Algérie, Niger et AES : les enjeux stratégiques des récentes visites des Premiers ministres.

Algérie, Niger et AES : les enjeux stratégiques des récentes visites des Premiers ministres.

Par Abdoulkarim Ousmane.

Les visites successives à Alger du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga (24 août 2026) puis du Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine (26-27 août 2026) constituent un tournant diplomatique majeur dans les relations entre l’Algérie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Elles interviennent après plusieurs mois de tensions liées notamment à l’affaire du drone malien abattu par l’armée algérienne en 2025 et traduisent aujourd’hui une volonté commune de rétablir un dialogue stratégique entre Alger, Bamako et Niamey.

Au cours de sa visite de deux jours, le Premier ministre nigérien a rencontré son homologue algérien Sifi Ghrieb ainsi que le président Abdelmadjid Tebboune. Les discussions ont porté sur la coopération sécuritaire, les projets énergétiques, les infrastructures transsahariennes et l’intégration régionale. Cette visite est intervenue quelques jours seulement après celle du chef du gouvernement malien, preuve d’une dynamique diplomatique concertée entre Alger et deux des trois membres de l’AES.

Quels sont les enjeux de ces visites ?

Le premier enjeu est sécuritaire. L’Algérie partage près de 1 000 kilomètres de frontière avec le Niger et plusieurs centaines de kilomètres avec le Mali. Face à la menace persistante des groupes armés opérant dans le Sahara et le Sahel, Alger cherche à renforcer la coordination avec ses voisins afin de sécuriser les zones frontalières et de réduire les risques d’instabilité qui pourraient déborder sur son territoire. Les entretiens d’Alger ont d’ailleurs accordé une place importante aux questions de sécurité et de surveillance des frontières.

Le deuxième enjeu est économique et énergétique. L’Algérie multiplie depuis plusieurs mois les investissements au Niger. Elle a financé une centrale électrique de 40 MW à Niamey, soutenu des projets pétroliers à Agadez à travers ENAFOR, filiale de Sonatrach, et fourni des équipements militaires, dont des hélicoptères. Ces initiatives témoignent d’une volonté d’ancrer durablement la présence économique algérienne dans la région.

Le troisième enjeu concerne les grands projets d’intégration régionale. Les deux parties ont évoqué le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, ainsi que la dorsale de fibre optique transsaharienne. Pour Alger, ces infrastructures sont essentielles pour consolider sa position de hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Pour le Niger, elles représentent une source potentielle de revenus et d’intégration économique.

De quoi procèdent ces rapprochements ?

Ces visites procèdent d’abord d’un processus de normalisation diplomatique. Les relations entre Alger et les pays de l’AES avaient connu un net refroidissement après la crise algéro-malienne de 2025. Le rappel de l’ambassadeur nigérien à Alger, en solidarité avec Bamako, avait illustré cette détérioration. Depuis la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger en février 2026, les contacts se sont intensifiés et les tensions ont progressivement laissé place à un agenda de coopération.

Elles procèdent également d’une convergence géopolitique. Les pays de l’AES défendent un discours fondé sur la souveraineté, le rejet des ingérences extérieures et la recherche de partenariats africains plus équilibrés. De son côté, l’Algérie a toujours plaidé pour des solutions régionales aux crises sahéliennes et s’était opposée à une intervention militaire contre le Niger après le changement de pouvoir de 2023. Cette proximité de vues facilite aujourd’hui le rapprochement.

Enfin, ces visites s’inscrivent dans la stratégie algérienne de retour au Sahel. Consciente que l’AES est devenue un acteur incontournable de l’espace sahélien après son retrait de la CEDEAO, Alger cherche à préserver son influence au sud de ses frontières et à éviter l’émergence d’un bloc régional dont elle serait exclue.

Quel présage pour l’AES ?

Ces développements constituent un signal positif pour l’AES. Ils montrent que l’organisation n’est plus isolée diplomatiquement et qu’elle parvient à établir des relations pragmatiques avec une puissance régionale majeure comme l’Algérie. Le réchauffement simultané des relations avec le Mali et le Niger suggère l’émergence d’un axe de coopération sahélo-maghrébin fondé sur la sécurité, l’énergie et les infrastructures.

Toutefois, il serait prématuré d’y voir une alliance politique formelle entre Alger et l’AES. L’Algérie conserve une diplomatie indépendante et reste attachée à son rôle de médiateur régional. Néanmoins, la multiplication des visites de haut niveau, les projets économiques concrets et la perspective d’une future visite d’Assimi Goïta à Alger indiquent clairement qu’une nouvelle phase de coopération est en train de s’ouvrir.

En définitive, ces visites traduisent moins un simple rapprochement bilatéral qu’une recomposition stratégique du Sahel. Elles laissent présager une relation plus étroite entre l’Algérie et l’AES, susceptible de renforcer la stabilité régionale tout en redessinant les équilibres géopolitiques entre le Maghreb et le Sahel.

La Voie du Sahel.

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