
Parlement de l’AES à Niamey : le Sahel passe de la parole aux actes.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Ce n’est plus seulement une alliance de circonstance née des crises sécuritaires et des ruptures diplomatiques. À Niamey, l’Alliance des États du Sahel (AES) franchit un nouveau cap : son Parlement entre en scène. Avec l’installation de 45 parlementaires venus du Burkina Faso, du Mali et du Niger, la Confédération cherche désormais à donner une traduction institutionnelle à son projet politique.
Au Centre international des conférences Mahatma Gandhi, la symbolique est forte. C’est à Niamey que s’ouvre la première session du Parlement confédéral de l’AES, sous la présidence du Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine. Derrière le cérémonial, une réalité politique se dessine : les trois pays veulent désormais transformer leur rapprochement militaire et diplomatique en architecture institutionnelle durable.
La présence de 45 membres, issus des trois États, constitue ainsi bien davantage qu’une simple formalité administrative. Elle marque la volonté de créer un espace politique commun capable de porter les aspirations de la Confédération et, surtout, de légitimer ses décisions auprès des populations.
À la tête des travaux, Ousmane Bougouma, président des Sessions confédérales, a procédé à l’installation des deux vice-présidents : Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, et Mamoudou Harouna Djingarey, président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger. Une configuration qui traduit clairement la nature particulière de cette nouvelle institution : le Parlement de l’AES ne naît pas d’un processus parlementaire classique, mais d’un nouvel ordre politique construit par les régimes issus des changements de pouvoir dans les trois pays.
Le calendrier est également révélateur. Les textes législatifs encadrant les sessions du Parlement confédéral avaient été adoptés lors du sommet des chefs d’État de décembre 2025. Puis, fin juin, le président burkinabè Ibrahim Traoré, dont le pays assure la présidence tournante de l’AES, a donné son feu vert à l’opérationnalisation de l’institution.
Le passage de l’AES d’une alliance à une Confédération prend donc progressivement corps.
Mais le véritable test commence maintenant. Ce Parlement devra démontrer qu’il peut être autre chose qu’une institution de façade. Sa crédibilité dépendra de sa capacité à débattre réellement des grandes questions communes : sécurité, défense, économie, circulation des personnes et des biens, intégration régionale, ressources naturelles et souveraineté.
Car créer des institutions est relativement facile. Le plus difficile sera de leur donner du pouvoir, de la représentativité et une véritable légitimité populaire.
À Niamey, l’AES vient de poser une nouvelle pierre. Reste à savoir si cet édifice institutionnel deviendra le socle d’une véritable intégration sahélienne ou simplement une nouvelle couche administrative sur une alliance encore en construction.
La Voie du Sahel.






