Sénégal : Diomaye stoppe la révision, Sonko s’incline, le Conseil constitutionnel rappelle qui tient la plume de la République.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Au Sénégal, le bras de fer institutionnel autour de la révision constitutionnelle vient de connaître un coup d’arrêt net. Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye, le Conseil constitutionnel a annulé, ce jeudi, la procédure de révision portant sur la loi n°18/2026. Une décision lourde de sens politique, tant elle intervient dans un contexte où la majorité au pouvoir, portée par le tandem Diomaye-Sonko, cherche à imprimer son rythme et sa marque sur les institutions.
La réaction d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, était donc particulièrement attendue. Et elle tranche avec le tumulte politique que ce type de revers aurait pu provoquer ailleurs. « Cette décision s’impose à tous. Dont acte », a-t-il déclaré, dans un message au ton sobre, presque discipliné. Pas de défiance, pas de procès public contre les juges, pas d’escalade verbale : le chef de file du Pastef choisit l’acceptation institutionnelle.
Mais derrière cette posture d’apaisement se lit aussi une séquence politique plus profonde. Car cette annulation constitue un rappel clair : même avec une légitimité électorale forte, le pouvoir exécutif comme le pouvoir législatif restent tenus par les garde-fous de l’État de droit. En d’autres termes, le Conseil constitutionnel vient de rappeler qu’au Sénégal, la majorité gouverne, mais ne décide pas seule des règles du jeu.
Le message de Sonko, insistant sur le fait qu’« aucune crise ne peut survenir » lorsque les institutions jouent leur rôle, n’est pas anodin. Il vise à désamorcer toute lecture conflictuelle de cette décision et à réaffirmer l’image d’un pouvoir respectueux des équilibres républicains. C’est aussi une manière de rassurer une opinion publique sénégalaise encore marquée par les tensions politiques des dernières années, et attentive à la capacité du nouveau pouvoir à gouverner autrement.
Pour autant, cet épisode met en lumière une réalité plus délicate : la volonté de transformation institutionnelle du régime Diomaye-Sonko devra désormais composer avec une exigence de solidité juridique irréprochable. La rapidité politique ne suffira pas ; chaque réforme devra survivre à l’examen du droit. C’est là tout l’enjeu de la séquence qui s’ouvre.
En affirmant que l’Assemblée nationale poursuivra sa mission et que « des lois seront votées ou rejetées pour honorer les engagements pris envers le peuple », Ousmane Sonko tente de reprendre la main. Le signal est clair : revers, oui ; recul politique, non. Reste à savoir si cette première grande alerte institutionnelle servira de leçon ou de frein à l’ambition réformatrice du nouveau pouvoir sénégalais. Une chose est sûre : à Dakar, le Conseil constitutionnel vient de rappeler qu’en démocratie, le dernier mot n’appartient jamais totalement aux vainqueurs des urnes.
La voie du Sahel.

