justification du changement de régime.

Trois ans plus tard, les autorités mettent en avant le renforcement des Forces de défense et de sécurité, l’acquisition de nouveaux équipements, la montée en puissance de la coopération militaire au sein de l’AES ainsi que l’intensification des opérations sur plusieurs fronts.

Des progrès sont observés dans certaines localités où la présence de l’État s’est renforcée.

Mais le constat reste contrasté.

Les attaques terroristes continuent de frapper les régions de Tillabéry, Diffa et plusieurs zones de Tahoua. Les groupes armés conservent une capacité de nuisance importante et des milliers de familles demeurent affectées par les déplacements forcés, l’insécurité alimentaire et les difficultés d’accès aux services sociaux de base.

La promesse d’un retour rapide à la paix reste donc un chantier encore largement ouvert.

Une économie sous pression malgré des réformes ambitieuses

Le CNSP a pris les commandes d’un pays confronté aux sanctions régionales, à la fermeture des frontières et à un ralentissement brutal de son économie.

La levée progressive de ces sanctions a permis une reprise de certaines activités, mais les difficultés persistent.

Les coupures récurrentes d’électricité, les tensions sur l’approvisionnement en carburant, la hausse du coût de la vie, les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises ainsi que la faiblesse du pouvoir d’achat continuent d’alimenter les préoccupations des ménages.

Le gouvernement met en avant plusieurs réformes dans les secteurs pétrolier, minier, agricole et des infrastructures, avec un accent particulier sur le contenu local et la valorisation des ressources nationales.

Toutefois, pour beaucoup de Nigériens, ces réformes peinent encore à produire des effets tangibles sur le quotidien.

Gouvernance : entre volonté affichée et attentes persistantes

La lutte contre la corruption figurait parmi les engagements forts du CNSP.

Des audits ont été engagés, plusieurs dossiers de malversations ont été ouverts et les autorités affirment vouloir instaurer une gestion plus rigoureuse des ressources publiques.

Ces initiatives sont saluées par une partie de l’opinion.

Mais elles s’accompagnent également d’attentes élevées.

Les citoyens réclament davantage de transparence dans la gestion des finances publiques, une administration plus efficace, des institutions plus performantes et surtout des résultats visibles dans les services essentiels.

L’enjeu n’est plus seulement d’annoncer des réformes, mais de démontrer leur impact.

Les libertés publiques au cœur des débats.

C’est probablement sur le terrain des libertés publiques que les appréciations divergent le plus.

Les autorités estiment que certaines restrictions répondent aux exigences de la lutte contre le terrorisme et à la préservation de la stabilité nationale.

À l’inverse, plusieurs organisations de défense des droits humains, des journalistes et des acteurs politiques dénoncent un rétrécissement de l’espace civique, des arrestations de voix critiques et des limitations de certaines libertés fondamentales.

Cette question demeure l’un des principaux points de débat dans l’évaluation des trois années de gouvernance du CNSP.

Le verdict appartient désormais aux Nigériens.

Trois ans après le 26 juillet 2023, une évidence s’impose : le Niger a profondément changé son orientation géopolitique et son discours politique.

En revanche, les défis qui avaient servi de fondement au changement de régime — sécurité, développement économique, amélioration des conditions de vie, gouvernance et renforcement des institutions restent, pour une large part, des objectifs encore en construction.

Finalement, le véritable bilan ne se résumera ni aux déclarations officielles ni aux critiques de l’opposition.

Il se mesurera à une seule réalité : celle du quotidien des Nigériens. Une sécurité durable, des emplois pour les jeunes, un pouvoir d’achat renforcé, des services publics plus performants et une gouvernance efficace constitueront les véritables indicateurs du succès ou de l’échec du changement intervenu le 26 juillet 2023.

Trois ans après, le CNSP a incontestablement changé la trajectoire politique du Niger. Reste désormais à convaincre que cette nouvelle trajectoire peut se traduire, durablement, par une amélioration concrète de la vie des citoyens.

La voie du Sahel.

LA VOIE DU SAHEL

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