Pénurie de gasoil à Niamey : la capitale étouffe pendant que les autorités regardent ailleurs.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
À Niamey, il ne manque pas seulement du gasoil. Il manque aussi des réponses, de l’anticipation et, surtout, du respect pour des citoyens abandonnés à eux-mêmes. Depuis le début du mois de juillet 2026, la capitale nigérienne s’enlise dans une pénurie de gasoil qui met à genoux les transports, désorganise les activités économiques et transforme le quotidien des usagers en une longue épreuve d’humiliation.

Le spectacle est désormais familier dans les stations-service : pompes à sec, files interminables, automobilistes excédés, moteurs coupés sous un soleil écrasant et regards rivés sur des réservoirs presque vides. Dans une ville où le transport conditionne l’essentiel des activités professionnelles, cette pénurie n’a rien d’un simple désagrément. C’est une paralysie lente, une asphyxie économique qui frappe d’abord les plus dépendants de leur véhicule pour travailler, livrer, transporter, produire ou simplement survivre.
Les témoignages recueillis sur le terrain disent tout de la violence silencieuse de cette crise. « Moi, je viens de faire la cinquième station pour pouvoir au moins obtenir quelque chose avant de commencer mes activités. Je suis dans la queue depuis 40 bonnes minutes, jusque-là mon tour n’est pas encore arrivé », raconte un conducteur à bout de patience. Un autre enfonce le clou : « Moi ça fait deux heures de temps que je suis là. Et vraiment, deux heures de temps dans une structure qui travaille avec des véhicules, c’est beaucoup. Il faudra vraiment qu’on trouve une solution pour nous. »
Ce que vivent aujourd’hui les habitants de Niamey n’est pas une simple tension passagère sur le marché. C’est le révélateur brutal d’une gestion défaillante d’un secteur aussi stratégique que l’approvisionnement en carburant. Car une capitale ne se retrouve pas soudainement à sec sans qu’il y ait, en amont, des défaillances graves : absence d’anticipation, défaut de régulation, communication tardive ou inexistante, impréparation manifeste face à un produit vital pour l’économie urbaine.
Et pendant que les usagers font le tour des stations comme on mène une chasse au trésor, les autorités, elles, brillent surtout par leur silence ou leur incapacité à rassurer. Aucune explication claire sur les causes réelles de la pénurie, aucune visibilité sur un retour à la normale, aucune mesure forte pour réduire la souffrance des automobilistes et des professionnels du transport. Le citoyen, lui, n’a droit qu’à l’attente, à la débrouille et à la résignation.
Le plus insupportable dans cette affaire, c’est cette impression de répétition. Au Niger, les crises de carburant reviennent avec une régularité troublante, comme si l’on refusait obstinément de traiter le mal à la racine. À chaque épisode, le même scénario se répète : les files s’allongent, les activités ralentissent, la colère monte, puis le silence retombe… jusqu’à la prochaine pénurie. Entre-temps, aucune réforme structurelle, aucune transparence sur les circuits d’approvisionnement, aucune stratégie visible pour sécuriser durablement le marché.Cette pénurie de gasoil est donc bien plus qu’un problème logistique. Elle est le miroir d’une gouvernance qui subit au lieu d’anticiper, qui observe au lieu d’agir, et qui laisse les populations payer la facture de ses insuffisances. À Niamey, les usagers ne demandent pas l’impossible. Ils demandent simplement de pouvoir travailler, circuler et vivre sans être condamnés à passer des heures dans une file pour obtenir quelques litres de carburant. Dans un pays qui promet souveraineté et refondation, voir sa capitale immobilisée par une pénurie de gasoil est une situation inadmissible.
La voie du Sahel.

