Barhadine Mehdoune libéré après un an de détention : les dessous d’une affaire qui a agité le Sahara nigérien.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Niamey – Après près d’une année passée en détention, Barhadine Mehdoune, également connu sous le nom de Bahridine Medoune Rifi, a retrouvé la liberté avec les hommes qui l’accompagnaient lors de son arrestation. Cette décision des autorités nigériennes relance les interrogations autour d’un dossier sensible mêlant sécurité régionale, relations avec la Libye et enjeux géopolitiques dans le Sahara.
L’affaire remonte au 13 juillet 2025. Ce jour-là, des éléments de la Brigade territoriale de gendarmerie de Tesker, dans la région de Zinder, procèdent à l’interpellation de cinq véhicules transportant vingt-et-une personnes à une vingtaine de kilomètres au nord de la localité. Parmi elles figure Barhadine Mehdoune, un chef de groupe armé bien connu dans les zones désertiques situées entre le Niger, la Libye et l’Algérie. Les forces de sécurité découvrent également deux pistolets automatiques lors de la fouille des véhicules.
Rapidement transféré à Zinder puis à Niamey pour les besoins de l’enquête, l’homme attire l’attention des services de sécurité en raison de son parcours atypique. Ancien militaire libyen ayant déserté les rangs de l’armée, il est décrit comme un acteur influent opérant dans les espaces sahariens de la région. Son nom est régulièrement associé à la zone de la Passe de Salvador, d’Emilulu et de Tchibarakaten, des secteurs stratégiques situés dans le nord nigérien, à proximité des frontières libyenne et algérienne.
Au moment de son arrestation, plusieurs rumeurs circulent sur son rôle exact. Certaines sources le présentent comme un chef de katiba impliqué dans diverses activités armées en territoire libyen. D’autres soulignent qu’il entretient des liens familiaux avec le Niger et le Tchad, sa mère étant d’origine nigérienne et son père tchadien. Cette dimension transfrontalière contribue à donner à l’affaire une portée diplomatique dépassant largement le cadre national.
Pendant plusieurs mois, aucune communication officielle détaillée n’est faite sur l’évolution du dossier. Les investigations menées par les services compétents visent notamment à établir les circonstances exactes de sa présence sur le territoire nigérien, la nature de ses activités et les éventuelles implications sécuritaires de son groupe.
Selon plusieurs observateurs, cette affaire intervient dans un contexte marqué par une forte vigilance des autorités nigériennes face aux menaces provenant des zones sahélo-sahariennes. Les espaces désertiques du nord du pays sont régulièrement utilisés comme corridors de circulation par des groupes armés, des trafiquants et divers réseaux criminels opérant entre plusieurs États de la région.
La libération de Barhadine Mehdoune et de ses compagnons semble aujourd’hui s’inscrire dans un contexte diplomatique particulier. Dès les premières semaines ayant suivi son arrestation, des informations faisaient état de discussions discrètes impliquant les autorités nigériennes, libyennes et tchadiennes. La question avait même été évoquée dans le cadre du renforcement des relations entre Niamey et les autorités de l’est libyen dirigées par le maréchal Khalifa Haftar, devenu ces dernières années un partenaire sécuritaire important du Niger dans la lutte contre les menaces transfrontalières.
À ce stade, les autorités nigériennes n’ont pas communiqué officiellement sur les raisons précises ayant conduit à cette libération ni sur les éventuelles conditions qui l’accompagnent. Ce silence alimente les spéculations autour d’un possible règlement diplomatique du dossier.
Une chose est cependant certaine : l’affaire Barhadine Mehdoune aura marqué l’année sécuritaire 2025-2026 au Niger. Elle a mis en lumière la complexité des défis auxquels le pays est confronté dans ses vastes régions désertiques, où les frontières poreuses, les enjeux sécuritaires et les équilibres diplomatiques s’entremêlent en permanence.
Alors que Barhadine Mehdoune retrouve aujourd’hui la liberté, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Son avenir, comme celui des réseaux qu’il est soupçonné d’avoir fréquentés dans le Sahara, continuera sans doute d’alimenter l’attention des services de sécurité et des observateurs de la région.
La voie du Sahel.

