Burkina Faso : Ouagadougou défie Bruxelles et expulse deux diplomates de l’Union européenne.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Le bras de fer entre le Burkina Faso et l’Union européenne vient de franchir un nouveau cap. En déclarant persona non grata deux responsables de la Délégation de l’Union européenne à Ouagadougou, les autorités burkinabè envoient un message sans équivoque : la souveraineté nationale ne sera plus négociable.
Selon l’Agence d’information du Burkina (AIB), le chef de délégation adjoint de l’Union européenne, également responsable de la section politique, presse et informations, ainsi qu’une chargée de programme, disposent de trois jours pour quitter le territoire burkinabè. Si le gouvernement n’a pas officiellement détaillé les motifs de cette décision, le contexte laisse peu de place au doute.
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, Ouagadougou assume une rupture progressive avec les schémas traditionnels de coopération hérités de plusieurs décennies d’influence occidentale. Le Burkina Faso revendique désormais une diplomatie fondée sur le respect de sa souveraineté, refusant toute pression extérieure sur ses choix politiques, sécuritaires ou stratégiques.
L’épisode trouve son origine dans la résolution adoptée par le Parlement européen, vivement dénoncée par les autorités burkinabè comme une tentative d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Le 22 juin dernier, le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, avait convoqué le chef de la Délégation de l’Union européenne pour lui signifier le rejet catégorique de cette position jugée « hostile » à l’égard du Burkina Faso.

L’expulsion des deux diplomates apparaît ainsi comme une réponse politique assumée. Elle traduit une volonté d’affirmer que les relations avec les partenaires étrangers ne peuvent plus être dictées selon les anciennes logiques de dépendance ou de conditionnalité politique.
Au-delà du seul Burkina Faso, cette décision s’inscrit dans la dynamique portée par la Confédération des États du Sahel (AES), qui fait de la souveraineté, de l’indépendance décisionnelle et de la diversification des partenariats les piliers de sa politique étrangère. Après le Niger et le Mali, Ouagadougou confirme qu’il entend redéfinir ses relations internationales selon ses propres priorités, quitte à provoquer des tensions avec certains partenaires historiques.
Pour Bruxelles, cet épisode constitue un sérieux avertissement. L’Union européenne voit son influence s’éroder dans une région sahélienne en pleine recomposition géopolitique, où de nouveaux acteurs gagnent du terrain et où les États revendiquent une plus grande liberté dans le choix de leurs alliances.
Au-delà de l’aspect diplomatique, cette affaire illustre un basculement plus profond. Le Sahel n’accepte plus d’être un simple terrain d’influence des puissances extérieures. Les États de l’AES cherchent désormais à imposer leur propre agenda stratégique, avec la souveraineté comme ligne rouge.
L’expulsion de ces deux responsables européens dépasse donc le cadre d’un simple incident diplomatique. Elle symbolise l’affirmation d’un nouvel équilibre des rapports de force entre l’Afrique sahélienne et ses partenaires traditionnels, dans un contexte international où les cartes de la puissance sont en pleine redistribution.

