Revue de presse Niger – 08/04/2026

Revue de presse Niger – 08/04/2026

1er Forum International sur les énergies renouvelables : Le Premier Ministre reçoit les ministres en
charge du secteur énergétique des pays de l’AES – ANP – 07/04

Le Premier Ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a reçu, dans l’après midi de ce mardi 7 avril 2027 à
son cabinet, les ministres en charge du secteur énergétique du Burkina Faso et du Mali séjournant à
Niamey dans le cadre du 1er Forum International sur les énergies renouvelables,.
C’était en compagnie de leur homologue nigérienne, Pr Amadou Haoua.
A l’issue de l’audience, le Ministre de l’énergie, des mines et des carrières du Burkina Faso, M. Yacouba
Zabré Gouba a expliqué devant la presse, être venus faire un bilan à mis parcours de ce forum qui se
tient à Niamey couplé à la Journée Nationale sur les énergies renouvelables.
Au cours de cette rencontre, ’’nous avons également voulu signifier au premier ministre, toute l’attention
que nous accordons à ce secteur si stratégique qu’est celui de l’énergie’’ a-t-il poursuivi tout en saluant
le thème de cette édition qui est ’’en lien direct avec la question d’industrialisation’’.
Par ailleurs, ’’nous avons eu à échanger avec lui, des enjeux de ce secteur et tout ce qui est attendu de
l’ensemble des pays pour que nous puissions véritablement assoir un secteur énergétique pouvant
accompagner l’industrialisation de nos pays et assurer au mieux la souveraineté de nos États’’ a-t-il
indiqué.
En outre, à travers cette rencontre, a poursuivi le Ministre burkinabé de l’énergie, la délégation a reçu de
la part du Premier Ministre, un certain nombre de recommandations et d’orientations ’’devrant
conduire par la suite les travaux qui vont continuer durant notre séjour a Niamey où nous allons profiter
pour également échanger sur un certain nombre d’éléments qui doivent nous permettre de dynamiser
davantage les relations dans le cadre de l’AES mais aussi faire en sorte que nous puissions travailler
sur la feuille de route à venir’’.


L’ambassadeur du Burkina Faso au Niger reçu par le Président Tiani – ANP – 07/04

Le Président de la République, chef de l’Etat, le Général d’Armée Abdourahmane Tiani, a reçu, dans
l’après-midi de ce mardi 07 avril 2026, M. Abdou Diallo, Ambassadeur du Burkina Faso au Niger.
À l’issue de son entretien, le diplomate burkinabé a déclaré n’avoir pas eu l’occasion de rencontrer le
Président Tiani depuis la présentation de ses lettres de créance le 11 mai dernier.
Maintenant chose faîte, ‘’ J’ai surtout profité pour lui transmettre d’abord les chaleureuses salutations
fraternelles de son Excellence le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré, son frère ‘’ a-t-il fait Indiqué,
précisant avoir fait avec le Président Tiani ‘’un peu le tour d’horizon des relations d’amitié, de fraternité,
de coopération qui existent si heureusement entre nos deux pays et qui sont très très fortes depuis
l’avènement du CNSP au pouvoir ‘’.
M. Abdou Diallo dit avoir également échangé avec le Président de la république en présence de
l’Ambassadeur M. Illo Adani, Conseiller Chargé des Questions stratégiques et Diplomatique du
Président de la République, Chef de l’État, »sur comment œuvrer à la consolidation de la Confédération
des États du Sahel ‘’.
Le diplomate burkinabé d’indiquer avoir profité de l’occasion pour ‘’ requérir évidemment les conseils
avisés de son Excellence le Président par rapport à l’accomplissement de ma mission ici ‘’.
Il s’est dit satisfait de cette audience, parce qu’il en n’a suffisamment eu ‘’ pour pouvoir être à l’aise et
travailler comme il faut pour le renforcement des liens de fraternité qui existent entre nos deux pays ‘’.
Notton que l’audience s’est déroulée en présence du Ministre, Directeur de Cabinet du Président de la
République, Chef de l’État, Porte-Parole du Gouvernement et de l’Ambassadeur Illo Adani, Conseiller
Chargé des Questions stratégiques et Diplomatique du Président de la République, Chef de l’État.
Niger : premier affrontement inter-jihadistes entre l’État islamique et le JNIM – France 24 – 07/04
Au Niger, un premier affrontement inter‑jihadistes oppose désormais l’État islamique au JNIM, affilié à
Al‑Qaïda. Alors que ces combats étaient jusque‑là concentrés dans la zone des trois frontières avec le
Mali et le Burkina Faso, ils s’étendent aujourd’hui vers une nouvelle région frontalière, entre le Niger, le
Nigeria et le Bénin, bouleversant l’équilibre sécuritaire local.


Bénin: la présidentielle du 12 avril suscite l’espoir d’un renouveau dans les relations avec le Niger – RFI – 08/04
Alors que les deux voisins entretiennent des relations tendues depuis le coup d’État contre le président
Mohamed Bazoum à Niamey en juillet 2023, l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président au Bénin pourrait
changer la donne. À Cotonou, la population attend, elle, avec impatience la réouverture de la frontière entre
les deux pays, toujours fermée à ce jour.
Alors que les Béninois sont appelés aux urnes dimanche 12 avril pour désigner qui de Romuald Wadagni,
le candidat de la majorité présidentielle, ou de Paul Hounkpè, le candidat des Forces Cauris pour un
Bénin émergent (FCBE) – un parti de l’opposition dite modérée – succédera au président Patrice Talon,
l’arrivée au pouvoir d’un nouveau dirigeant peut-elle changer la donne dans les relations tendues
qu’entretient le Bénin avec son voisin nigérien depuis le coup d’État perpétré à Niamey en juillet 2023 ?
Dans le pays, l’attente est en tout cas très forte sur ce point, comme l’explique Abdou, un Nigérien
installé à Cotonou depuis une quinzaine d’années. Certes, celui-ci se sent bien dans la capitale
économique béninoise – « Il n’y a pas de racisme, pas de propos comme « Lui, le Nigérien, on ne s’entend
pas avec lui, on va le maltraiter », non », affirme-t-il -, mais sa situation ne l’empêche pas d’appeler de ses
voeux une normalisation des relations entre les deux pays : « On attend beaucoup du nouveau président.
Il faut qu’il y ait une négociation avec le Niger pour que tout le monde puisse être heureux. Trois ans de
brouille, c’est trop ! », déclare-t-il aussi.
Romuald Wadagni : « Nous devons nous parler, nous n’avons pas le choix »
Parmi les décisions les plus attendues dans un tel cas de figure : la réouverture de la frontière entre les
deux pays, toujours fermées trois ans après le putsch à Niamey. Car si emprunter un bus entre Cotonou
et Niamey est toujours possible aujourd’hui, le voyage s’avère plus compliqué avec un temps de trajet
rallongé pour un coût plus élevé… «Le transport des usagers, c’est très compliqué avec la traversée du
f
leuve [Niger]. Si vous avez des bagages, il faut par exemple payer un tricycle à l’arrivée à Malanville [la
ville béninoise située à la frontière avec le Niger, NDLR]. Pour voyager à Niamey, il faut donc prévoir
beaucoup d’argent. Un peu seulement, ça ne suffit pas », illustre ainsi Fulbert Anani, qui travaille pour la
compagnie nigérienne STM à Cotonou.
« Nous devons nous parler, nous n’avons pas le choix », affirmait pour sa part récemment Romuald
Wadagni, le candidat de la mouvance présidentielle, ajoutant : « Nous saisirons l’occasion d’aller encore
vers nos voisins qui peinent à nous faire confiance ».


Burkina : la réponse musclée du gouvernement au rapport de Human Rights Watch sur la situation des
droits de l’homme dans le pays – ANP – 07/04

Dans un communiqué le week-end dernier, le gouvernement burkinabé a condamné « un faux rapport »
de l’ONG internationale Human Rights Watch (HRW), publié le 02 avril dernier, sur la situation des droits
humains dans le pays. Le rapport, qui se base sur la période 2023-2025, accuse l’armée du Burkina Faso,
avec ses milices alliées et un groupe armé lié à Al-Qaïda, d’avoir tué plus de 1 800 civils et déplacé de
force des dizaines de milliers de personnes depuis 2023. Et d’ajouter, sur la base de ses investigations
documentées dans le rapport, que les autorités militaires commettent elles-mêmes « des abus atroces
», et ne prennent aucune mesure pour traduire en justice les responsables de tous les camps, en plus
de limiter la diffusion d’informations afin de « dissimuler les souffrances des civils pris dans les
violences ». Pour le gouvernement burkinabé, ce rapport n’est qu’un « tissu de conjectures et
d’allégations graves infondées » dont Human Rights Watch est coutumière.
Comme il fallait s’y attendre, la réaction du gouvernement burkinabé n’a pas tardé et elle a été à la
hauteur des graves accusations de « crimes de guerre », portées par HRW sans distinction contre les
autorités militaires et les groupes armés terroristes (GAT). Des accusations compilées dans le rapport
de l’ONG internationale de défense des droits humains qu’elle a rendu public le 02 avril 2026, et dans
lequel elle appelle les organismes régionaux et les gouvernements partenaires à « coopérer avec les
autorités du Burkina Faso et les inciter à s’attaquer aux graves violations commises par toutes les
parties et à déterminer véritablement les responsabilités ».
Des accusations rejetées en bloc par le gouvernement
Dans sa réponse musclée diffusée dimanche dernier et signée par le ministre de la Communication et
porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, le gouvernement burkinabé dit avoir pris
connaissance, par voie de presse, d’un « faux rapport » publié le 02 avril 2026 par l’ONG Human Rights
Watch sur la situation des droits humains au Burkina Faso. « Le Gouvernement n’est nullement surpris
par les agissements de cette soi-disant ONG totalement déconnectée des réalités du terrain qui n’a ni
bureau ni représentation au Burkina Faso. Elle se contente régulièrement de relayer des allégations
d’individus choisis, recevant d’elle des subsides, pour lui offrir en contrepartie de quoi alimenter ses
récits imaginaires et fantasmés », lit-on dans le communiqué qui a vite fait le tour des réseaux sociaux,
tout comme le rapport de HRW dans la presse occidentale.
Selon le gouvernement burkinabé, « ce torchon, qui est le condensé de la haine viscérale que la coalition
des forces des ténèbres voue à la lutte de notre Peuple pour sa liberté et sa souveraineté, trouve un
écho favorable dans les médias mensonges qui en assurent le service après-vente à coup de
surenchères verbales et d’argumentaires d’une malhonnêteté intellectuelle évidente ».
Dans la même lancée, les autorités burkinabé ont mis à nu les insuffisances méthodologiques, les
approximations et les raccourcis empruntés qui, selon elles, n’ont qu’un but : « diaboliser les patriotes
burkinabè et nos vaillantes forces combattantes, les faire passer aux yeux de l’opinion internationale
pour des prédateurs des droits humains en vue d’assouvir les desseins funestes que nourrit
l’impérialisme contre notre pays ».
Des accusations en série qui ne passent pas au sein de l’AES
Dans son communiqué, le Gouvernement n’a pas manqué de souligner, « avec force », que « les
intrépides combattants burkinabè se sont toujours battus avec professionnalisme et que leur
engagement est d’abord fondé sur la préservation de la vie, la protection des droits humains et la
défense des populations vulnérables ».
L’occasion pour les autorités burkinabé de rappeler que la lutte contre le terrorisme constitue une
priorité nationale absolue et qu’elle est conduite dans le strict respect des lois nationales ainsi que des
engagements internationaux du Burkina Faso en matière de droits humains. « Le Gouvernement reste
engagé et déterminé à mener un combat sans merci contre la nébuleuse terroriste, quelle que soit la
forme qu’elle prend et les moyens qu’elle déploie ; qu’elle utilise la violence armée ou des crimes de
papier comme ce faux rapport de Human Rights Watch », assure le Burkina et, en tout état de cause,
est-il annoncé, le gouvernement se réserve le droit de prendre les mesures fermes qui siéent contre «
toutes les officines impérialistes déguisées en ONG qui nourrissent le dessein funeste de briser la
dynamique souverainiste du Burkina Faso ».
Enfin, le gouvernement a tenu à réaffirmer que « le Burkina Faso libre et souverain poursuivra sa marche
pour bâtir un avenir de dignité et de liberté conformément aux aspirations légitimes de ses populations
».
Ce n’est pas la première fois que des médias occidentaux ou des organisations internationales de
protection des droits de l’homme accusent les autorités burkinabé d’exactions contre les civils, tout
comme au Niger et au Mali, les autres pays alliés de la Confédération AES. Des accusations qui sont
sans cesse rejetées par les autorités de ces pays qui ne manquent pas de pointer du doigt leur
impartialité.


De la ligne dure au pragmatisme, pourquoi la Cedeao change de stratégie avec l’AES – Jeune Afrique –
08/04

Rencontres au sommet, émissaires en tournée et nominations symboliques dessinent les contours d’un
début de normalisation entre les deux blocs.
Assiste-t-on à un début de réchauffement diplomatique entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la
Cedeao ? Jadis à couteaux tirés, et bien que des sujets de tensions persistent, les deux « blocs »
semblent afficher une volonté sinon de rapprochement, au moins d’apaisement. Dernière illustration de
ce lent pivot diplomatique, la rencontre, le 30 mars au Ghana, entre Émile Zerbo, ministre burkinabè de
l’Administration territoriale, et Larry Gbevlo-Lartey, envoyé spécial du Ghana auprès de l’AES. Lors de
son passage à Accra, l’émissaire d’Ibrahim Traoré s’est longuement entretenu avec le diplomate
ghanéen que le président John Dramani Mahama a nommé en janvier 2025, soit une semaine seulement
avant le départ effectif du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cedeao.
En janvier 2025, le capitaine Ibrahim Traoré a été le seul des trois chefs d’État de l’AES à assister à
l’investiture du président ghanéen. Le simple fait d’avoir été convié et surtout, d’avoir répondu à
l’invitation, a déjà constitué un signe diplomatique fort. Le Malien Assimi Goïta, qui n’avait pour sa part
pas répondu à l’invitation, n’en a pas moins emboîté le pas à son homologue burkinabè, moins d’une
semaine plus tard, envoyant à Accra son Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga, dès le 16 janvier.
Trois mois plus tard, en mars 2025, c’était au tour de John Mahama Dramani de faire le déplacement.
Le nouveau locataire du Jubilee House s’est rendu à Bamako, Niamey puis Ouagadougou, déclinant
chaque fois les grandes lignes de sa feuille de route. Après son échange avec Assimi Goïta, le président
ghanéen avait affirmé qu’il était « encore possible de trouver un terrain d’entente ». Lors de son passage
au Niger, à l’issue d’un entretien avec le général Abdourahamane Tiani, Mahama Dramani avait encore
insisté sur le « besoin de collaboration et de reconnaissance de l’AES par la Cedeao ».
Des appels à une normalisation dictés, au-delà du vernis diplomatique, par le pragmatisme. Pour John
Dramani Mahama, l’enjeu est double : économique, d’abord, en proposant aux pays de l’AES de recourir
au port de Tema, et sécuritaire surtout.
En nommant Larry Gbevlo-Lartey, ancien officier supérieur et ex-coordonnateur de la sécurité nationale,
Mahama a choisi un homme de poigne pour verrouiller la frontière commune avec le Burkina Faso face
à la poussée jihadiste. « Les relations bilatérales s’étaient fortement dégradées après la création de
l’AES. Une fois élu, le président Mahama a pensé qu’il était prioritaire de rétablir la confiance afin d’ouvrir
la voie à d’autres discussions régionales. Je pense que cela a été une grande réussite », confiait Larry
Gbevlo-Lartey à nos confrères de la Deutsche Welle, après sa tournée dans les capitales sahéliennes.
En mars dernier, la tuerie de Titao, au Burkina Faso, a remis en lumière la vulnérabilité d’Accra au risque
jihadiste : les terroristes du Jnim avaient alors visiblement spécifiquement ciblé les commerçants
ghanéens, tués au moins huit d’entre eux pendant l’attaque. Accra avait alors déclenché une opération
de rapatriement de ses ressortissants à laquelle avait participé l’armée de l’air ghanéenne, avec l’aval
des autorités burkinabè.
Le virage d’Abidjan
Avant d’entamer son périple sahélien, le président ghanéen avait pris le soin de se rendre à Abidjan, le 5
mars 2025, pour s’entretenir avec Alassane Ouattara. Le chef d’État ivoirien, autrefois fer de lance de la
ligne dure – il avait notamment été partisan, aux côtés de son homologue béninois Patrice Talon, d’une
intervention militaire au Niger après la chute de Mohamed Bazoum -, l’avait encouragé dans sa
démarche. John Dramani Mahama avait affiché sa volonté d’ « être un pont entre la Cedeao et l’AES »,
affirmant vouloir « travailler ensemble pour qu’ils restent dans la sous-région et faire une transition vers
la démocratie constitutionnelle ». « Je souhaite que l’appel du président Mahama puisse être entendu
par ces trois pays frères, que nous puissions continuer ensemble au sein de la Cedeao », avait répondu
Alassane Ouattara.
Régulièrement cible des attaques – voire des accusations – des militaires au pouvoir au Sahel, aux
premiers rangs desquels Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani, Alassane Ouattara tente pourtant la
désescalade. En décembre dernier, Adama Dosso, ministre ivoirien chargé de l’Intégration africaine et
des Ivoiriens de l’extérieur, s’est ainsi rendu à Ouagadougou où il a rencontré le chef de la diplomatie
burkinabè, Karamoko Jean-Marie Traoré. Les deux hommes avaient alors évoqué des échanges «
sincères ». Adama Dosso, qui a expliqué que cette rencontre avait pour but de « laver son ligne sale en
famille », doit se rendre début avril à Bamako, comme l’a révélé Jeune Afrique. Un déplacement qui
intervient quelques semaines après la grâce présidentielle accordée par Alassane Ouattara à Mamadou
Hawa Gassama, membre du Conseil national de transition (CNT) malien qui avait été condamné fin
janvier à trois ans de prison pour « offense au chef de l’État ivoirien ».
Ces gestes symboliques n’ont toutefois pas empêché Ibrahim Traoré, par ailleurs président en exercice
de l’AES, de réitérer des propos pour le moins offensifs à l’égard de son homologue ivoirien, au cours du
long entretien diffusé le 2 avril dernier sur la chaîne nationale burkinabè.
Pourtant, l’urgence est là : plus de 100 000 Burkinabè fuyant les violences ont trouvé refuge en Côte
d’Ivoire où les autorités ont annoncé, dès la mi-novembre, un renforcement du dispositif sécuritaire à
ses frontières face à cet afflux diplomatiquement qualifié d’« inhabituel », de réfugiés venus du Mali,
cette fois. « Les dirigeants des deux blocs semblent avoir une conscience commune d’un destin lié et
des impératifs partagés. Une crise dans l’AES est également une crise dans la Cedeao, c’est un espace
commun avec des défis communs, notamment sur le plan sécuritaire », résume Bakary Sambe, directeur
de l’Institut Timbuktu Institute.
Abuja et le syndrome du Jnim
Au Nigeria, également, la donne semble avoir changé. Le président Bola Tinubu, longtemps tenant d’une
ligne dure avec les putschistes, se montre sensiblement moins ferme. Le boycott par le Mali et le Burkina
Faso du Sommet africain de la défense, organisé à Abuja en août 2025, avait illustré l’impossibilité
d’évoquer les questions de sécurité dans un tel contexte d’impasse diplomatique. Confronté à une
poudrière intérieure où se mêlent bandits armés et groupes radicaux, Tinubu avait alors plaidé sans
beaucoup de succès pour l’accélération de l’opérationnalisation de la force en attente de la Cedeao.
En novembre 2025, il a dépêché à Bamako son ministre de la Défense d’alors, Mohamed Badaru
Abubakar, avec pour mission de réactiver la coopération sécuritaire alors que, deux semaines plus tôt,
le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) venait de revendiquer sa première attaque sur
le sol nigérian. Un mois plus tard, dans un climat pourtant particulièrement tendu entre l’AES et la
Cedeao au lendemain de la tentative de coup d’État au Bénin, Bola Tinubu était parvenu in extremis à
éviter une crise diplomatique de grande ampleur après l’atterrissage non autorisé d’un cargo militaire
nigérian à Ouagadougou. Alors que l’AES pointait un « geste inamical », le Nigeria avait présenté des
excuses officielles au capitaine Traoré et les soldats nigérians avaient été rapidement libérés.
L’effet domino : de Dakar à Cotonou
Autre facteur qui semble favoriser ce début de dégel : le changement de visages au sein de la Cedeao.
Julius Maada Bio, qui a succédé à Tinubu à la présidence de l’organisation sous-régionale en juin 2025,
adopte un ton plus conciliant que son prédécesseur. Lors d’une visite à Ouagadougou en septembre
dernier, le président sierra-léonais a ainsi réaffirmé que les deux blocs formaient « une même famille ».
Une position qui rejoint celle du Togolais, Faure Gnassingbé, l’un des principaux alliés de l’AES au sein
de la Cedeao. « Pendant les moments difficiles et jusqu’à aujourd’hui, le Togo a toujours soutenu l’AES,
c’est un pays frère », a ainsi salué Ibrahim Traoré dans l’entretien diffusé le 2 avril.
Au Sénégal, l’élection de Bassirou Diomaye Faye a aussi été perçue comme une potentielle bouffée
d’oxygène par les dirigeants de l’AES. Mais si, à peine installé, le successeur de Macky Sall avait affiché
son intention de jouer les médiateurs avec les juntes sahéliennes, il s’est depuis très largement
reconcentré sur les questions de politique intérieure.
Au Bénin, les relations exécrables entre Patrice Talon, d’une part, et Abdourahamane Tiani et Ibrahim
Traoré, de l’autre, ont accentué la crise diplomatique, à laquelle s’ajoutent les conséquences, pour
Cotonou, de l’absence de coopération sécuritaire. Candidat de la majorité et dauphin désigné par Patrice
Talon, Romuald Wadagni, donné grand favori de la présidentielle de ce 12 avril, a esquissé une ébauche
de main tendue, dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à Jeune Afrique, le 23 mars. « Les positions que
nous avons prises étaient de principe, dans la droite ligne des règlements de la Cedeao, et le moment
est venu de tourner la page », a-t-il notamment expliqué, affirmant être « convaincu que nous allons
pouvoir nous asseoir et discuter ».
Kouyaté en « Monsieur Divorce »
Au-delà des prises de position tonitruantes, la Cedeao, qui a déjà décidé de relocaliser les sièges de ses
institutions qui se trouvaient au sein de l’AES, a toutefois accordé au Mali, au Burkina Faso et au Niger
de se maintenir au sein de la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao, « en tant que
membres non-régionaux ». Par ailleurs, la libre circulation et le droit de résidence restent toujours
d’actualité au sein de l’espace Cedeao-AES.
Le 26 mars, l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté a été nommé au poste de négociateur
en chef de la Cedeao avec l’AES. Faut-il y voir un pas supplémentaire vers cette normalisation des
relations entre les deux blocs qui s’esquisse ces dernières semaines ? C’est en tout cas sa feuille de
route. Ce fin connaisseur des rouages de la Cedeao est en effet chargé de maintenir ouvert un canal de
communication entre les deux blocs et de travailler à deux options possibles : la réintégration des pays
de l’AES au sein de l’organisation et, hypothèse sans doute la plus probable à moyen terme, les
conditions d’un « divorce à l’amiable », la moins dommageable possible pour les populations des pays
des deux entités ouest-africaines.

LA VOIE DU SAHEL

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