
Mendicité à Niamey : deux ans après le « coup de poing », les mendiants reprennent la rue.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Deux ans après l’opération lancée par les pouvoirs publics pour débarrasser les rues de Niamey des mendiants, le phénomène est loin d’avoir disparu. Aux carrefours, devant les marchés, aux abords des mosquées et le long des grandes artères, la mendicité semble même avoir repris de plus belle. Une résurgence qui interroge l’efficacité et surtout la durabilité de la réponse apportée par les autorités.
À Niamey, il suffit désormais de s’arrêter quelques minutes à un grand carrefour pour mesurer l’ampleur du retour du phénomène. Hommes, femmes, enfants et personnes âgées se dirigent vers les automobilistes, tendent la main aux passants ou occupent les abords des lieux très fréquentés. Certains sont seuls, d’autres accompagnés d’enfants.
Pourtant, il y a deux ans, les autorités avaient engagé une opération présentée comme une véritable offensive contre la mendicité dans la capitale. Des personnes avaient été interpellées et éloignées des rues. L’objectif affiché était de mettre fin à une pratique considérée comme préoccupante, notamment lorsqu’elle implique des enfants.
Mais l’opération n’aura manifestement pas résisté au temps. En l’absence de solutions durables, les rues ont progressivement retrouvé leurs occupants.
Traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes.
Derrière cette persistance se cachent des réalités sociales difficiles. Pauvreté, chômage, précarité des ménages, absence de revenus réguliers, handicap ou encore vulnérabilité des personnes âgées constituent autant de facteurs susceptibles de pousser certaines personnes vers la rue.
Pour les familles les plus démunies, quelques centaines de francs CFA collectés au cours d’une journée peuvent représenter une ressource difficile à abandonner. Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, la pression sur les revenus des ménages ne fait qu’accentuer cette vulnérabilité.
Le phénomène concerne également les enfants. Leur présence dans les rues soulève une question particulière : derrière certains mineurs se trouvent des familles en grande difficulté, mais aussi des mécanismes sociaux qui entretiennent la mendicité.
Une réponse publique à réinventer.
Le retour massif des mendiants révèle surtout les limites d’une approche essentiellement répressive. Éloigner les personnes des carrefours peut réduire temporairement leur visibilité, mais ne supprime ni la pauvreté ni les facteurs qui les conduisent à mendier.
Une lutte efficace nécessiterait donc une réponse plus globale : identification et accompagnement social des personnes vulnérables, prise en charge des enfants, soutien aux familles pauvres, accès à des activités génératrices de revenus et suivi des personnes déjà éloignées de la rue.
Deux ans après le « coup de poing », le constat est finalement brutal : on peut vider les rues de leurs mendiants, mais si rien n’est fait pour vider la pauvreté de son terreau, ils finissent toujours par y revenir.
La voie du Sahel.






